Ilid., 1. III, ch. III
artistes. Dans Phèdre, il place leurs i\mes et celles des poètes dans la sixième catégorie, non seulement après les médecins et les guerriers, mais encore après les athlètes, les devins, les initiés.
A Rome, leur condition était encore moins considérée et leur salaire ne dépassait pas de beaucoup celui des ouvriers ordinaires '.•
Au reste, toute l'Antiquité, ainsi que le remarque fort bien M. de Ronchaud", parait avoir été imbue d'une certaine philosophie aristocratique et dédaigneuse, qui ne jugeait comme dignes du parfait citoyen que les sciences de spéculation pure. C'est ainsi que Cicéron, tout libre esprit qu'il était, considérait la géométrie comme méprisable à cause des applications qu'on en peut faire aux besoins de la vie ; et son mépris fut assez fort pour l'entraîner à mal parler d'Archimède.
Plutarque nourrissait les mêmes préjugés, et si, plus généreux, il pardonne à Archimède, c'est uniquement parce qu'il est persuadé que ce grand homme « regardant tout ce qu'on exerce pour le besoin comme des arts vils et obscurs, s'est spécialement livré aux sciences dont la beauté et la perfection ne sont liées à aucune nécessité ». Pour la peinture et la sculpture, bien qu'elles échappent au reproche d'utilité immédiate, leur côté matériel et le gain qui en résulte l'amènent à les traiter avec le plus complet dédain. Lucien, qui cependant avait étudié la sculpture, n'est guère plus tendre que Plutarque à l'égard des arts plastiques, et Pline les déclare indignes d'être exercés par « des mains honnêtes, honestis manibus )■>.
Les professions, du reste, étaient alors si bien mélangées que les artistes les plus renommés de ces temps lointains ne croyaient pas déchoir en s'occupant d'oeuvres purement utiles.
1. Baudrillard, Histoire du luxe, t. II, p. 265; voir aussi les Beaux-arts et les Arls décoratifs, t. II, p. 102 et suivantes, art. de M. Benjamin Fillon.