‹ L'art à travers les moeursChapitre 84 sur 179 · GÉOMÉTRIQUE · texte numérisé non relu

GÉOMÉTRIQUE

Musée de Saint-Gerraaîn.

plaques, glaives, boucliers, on n'en trouverait pas cent, où la figure humaine soit tracée même d une façon grossière, brutale, rudimentaire. On n'en trouverait pas dix, pas cinq, où elle soit représentée avec quelque fidélité et quelque respect.

Des dessins géométriques, des lignes rondes ou droites, des cercles, dans lesquels sont inscrits des carrés, des triangles, des étoiles, des roues simulées en raies pointées, des entrelacs, des

KIG. 9C. — FIBULE MÉROVINQIESXE ORXÊE DE SERPENTS. Provenant des fouilles de Caranda. (Colhaioii F. Moreau.)

méandres, de loin en loin un ornement qui ressemble à une feuille de fougère ou une série de méandres qui aboutit à une tête de serpent ; telles sont les combinaisons, ingénieuses parfois, souvent élégantes, très curieuses assurément mais singulièrement bornées, qui ont remplacé ces belles représentations humaines, ces statues, ces statuettes, ces bas-reliefs, ces figures délicates, ces trophées gracieux et ces guirlandes harmonieuses qui communiquent un charme si particulier aux productions de l'art gallo-romain.

C'est en vain que les chefs et les souverains, mieux préparés, mieux entourés, élevés dès leur plus tendre enfance au milieu d'une civilisation et d'un art dont on leur dévoile la grandeur, cherchent à réagir contre ces tendances étrangement exclusives et si cruellement étroites. C'est en vain que Chilpéric conserve dans son trésor un grand nombre de médailles précieuses, dont il fait parade devant Grégoire de Tours. C'est en vain que

Childebcrt I" couvre de peintures les églises qu'il vient de bâtir', et que Gondebaud décore de ses propres mains les oratoires qu'il a fait élever. Les Francs ne veulent rien entendre aux arts de la Gaule romaine. Ils n'ont pour eux que dédain et mépris, et c'est avec un orgueil non contenu qu'ils s'écrient en montrant leurs primitives parures : « Ce ne sont point des artistes venus d'Italie, ce sont des barbares qui ont exécuté ces ouvrages. »

11 est à remarquer, observe à ce propos M. Benjamin Fillon-, que la prédominance absolue de ces arts rudimentaires se manifesta « juste au moment où l'aristocratie, plus rebelle que ses rois à l'influence des idées romaines et chez qui la féodalité était en germe, entra en lutte avec les Mérovingiens et ne tarda pas à les subalterniser. » L'adoption du système décoratif qui réalisait leur idéal était, en effet, une affirmation de la nationalité, de la culture intellectuelle, de la race de ces Francs désormais suzerains du pays, en même temps qu'une sorte de réaction contre les tendances romaines des représentants du clergé et des successeurs de Mérovée.

Mais alors menu que, par une volonté de fer, le souverain parvient à demeurer politiquement le maître ; alors même que, comme Dagobert, tout-puissant, riche, magnifique, il aime à s'entourer d'objets d'art; alors même que, superstitieux, il prodigue aux églises des trésors, des pierreries, des métaux précieux et possède dans son clergé des artistes comme saint Éloi, capables d'enfanter des chefs-d'œuvre, il ne par\ient point à s'émanciper de ce joug singulier.

Éloi, esprit élevé, affiné, délicat pour l'époque, homme de génie, dans le sens le plus vaste du mot; Éloi, qui devint évêque sans avoir été clerc, et saint bien qu'ayant été évêque; Éloi, lui

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