‹ L'art à travers les mœursChapitre 163 sur 171 · ÏAC-SIMILÉ DE DEUX GRAVURES DE · texte numérisé non relu

ÏAC-SIMILÉ DE DEUX GRAVURES DE

qu'on résumât toute la distinction dont elle était susceptible.

En même temps, ces meubles se font plus intimes que par le passé. Leurs proportions se réduisent et s’équilibrent. Les sièges s’adaptent mieux au corps, deviennent plus maniables et

FÎG. 237. — CONSOLE EN BOIS DORÉ Ayant appartenu à la reine M.trie-Amoinette. (Ancienne collection Double.)

semblent se plier davantage aux exigences de la vie journalière. La causerie simple, sans prétentions comme sans fracas, s’accommode admirablement de ces chaises légères, de ces étroits fauteuils en bois blanchi et réchampi de couleurs gaies et fraîches, et l’étroite console, la table volante, le svelte guéridon semblent mieux proportionnés à nos besoins, à notre taille et à nos forces.

Ajoutez que le mobilier ne fait plus corps avec la chambre. Il la peuple et semble l’habiter. Sous cent formes nouvelles il se nombre et se multiplie, s’éparpillant en ces mille riens dont la femme aime à s’entourer, et qui impriment à l’habitation ce caractère d’intimité et de « sensibilité » que nous avons remarqué déjà dans les autres branches de l’art et dans la littérature.

Dans la toilette on découvre également cette même affectation de sentimentalité étrange. Elle apparaît dans les noms, il est vrai, bien mieux que dans les formes, mais l’intention n’est pas moins manifeste. Une dame frisée en sentiments soutenus, avec un bonnet en conquête assurée, garni de plumes volages et de rubans d'œil abattu; vêtue d’une robe de soupirs étouffés, ornée de regrets superflus, avec un point de candeur parfaite, garnie en plaintes indiscrètes et de rubans en intentions marquées, etc., etc., n’appartient point à tous les temps de notre histoire, mais à une seule période, et cette période est celle qui précède immédiatement la Révolution.

Quant aux formes, si le sentiment en est forcément absent, nous retrouvons en elles ces proportions démesurées qu’elles avaient affectées au beau temps du moyen âge. Etrange coïncidence, et qui laisserait croire que les principes monarchiques aient été tentés, à leur déclin, d’afficher le lien qui les rattachait à l’organisation féodale ; car, fait digne de remarque, c’est uniquement chez la femme, dont nous avons vu l’excessif empire s’étendre et grandir pendant les deux périodes précédentes, que ce développement en hauteur se montre avec toute son exagération.

Tout d’un coup, l’échafaudage des cheveux féminins se vit porté si haut, que le visage parut être aux deux tiers du corps. Léonard, le coiffeur à la mode, le favori de Marie-Antoinette, poussa l’art d'agencer les poufs à un tel degré, qu’il fit entrer

jusqu'à quatorze aunes d’étolfe dans une seule coiffure. Le pouf au sentiment s’accommoda avec des fleurs, des fruits, des légumes, des oiseaux empaillés, des poupées, des portraits. Un chroniqueur du temps ^ nous a conservé la description d'un pouf au sentiment avec lequel osa se montrer la duchesse de Chartres ;

« Au fond, étoit une femme assise sur un fauteuil et tenant un nourrisson, ce qui désignait le duc de Valois (Louis-Philippe) et sa nourrice. A droite étoit un perroquet becquetant une cerise, oiseau précieux à la princesse; à gauche étoit un petit nègre, image de celui qu’elle aimoit beaucoup.

Le surplus étoit garni d’une touffe de cheveux du duc de Chartres son mari, du duc de Penthièvre son père, du duc d'Orléans son beau-père ».

Les coiffures à la Jiinon, à la Saint-Cloud, à la frégate, à la belle-poule, en parc anglais, au lever de la reine, les bonnets à la fusée, ne le cédaient ni en étrangeté ni en développement à ces monuments d'extravagance. Les caricatures du temps représentent les coiffeurs perchés sur une échelle pour accommoder les dames. L’histoire

^ Fia. 2;J8.

rapporte qu’elles étaient obligées de se tenir à COIFFURES DE FEMMES,

genoux dans leurs voitures, et que la hauteur du règne de ums wi.

^ D après des gravures

de leurs poufs les fit bannir de l’amphithéâtre de l èpoque.

l'Opéra.

Non contentes de grandir outrageusement leur figure, les femmes e.xhaussèrent les talons de leurs souliers, au point que ceux-ci devinrent des échasses, et qu’il fallut s’aider d’une canne pour pouvoir conserver son aplomb.

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