I. Fritz Berthoud, J.-J. Rousseau au Val de Travers
Inutile de dire si le succès de Rousseau lui valut des imitateurs. Son engouement fit école, et la nature désormais ne compta plus que des admirateurs dont le facile enthousiasme ne tarda pas à dégénérer en attendrissement. De la vue de ces spectacles immuables en leur sérénité, d’une beauté éternelle et constante, naît une nervosité douloureuse et pénétrante.
FIG. 230. — PENDULE, STYLE LOUIS XVI, FaC‘Similé d’un dessin de J. -G. Lafosse.
Une vague tristesse s’empare des cœurs, la sensibilité, cette maladie nouvelle, sévit avec force. A côté de l’idylle apparaît l’élégie.
Malfilâtre, Gilbert et dix autres se laissent gagner par cette âcre volupté de souffrir pour redire ses souffrances. Les âmes en peine, les cœurs éprouvés trouvent dans ces élans poétiques un adoucissement à leurs angoisses, mais le mal devient contagieux. La mélancolie régne où elle n’aurait que faire, et les fortunés.
les heureux de la vie se surprennent, eux aussi, a répéter les deux vers de Léonard :
Pour étranges qu’elles soient, ces tendances sentimentales viennent, du reste, singulièrement en aide aux idées philoso-
phiques. Il est passé à la mode de gémir sur l’infortune des classes pauvres. Au récit de ces douleurs obscures, les yeux des gens de goût se mouillent de larmes qu’ils croient sincères. Le roi lui-même et sa jeune compagne se laissent gagner par cet attendrissement platonique. Malheureusement, si le retour à la vertu est prêché par toutes les lèvres, la dissipation continue dans les mœurs. Tandis que le peuple meurt littéralement de faim, le service de la bouche royale emploie 295 officiers, sans
Et le dernie'r bien qui me reste Est-il la douceur de pleurer ?