‹ L'art à travers les moeursChapitre 173 sur 179 · RÉPUBLIQUE ET EMPIRE · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE ET EMPIRE

E retour singulier vers

antiquité classique, qui marque le règne de Louis XVI et qu'entrave à peine la levée de coiffures et les modes excentriques des femmes de qualité, s'accentue encore avec la Révolution. Le besoin de réformes, en passant des livres dans les mœurs, hâte le mouvement; la Grèce et Rome apparaissent à ces esprits atfamés de liberté comme des ports de salut. On ne jure que par elles. On choisit ses exemples chez Plutarque et Ton demande ses modèles à Quinte-Curce. Il semble qu'on n'ait plus à cœur de vivre sa vie et de créer du neuf, mais seulement de ressus-

Flu. i-il. — COSTUME DU CITOYEN Dessiné par L. David.

citer le passé, comme s'il était dans la destinée de l'humanité de se recommencer, et dans la condition des sociétés qui se succèdent de parcourir deux fois la même carrière.

Aussi, tout en demeurant une dans ses aspirations, logique dans ses prémisses et fidèle à ses traditions évolutionnistes, la société nouvelle va-t-elle se trouver dévoyée dans les applications de son idéal. La réforme, triomphant partout, atteindra dans les institutions sociales et politiques le but qu'on se propose, alors que les arts, se traînant péniblement à la remorque d'époques disparues, ne parviendront à évoquer qu'une suite d'œuvres faiblement originales et sans conséquences utiles.

L'architecture et le mobilier, en effet, cessent d'avoir des formes nouvelles. On se refuse d'inventer, on copie. L'adaptation qui, dans les années précédentes, a donné de si ravissants compromis, n'est même plus tolérée. Toute interprétation paraît condamnable.

Sous la pression de ces préoccupations étroites, l'archéologie mal renseignée égare l'architecture. La maison prend les allures d'un temple. Partout les colonnes apparaissent, partout se montrent les pilastres, les portiques et les frontons. Vitruve semble être ressuscité pour commander aux maçons et diriger leur fâcheuse besogne. Chacun se fait gloire d'obéir à ses lois. On oublie les besoins modernes, les exigences d'une vie différente, on se refuse même à tenir compte de la diversité des climats. Aussi les œuvres les mieux comprises fourmillent de contresens; les formes s'épaississent, se roidissent et se gourment, et les anomalies les plus choquantes se produisent; car, malgré qu'on ne veuille point compter avec elles, les nécessités de la vie s'imposent.

Et voilà comment le fronton antique s'accommode assez mal du voisinage de la cheminée; comment le toit en pente jure avec l'entablement horizontal, et comment la lucarne, qui montre

son œil timide au milieu de la colonnade majestueuse, produit un ridicule effet.

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FI G. 24 2. — LE BERCEAU DU ROI DE ROME. D'après le dessin de Prud'hon.

Pour la décoration intérieure les frais d'imagination ne sont juère plus grands. On s'inspire de Pompéi et d'Herculanum.

On copie TAntiquité romaine et on la recopie. Partout sur les murailles, imitant la fresque, se dessinent des peintures archaïques. Partout sur des fonds noirs, bistres ou rougeâtres, s'enlèvent de fines arabesques, se groupent des nymphes légères ou des faunes dansants; et ces peintures qui, sous un jour brûlant, semblaient à la fois fortes et fines, délicates et puissantes, sous le ciel du nord, dans des pièces éclairées par de rares fenêtres,

semblent grises, ternes et décolorées.

Dans le mobilier règne le même disparate. Ici la pauvreté d'invention est plus sensible encore. Comme la série des meubles indispensables s'est considérablement accrue depuis l'antiquité, l'artiste, qui ne veut rien abandonner au hasard de l'improvisation, se trouve grandement embarrassé, et, visant à rester classique, s'expose à devenir ridicule. N'osant créer des lignes nouvelles, il remplace par d'inutiles accessoires toutes celles que lui imposent les nécessités de sa construction. Ce n'est point assez pour lui que le fauteuil soit devenu une chaise curule, il explique par le col d'un cygne le bras qui s'avance de chaque côté, ou le fait supporter par des amours. Le pied d'un meuble paisible prend l'apparence d'une griffe; pour supports de la table, on imagine un quatuor de sphynx décevants, et la main qui se pose sur le bord d'un canapé discret risque de s'égarer dans la gueule d'un lion dévorant. Des torches enflammées figurent sottement les pieds d'une bergère ou les montants d'une glace. Un siège se voit

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