Voir principalement le Salon de
siècles passés, que malheureusement nous connaissons trop encore? Quel usage l’art pourrait-il faire de ces vêtements ridicules, qu’on voit dans les statues gothiques de nos temples, dans les tapisseries et dans les miniatures anciennes? »
Il faut relire ces idées curieuses, si différentes des nôtres. Il faut entendre Diderot s’écrier : « Quoi de plus mesquin, de plus barbare, de plus mauvais goût que notre accoutrement français?... Mettez à César, Alexandre, Caton, notre chapeau et notre perruque, et vous vous tiendrez les côtes de rire ; si vous donnez au contraire l'habit grec ou romain à Louis XV, vous ne rirez pas. » Il est indispensable, dis-je, de se bien pénétrer de ces idées étranges, pour comprendre l’extravagante mascarade à laquelle on assiste, dans le domaine de l’art, sous le régne du grand roi et sous celui qui suivra.
Avec de pareilles idées, pour peu qu’un homme de qualité veuille fixer ses traits, afin de les léguer aux générations futures, il s’empresse de dépouiller un costume qui lui paraît au-dessous de sa propre dignité. Il se déshabille en Romain, et affecte des airs de vainqueur du monde. Pour peu qu’il ait quelque titre à la cour, le voilà héros. S’il est marquis ou duc, il est promu demi-dieu. Prince, il devient Dieu de première classe, et le roi, qui commande à ce monde ridicule à force d’orgueil et de vanité, croit honorer Apollon en choisissant le soleil pour emblème.
On comprend quel courant artistique doit créer une pareille aberration. Le faste s’élève partout à une telle hauteur que, pour l’expliquer, on l’érige en système. On imagine Louis XIV y trouvant un moyen d’épuiser la noblesse, de la réduire ainsi à l’état de satellite ou d’annexe, et de la réduire à la domesticité la plus étroite, en la faisant dépendre de ses royaux bienfaits.
Tout le monde se modèle, en effet, sur l’image du maître. Le luxe du grand Condé à Chantilly est à peine moins étonnant