DU ROLE DE L'ART DANS LA SOCIETE ET DE SON UTILITÉ
FlG. 20. — MÉDAILLE A :( T 1 Q L E
Représentant une course de chars.
N établissant dans le précédent Chapitre la définition qu'il convient de donner de l'Art; en démontrant que celui-ci consiste uniquement f j dans la recherche du Beau; en écartant toutes les autres formules qui lefontconcouriràd'autresfonctions moins élevées que celles indiquées par nous , nous n'avons fait que nous conformer aux idées admises
par la plupart des penseurs et des artistes.
Quelques philosophes vont encore plus loin.
Ils refusent le nom d'Art à tout ce qui présente une utilité directe.
« Les arts, écrit M. Cousin', s'appellent les beaux-arts parce que leur objet est de produire Témotion du Beau sans égard aucun pour l'utilité ni du spectateur ni de Fartiste. Ils s'appellent encore les arts libéraux parce que ce sont des arts d'hommes libres et non d'esclaves, qui aflFranchissent l'âme, charment et ennoblissent l'existence : de là le sens et l'origine de ces expressions de l'antiquité : artes libérales ^ artcs ingeiniœ. »
Cette dernière considération est d'autant plus piquante que, dans l'antiquité, la pratique des beaux-arts était loin d'entraîner avec elle l'étonnante considération dont jouissent les artistes de nos jours. Aristote lui-même n'en permet pas l'exercice constant au parfait citoyen. Il veut bien que l'enfant reçoive quelques notions techniques, pour pouvoir « juger de la vertu morale de l'Art et par la suite des plaisirs honnêtes qui en sont le résultat », mais il faut dans l'âge mûr s'abstenir soigneusement de toute main-d'œuvre-.
« Le grand point de démarcation, dit-il autre part, est l'intention dans laquelle on apprend un art. On peut l'apprendre pour soi, pour ses amis, pour la vertu, sans dégrader le caractère de l'homme libre. Mais l'exercer pour les autres, c'est presque toujours faire le métier de mercenaire ou d'esclave. » Conséquence naturelle de ces théories, l'artiste, dans l'antiquité, n'était guère plus considéré que l'artisan, et l'artisan n'était admis aux honneurs que dans une seule ville, celle de Thébes; encore fallait-il qu'il eût renoncé depuis dix ans à sa profession '.
On sait le peu d'estime que Platon montre à l'endroit des