FIG. 88. — FRAGMENT DE SARCOPHAGE GALLO-ROMAIN (V* SIÈCLE
A Clermont (Auvergne).
Narbonne, de Bordeaux, de Bourges et de Cahors. A Nîmes et à Arles, des arènes colossales nous racontent l'activité et la richesse des villes de ce temps. A Paris, à Vichy, dans vingt autres endroits, des thermes et des bains attestent que partout la recherche du confort et l'élégance avaient pénétré dans les mœurs.
De cette époque lointaine nous avons du reste un témoin gracieux, aimable, indiscret: Sidoine Apollinaire, Lyonnais de naissance, Romain par ses alliances, préfet du prétoire, sénateur, éveque par occasion et poète par goiàt, nous décrit avec une complaisance marquée, en vers et en prose, la vie patri-
cienne d'alors'. Chrétien de mœurs brillantes, s"il se montre parfois mystique, il n'oublie point cependant les faciles divinités du paganisme, et c'est la coupe en main que, penché « sur le lit couvert de pourpre et qui avidement boira le nectar empourpré », il aime à célébrer les saints mystères de Bacchus, mêlés à ceux de la religion nouvelle.
Mille souvenirs viennent du reste confirmer ce qu'il nous dit du luxe et des arts d'alors. Les mosaïques admirables d'Autun, de Sens et de Reims, les statuettes et les vases du "nr et du iv siècle, la parure des dames de ce temps, le curieux écrin découvert à Lyon, en iS3g, et renfermant des bracelets, des bagues, des boucles et des colliers, ainsi que les terres cuites de Vichy, figures et bustes de femmes nombreux et variés, nous montrent que les modes gauloises avoisinaient celles de la métropole. Le fragment de vase exposé naguère au Trocadéro par M. B. Fillon, les médailles de Posthumus et de Victorin, les sarcophages trouvés à Paris, l'autel de Mithra, découvert au cimetière des Carmélites-, attestent à quelle perfection étaient arrivés à cette époque la main-d'œuvre et le goiàt.
Les besoins d'art étaient tels à ce moment, qu'ils ne respectaient même pas les objets de l'ancien culte. Étrange profanation! les pierres druidiques elles-mêmes se voyaient décorées de sculptures, et le Menhir autel de Plombannalec^ nous présente encore aujourd'hui, gravée dans les rugosités de sa carapace, la figure digne et calme de Teutatès, le Mercure gaulois. Enfin, pour tout résumer en un mot, la politesse et la civilisation gauloises étaient offertes en modèle à la plupart des peuples alliés de Rome. On pouvait donc tout espérer d'une
1. Voir ses panégyriques, ses èpithalamcs, et aussi ses lettres.