FIG. 1“1. — ÉBÉNISTERIE DU XVI« SIÈCLE
Crédence appartenant k Rougier.
les artistes, ses grands prêtres, devenus brusquement les favoris des papes et des rois, sont traités par eux comme des amis et par les princes comme des égaux. Michel-Ange se dispute avec Léon X et le rudoie. Quand Titien laisse tomber son pinceau devant l’empereur, c’est Charles-Quint qui le ramasse.
Après cela, comment s’étonner qu’en ces temps glorieux, la création d’une œuvre de génie intéresse non seulement les disciples de l’art, mais encore tout l’État ; comment être surpris que son apparition, saluée comme une joie nationale, se transforme
en une fête publique? Les seigneurs implorent les artistes pour avoir quelqu’une de leurs œuvres ; les puissants se disputent statues et tableaux ; les rois et les princes s’arrachent peintres et sculpteurs. Curieuse époque que celle où, pour corrompre un ministre, on lui promet un chef-d’œuvre ! Heureux temps que celui où l’intelligence d’un homme peut embrasser tous les arts, où l’on est à la fois peintre et sculpteur, ingénieur et musicien, architecte et poète !
Tout se tient, en effet, dans ces périodes bénies; tout marche à l’unisson. Le mobilier a suivi la même voie que l’architecture. Non seulement il s’inspire de cette dernière, mais même il la copie. Là encore, les formes anciennes n’ont point été brusquement bannies. Une ornementation délicate est venue, toutefois, en adoucir les lignes austères, en dissimuler les sévères profils. La crédence, le fauteuil ou la chaire, la table et le lit conservent beaucoup de leur aspect ancien; mais les fines colonnes qui soutiennent leurs frises sculptées, les gracieuses arabesques qui se jouent sur leurs panneaux, les attiques ou les cintres dans lesquels s inscrivent
FIG. l"2. — CHAIRE EN BOIS SCULPTE DE LA RENAISSANCE.
Collection de M. Chabrières-Arlès.
leurs frontons rappellent Tltalie et la Grèce, Rome, Athènes ou Florence, rAntiquité ou le xv® siècle toscan, et non plus l’art gothique avec ses logiques exigences.
Partout, en ces meubles délicieux, régnent la sveltesse, la distinction et la grâce, grâce délicate, un peu frêle, élégante surtout, et qui dans la sculpture est la marque de notre école, l’indice de notre tempérament à ses grandes époques, et que plus
FIO. 173. — VI80IN.\LE, INSTRUMENT DE MUSIQUE DU XVI' SIÈCLE. Collection de M. Terme.
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tard nous retrouverons sous l’ébauchoir d’AlIegrain, de Falconet et de Clodion, comme elle nous apparaît maintenant sous le ciseau de Jean Goujon et de Germain Pilon.
Nous avons dit que parfois le mobilier copie l'architecture. Beaucoup de meubles, en effet, prennent l’aspect de petits édifices. Des crédences, des cabinets développent de vraies façades de palais; mais, soit que l’artiste s’efforce de copier, soit, au contraire, qu’il se montre créateur, le développement en largeur reprend le dessus et les lignes horizontales se manifestent partout avec une intensité telle, qu’en elles, on le sent, réside l’importance du petit monument. Les colonnes ne sont
plus pour l’œil le principal de l’édifice, et la voûte qui les conjoint un moyen de les unir, une sorte de limite imposée à leur élan. Elles sont devenues simplement des masses portantes, qui n’ont de raison d’être et d’excuse que s’il règne sur elles une frise ou un entablement, c’est-à-dire une masse portée.
Malgré ce changement radical, on retrouve entre toutes les