‹ L'art à travers les moeursChapitre 6 sur 179 · FI G. -1. — MIRMILLON, GLADIATEUR ANTIQUE · texte numérisé non relu

FI G. -1. — MIRMILLON, GLADIATEUR ANTIQUE

Dessin d'enfant relevé à Pompéi. Maison du Faune, première colonne au fond du jardin.

fausses, mais encore pour faire la lumière sur toute une époque, et pour nous révéler une société que nous ne connaissions pas. Tournons un instant nos regards vers la Grèce de Périclès ou d'Alexandre, telle que nos livres classiques nous ont appris à la connaître ..Nous n'apercevons ce pays privilégié qu'à travers un harmonieux groupement de temples et de statues. La Grèce de ces temps pose devant nous parée, drapée, solennelle, grandiose par son génie, polie par ses mœurs, et démesurée si nous

la comparons à notre taille. Dès notre enfance, on nous a habitués, en effet, à considérer dans notre imagination la moindre cité antique comme une sorte de faubourg de l'Olympe peuplé de héros et de demi-dieux.

Mais voilà que des fouilles heureuses placent sous nos regards quelques figurines de Tanagra ; et il suffit de Tappari-

riG. o. — HETIAIRE, GLADIATEUR ANTIQUE. Dessin d'enfant relevé à Rome, dans la maison de Tibère, palais des Césars,

tion de ces statuettes gracieuses pour mettre fin au mirage qui nous obsédait depuis nos premiers ans.

Ces adorables Thébaines coiffées du petasos, portant à leur main un éventail, ou tenant une fîeur, bien campées, bien posées, coquettement costumées, nous révèlent une société féminine assez semblable à la nôtre. Un morceau de terre habilement modelé nous apprend brusquement que l'humanité à tous ses âges s'est quelque peu ressemblée, et que les contemporains de

Praxitèle et de Scopas sont trop près de nous, pour qu'en si peu de siècles il se soit accompli, dans le caractère et les allures de la femme, des modifications bien absolues et des transformations bien radicales.

Pour Rome, fait incroyable, nous étions presque aussi mal informés. L'histoire, telle qu'on l'écrit, se présente pourtant là sans lacunes. Elle est parfois prolixe dans ses détails, horrible dans ses récits. Par Juvénal, par Suétone, par Tacite, nous connaissions jusque dans ses plus secrets replis la honteuse dépravation des empereurs et de leur cour ; par les autres nous savions les noms et les hauts faits de tous les scélérats qui sont nés dans la ville éternelle. Il a fallu les fouilles d'Herculanum et de Pompéi, d'Ostia et du Palatin pour que nous a)'ons une idée exacte des Romains, de leur costume, de leurs habitations, de leurs usages et de leur vie. On pouvait, auteurs en main, établir le bilan des boucheries du cirque, on pouvait compter les victimes de ces répugnants combats. Le costume des acteurs était pour nous lettre morte. Nos peintres faisaient descendre dans le cirque les gladiateurs vêtus d'une blanche tunique et seulement armés du glaive traditionnel.

Cinquante ans après la découverte de Pompéi, on n'avait point encore su déchitfrer les graphiti tracés par des enfants sur les murs de la ville ensevelie, et démêler, à travers les traits hachés par une main inhabile, le harnachement si pittoresque du rétiaire et le costume du mirmillon.

11 a fallu que les fouilles entreprises livrassent des armures complètes, pour qu'on finit par comprendre la signification de ces œuvres d"art enfantines, plus instructives cependant qu'un volume de commentaires et de descriptions.

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