FAUTEUIL DE L'IMPÉRATRICE MARIE-LOUISE
Dessiné par Prud'hon.
perché sur des cornes d'abondance. Le lit devient un bateau, et c'est sur des lances ou des flèches qu'on drape les rideaux chargés de protéger ce pacifique asile.
Tout s'enchevêtre de guirlandes; tout s'embarrasse de draperies inutiles et peu justifiées; partout, en un mot, se manifeste ce besoin illogique d'expliquer des formes nécessaires par des objets qui n'ont rien de commun avec elles.
Pour les bronzes et les garnitures de cheminées, l'extravagance est au moins aussi grande. Le cadran qui dit l'heure n'est plus le principal; il devient l'accessoire. C'est tantôt la roue du char que conduit un guerrier antique, tantôt son bouclier déposé en un coin. Parfois même il se trouve dissimulé, caché en quelque sorte par un siège, par un rocher sur lequel sommeille un Télémaque en chemise, ou dans une bibliothèque dorée, sur laquelle une jeune lectrice est gravement huchée.
Le costume, au milieu de ces réminiscences étranges détonne singulièrement. Il n'a pas attendu cependant que la royauté fût abolie pour montrer les mêmes tendances subversives. « Longtemps avant la proclamation des Droits de l'homme, écrit M. Quicherat', il n'y avait plus moyen de distinguer les classes par l'habillement. Les poissardes étaient devenues les dames de la halle. Lorsqu'elles allaient aux fêtes, féliciter la famille royale à Versailles, elles étaient habillées de soie avec des dentelles et des diamants «.
« Les femmes choisissent leur ajustement comme bon leur semble », ajoute, de son côté, Mercier", témoin de ces transformations et leur consciencieux historien ; « la femme du commis ou celle de l'épicier du coin se mettra comme une duchesse : le gouvernement ne s'en mêlera pas. » C'est le règne de l'égalité qui commence.