‹ L'art à travers les moeursChapitre 16 sur 179 · Divinités ègyptic7ines, p · texte numérisé non relu

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3. L'Afrique èquatoriak. — Okand.i, Bangouem, Osyeba, loc. cit.

nité et se manifeste d'une façon universelle, mais encore parce que l'homme est, sur notre planète, le seul de tous les êtres qui obéisse à cette nécessité supérieure.

Laissez, en effet, une fillette seule, assise au milieu des

FIG. 14. — FEMME DE l'ilE MOWI (ilES SANDWICH). Voyage auteur du mondt, 1817, iSiO. Atlas bhlor'que, par Arago et Pelion.

champs, sans maître, sans guide, sans autre indication que ses besoins innés ; elle aura bientôt combiné le collier, la bague, la ceinture, le bracelet, c'est-à-dire qu'elle aura inventé ce qui constitue la base fondamentale de Tornement et de la parure. Mettez-la auprès d'un cerisier, elle découvrira les boucles

d'oreille. Si des mûres se trouvent à sa portée, elle en barbouillera ses joues et le fard sera trouvé.

Est-elle plus âgée, placez sous sa main du papier, des rubans, quelques lambeaux d'étoffes, des chiffons, des perles ou des fieurs; en un instant, elle aura créé une masse d'ornements parfois bizarres, souvent gracieux, toujours ingénieux, dont elle décorera sa tête, ses bras, son cou et même les vêtements qu'elle porte.

Or aucun autre être animé, et c'est là un trait caractéristique, n'offre ce sentiment de la parure, ce goût de l'ornement, ce besoin du décor.

L'oiseau se construit un nid toujours le même, d'après un modèle qui semble être la propriété de son espèce, de la grande famille à laquelle il appartient. Le castor se bâtit, au milieu des eaux, une cabane solidement assise sur une digue maçonnée avec art. Le lapin, le renard se creusent des demeures souterraines. L'orang-outang s'arme dune massue. Les fourmis et les abeilles vont plus loin encore, elles édifient des villes. Mais aucun de ces êtres, si différents et si ingénieux chacun dans leur genre, si habiles dans leur lutte pour l'existence, n'a jamais songé à orner sa personne, à se parer, à s'embellir, ou encore à décorer son habitation.

Et cependant, tous ces animaux que nous venons de passer en revue, sont pourvus d'une intelligence souvent supérieure à celle de l'homme primitif. Ils font preuve de qualités que nous pourrions appeler sociales. Chez presque tous, on observe les sentiments de la famille, le dévouement des parents pour leurs petits et même pour ceux d'autrui. Du moment où les exigences de la vie ne les obligent point à l'isolement; du moment qu'ils ne sont point contraints de se ménager un terrain de chasse en rapport avec leur appétit, ils vivent en famille, groupés par bandes, par troupes, cherchant à se défendre mutuelle-

ment, à se rendre la vie commune facile et douce. Ils connaissent même ce sentiment sublime, le dévouement, et savent, comme l'abeille et la fourmi, se sacrifier pour le bien général.

Depuis Téléphant jusqu'à la guêpe, depuis les chevaux sauvages, les buffles et les cerfs jusqu'aux canards, depuis les harengs, qui par bataillons serrés traversent l'Océan, jusqu'aux hirondelles et aux cigognes, qui franchissent des espaces incroyables, tous éprouvent une affinité touchante pour la compagnie de leurs semblables.

Ils organisent des lieux de rendez-vous, se créent des domaines et entreprennent ensemble de longs voyages. Ils montrent une sociabilité, un sentiment de solidarité, une vigilance, une prévoyance dont les hommes eux-mêmes manquent le plus souvent.

Les loups, dit-on, ne se mangent point entre eux. On n'en peut dire autant des hommes. Ceux-ci font pis encore, car c'est un crime moins grand de manger un cadavre que de tuer sans nécessité un être vivant.

Remarque plus curieuse encore, certains animaux ne sont pas absolument dépourvus du sens esthétique. Ils ont en eux un vague sentiment du Beau, qui se traduit par une sélection raisonnée et par la satisfaction que leur causent les louanges. Très rapidement ils arrivent même à savoir partager, dans une mesure limitée il est vrai, mais cependant sensible, les sentiments et les goûts humains. On verra un chien aboyer à la vue d'un homme mal vêtu, beugler en entendant un orgue, respecter un vêtement propre. Ce sont là des preuves incontestables de goût. Un cheval ne se laisse pas approcher par le premier venu. Mais aucun de ces animaux n'a jamais eu et n'aura probablement jamais l'idée d'orner son individu, et le sentiment de la parure, cette origine de tous les arts, lui fait défaut.

Sous ce rapport, mais sous celui-là seulement, on peut donc s'inscrire en faux contre la théorie de Lamarck et de Wallace, reprise de nos jours par Darwin, et dire que l'homme tel qu'il se manifeste dès ses débuts est plus loin de la brute, que les rudiments de l'Art à son aurore ne s'éloignent des chefsd'œuvre les plus accomplis.

FIG. 13. — COIFFURE DE SAUVAGE DES ILES VlTl.

D'après M. John Lubbock.

FIG. l(j. — I.E PARTHÉNON (ÉTAT ACTUEI.J.

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