FIG. 86. — VASE GAULOIS APODE EN TERRE MOIRE
Provenant des sépultures de CaranJa (Collection F. Moreau).
Fart gaulois avait déjà jeté ses langes et renoncé à ses premiers bégayements. Répudiant les exigences hiératiques qui défendaient la représentation de Ihomme et des animaux, il avait dit depuis longtemps adieu à l'ornementation purement géométrique et cherchait, pour ses médailles, pour ses enseignes, pour ses vases de bronze et de céramique, des exemples dans la flore et des emblèmes parmi les animaux.
Les premières armées auxquelles les légions romaines se heurtèrent sur le sol de la Gaule portaient des enseignes repré-
sentant un cheval libre, une laie, ou bien un sanglier \ Les adversaires de César étaient déjà d'habiles artistes. Dans les plaques, les vases, les agrafes, les torques, les éperons, les fibules, les umbos de boucliers, trouvés aux environs d"Alise et contemporains du siège de cette valeureuse cité, on reconnaît une ornementation fine^ des proportions heureuses, une exécution délicate, svelte, pleine de savoir et de goût.
La période d'un siècle qui s'étend entre la proclamation de Vespasien et celle de l'empereur Commode voit, d'une extrémité de son territoire à l'autre, le pays se couvrir de monuments. Lyon, Autun, Bordeaux, Marseille, Bourges, Sens, deviennent autant de centres intellectuels où fleurissent les lettres et les arts. De tous côtés se dressent des maisons, bâties, décorées, meublées à la façon de celles d'Italie. Les puissants et les riches choisissent, pour se construire des villas, les sites les plus pittoresques, dominant les fleuves, les forêts ou la mer. Partout le luxe complète le confortable et les statues s'alignent en bel ordre sous des portiques majestueux. Les proportions de ces statues sont belles, leurs formes sont élégantes, leurs gestes sobres, un peu froids, et la dignité de leurs poses rappelle l'art romain en son beau temps. Le Jupiter du Vieil-Évreux, la statuette d'Annecy, les groupes et les figures des tombeaux de Clcrmont et de Saint-Remy montrent à quelle perfection était parvenue la statuaire gallo-romaine.
En outre, fidèles au précepte de Charondas, ordonnant que nulle demeure privée n'égale en magnificence la demeure des Dieux, partout, à côté des constructions particulières, les Gaulois avaient élevé des temples et des édifices publics. Les images des empereurs, des impératrices, des Césars déifiés emplissaient les bâtiments officiels et les lieux de réunion. Dans les plus
I. Voir au musée de Saint-Germain toute cette partie de l'art gaulois.
minces bourgades on dressait des monuments aux proconsuls et aux préteurs. Partout on avait bâti à grands frais des amphithéâtres, des cirques, des bains et des basiliques. Combien d'œuvres subsistent encore, qui affirment la grandeur et le goût de cette époque : le temple de Livie à Vienne, la maison carrée à Nîmes, les arcs de triomphe d'Orange, de Cavaillon, de Carpentras et de Reims, les amphithéâtres de Fréjus, d'Orange, de