‹ L'art à travers les moeursChapitre 83 sur 179 · GÉOMÉTRIQUE · texte numérisé non relu

GÉOMÉTRIQUE

Provenant des fouilles de C.ïr.indii.

(Collection Moreau.)

sans destruction, sans bouleversement grave, sans secousses, par le seul fait de l'avènement aux affaires d'une classe nouvelle (on dirait aujourd'hui d'une nouvelle couche), le goût se gâte, le sentiment se modifie, l'art se transforme, l'artiste perd la notion des proportions humaines, en même temps que les classes riches se passionnent pour les femmes chargées en graisse, épanouies en embonpoint, pour ces créatures fortes

et grosses qui sont en quelque sorte la passion instinctive de l'Orient ; et à la suite de cette transformation, Fart s'endort.

En Gaule, ou pour mieux parler en France, car c'est le nom que le pays portera désormais, l'absorption est plus extraordinaire encore qu'à Byzance. En moins de deux siècles, toute la civilisation gallo-romaine est, pour me servir d'une expression d'Augustin Thierry, « dévorée par la barbarie franque « , et les arts qui approchaient de leur apogée rétrogradent jusqu'à leur berceau, jusqu'à cet ornement géométrique, point de départ inéluctable de toutes les manifestations plastiques.

Vingt cimetières mérovingiens découverts et fouillés, cinquante mille tombes explorées avec un soin minutieux ne livrent point à l'archéologue dix objets qui ne portent le cachet de la barbarie. Depuis la sépulture du chef le plus puissant jusqu'à celle du soldat le plus humble, il devient impossible de rencontrer un objet d'art qui soit digne de ce nom. Le vainqueur ne songe même pas à se parer de la dépouille du vaincu, il méprise ses bijoux et ses ornements. Sur vingt mille agrafes, fibules,

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