‹ L'art à travers les moeursChapitre 20 sur 179 · I. Diderot, Salon ik l'année i · texte numérisé non relu

I. Diderot, Salon ik l'année i

à des mouches. » Où est l'unité au milieu de cet effroyable mélange ?

La beauté, à proprement parler, n'est donc point objective, c'est-à-dire qu'elle ne dépend pas exclusivement des qualités de grâce, d'élégance, de convenance et de forme que possède un objet, mais seulement des sentiments que cette convenance, cette élégance, cette grâce, font naître en nous. « La principale règle est de plaire et de toucher, dit Racine dans un plaidoyer pour son talent ' : toutes les autres ne sont faites que pour parvenir à cette première. « Or ce qui émeut l'un laisse l'autre froid, et la beauté qui fait éprouver au premier de si douces impressions n'existe même pas pour l'autre.

Le Beau n'existe donc qu'à condition d'être ressenti. Il n'a donc de valeur à nos yeux que par l'impression qu'il produit. 11 est donc subjectif, c'est-à-dire dépendant de nous-même, et cette subjectivité ne doit pas plus nous surprendre que notre tendance naturelle à le croire objectif ne doit nous étonner. Ce déplacement dans les termes est, en eff'et, familier à l'humanité. Il est si naturel que l'homme, commençant toujours par rapporter tout à ses propres sensations, fait tout dépendre de sa personne et de ses besoins.

Si une chose le touche, c'est qu'elle a été spécialement créée pour le toucher et pour le charmer, si elle le charme. Les astres tourbillonnent autour de la terre pour son usage personnel. Le jour et la nuit (la Genèse le déclare) ont été inventés pour marquer ses heures de travail et de repos. Les rivières ont été creusées pour le désaltérer. Les sites ont été variés, les plaines opposées aux montagnes, et les rochers arides aux verdoyants coteaux pour réjouir ses yeux et chasser de son cœur la monotonie. Pour un peu plus, il s'écrierait : « Remercions Dieu

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