Pensées, part. I, art
2. Du principe de l'art et de sa destination sociale. Paris, 1865 ; p. 24.
3. « La nature ne fait rien d'incorrect. Toute forme, belle ou laide, a sa cause; et
pour tous les êtres, il n'y en a pas un qui ne soit comme il doit être Nous disons
d'un homme qui passe dans la rue qu'il est mal fait. Oui, selon nos pauvres règles, mais selon la nature, c'est autre chose. Nous disons d'une statue qu'elle est dans les proportions les plus belles. Oui, d'après nos pauvres règles, mais selon la nature.' » Diderot, Essai sur la peinture, ch. i.
Chaque homme reçoit, en effet, au moment de sa naissance, non seulement un certain nombre de sens qui lui permettent de distinguer ce qui l'entoure et lui facilitent ce qu'on appelle ses « fonctions de relation »; il reçoit encore une langue, des moeurs, une religion, des lois civiles et politiques, une morale auxquelles il est tenu de conformer ses habitudes, ses besoins, ses désirs, et qu'il lui est défendu de modifier, sous peine de passer pour un perturbateur.
Ce sont ces mœurs, ces lois, cette langue, cette religion qui lui fournissent les points de comparaison pour asseoir son jugement et qui décident de son goût. Quelques auteurs, Winckelmann, Mengs, Tiek, Wakenvoder, Zeising, Thierry, et après eux le bonhomme Topffer et M. Cousin ont cru pouvoir proclamer l'existence du Beau définitif, absolu, immuable, éternel. Pour donner une sanction à leur conception de la beauté, ils ont fait intervenir Dieu dans leur métaphysique. Ils ont tenté de créer des analogies entre le Beau parfait, idéal, tel qvi'il se manifestait à leur esprit, et la Divinité.
On voit tout de suite à quelle étrange et peu respectueuse confusion on arrive par cette intrusion des œuvres de l'homme dans la théologie. Le Beavi ne peut être définitif, absolu, immuable qu'à la condition d'être un. Or sa conception est des plus diverses. On peut dire que chaque race a un type de beauté différent, et dans la même race des différences se manifestent de nation à nation, et dans chaque nation de famille à famille, et dans chaque famille d'individu à individu. « 11 est impossible, écrit Diderot', que le presbyte et le myope, qui voient si diversement en nature, voient de la même manière dans leur tête. Les poètes prophètes et presbytes sont sujets à voir les mouches comme des éléphants ; les philosophes myopes à réduire les éléphants