‹ L'art à travers les mœursChapitre 167 sur 171 · MODÈLE DE FLAMBEAUX A TROIS BRANCHES · texte numérisé non relu

MODÈLE DE FLAMBEAUX A TROIS BRANCHES

14C-SIMIHÎ u'vs dessin de PKUü’HON

le peintre des Satines. Les costumes du Directoire et ceux de l'Empire, qu’il dessina plus tard, sortaient du même tonneau, avec en plus un petit accent troubadour qui achevait de les rendre absolument ridicules*.

Le peuple, lui, ne retint de tous ces essais que deux choses ; le pantalon, les antiques braies des Gaulois, et la tunique, la non moins vénérable saj'e de nos lointains ancêtres, qui devint la blouse : vêtements nationaux par excellence, disparus depuis douze siècles et qui, restitués par la Révolution, sont devenus le costume général, universel, typique de l’ouvrier et du paysan français.

Dans ce qu’on est convenu d’appeler plus spécialement les beaux-arts, le but poursuivi est le même et les moyens employés sont identiques. David proclame hautement qu’il faut régénérer les arts comme déjà on a régénéré les mœurs, et le conventionnel Bouquier annonce que de la Révolution datera « l’ère de l’art renouvelé. »

Désormais, cet art nouveau doit se distinguer en adoptant « des sujets qui relèvent les courages, honorent les mœurs et font aimer l’humanité. » Dans l’exécution il se caractérisera par « un style mâle et nerveux qui rappelle l’Antique ».

C’est ainsi que la Révolution, conséquente avec elle-même, entend reprendre pour son compte cette idée chère aux anciens, de faire des beaux-arts une école de patriotisme et de vertu. Les plus beaux palais leur sont assignés pour demeure. Des fêtes publiques sont célébrées en leur honneur. Malheureusement, tous ces encouragements ne peuvent réveiller la sève endormie et suppléer au génie qui crée. Ce dernier, enchaîné par l’exemple, abdique volontairement toute initiative personnelle et perd, lui aussi, toute saveur originale.

I. Voir, dans les Mémoires de M'"^ de Rèmusat, la comédie singulière qui précéda la cérémonie du sacre.

Là encore, le besoin de s’inspirer de l’antiquité, de la suivre pas à pas, de l’imiter, de la copier, s’impose avec force. David et son école portent à son apogée cette pseudo-résurrection. Le tableau, la statue ne sont plus que des réminiscences ou des interprétations d’un lointain idéal.

C’est à peine si la grâce française osera, par le pinceau d’un Prud’hon, protester avec une éloquence discrète et un charme incomparable contre cette absorption singulière. Encore les compositions du plus français des maîtres de ce temps respirent-elles un tel parfum archaïque, que le portrait le plus exact qu’on en puisse faire, c’est de dire qu’elles présentent à nos yeux une antiquité rajeunie.

Même quand il veut reproduire la vie de chaque jour, l'art garde cette profonde empreinte. La peinture reste grave et demeure sculpturale. On sent dominer en elle l’influence de Rome et de la Grèce. Rien de personnel, de naturel, de primesautier n’apparaît plus. Rien n’est plus laissé à l’initiative individuelle, d'out, au contraire, est théâtral, réglé, prévu. 11 n’y a plus qu’à copier. Les personnages que le peintre représente ne vivent pas, ils posent. Ils ne sont pas vêtus, mais drapés. Ce ne sont pas des hommes, ce sont des modèles, et le portrait le plus vulgaire prend les allures d’un médaillon.

Dans la littérature, la pompe et l’apparat sont la marque évidente d’une préoccupation pareille. Le classicisme, dans ce qu'il a de plus étroit, de plus pesant et de plus épais, règne en maître. Lebrun-Pindare,et Baour-Lormian demeurent les deux types de cette évolution, où la poésie, lourde, terne et sans éclat, se traîne dans l’ornière antique et fournit la transition entre une société qui n’est plus et le monde nouveau qui se lève.

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