‹ L'art à travers les mœursChapitre 166 sur 171 · Nouveau Paris · texte numérisé non relu

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Mais, si l’égalité pour tous s’est fait jour jusque dans le costume, celui-ci cependant ne revêt point autant que le reste des allures grecques ou romaines. Il subit des transformations radicales, il est vrai, mais demeure moderne et français.

Dès 1790, en effet, bonnets et coiffures se virent ramenés à des proportions convenables. Les postiches disparurent. Plus de coussins sur les hanches ; les jupes tombèrent tout droit. Ce nouvel habillement, à la fois élégant et moderne, dura pendant toute la période révolutionnaire. Ce ne fut guère que sous le Consulat qu’on vit apparaître, et encore à l’état d’exception, les costumes grecs ou romains qu’affichèrent les merveilleuses.

La taille remonta sous les seins, il est vrai , et les cheveux s’aplatirent sur la tête, mais les coiffures à la BrutiiSj à la Titus, à la Caracalla, aussi bien que les tuniques à la Cérès, à la Minerve, à la Diane, à TOmphale , demeurèrent le privilège d’un petit groupe d’excentriques. 11 fallut une madame Beauharnais pour découvrir en public sa gorge et ses bras au point de ressembler à une statue antique, une madame Tallien pour faire de ses pieds nus craquer les anneaux d’or, et donner aux badauds une immodeste parodie de la décente nudité des Grecs. Et encore cette comédie n’eut-elle qu’un succès limité; témoin l’effroyable scandale que provoqua M"" Hamelin, en se promenant dans les Champs- Elysées n’ayant pour tout vêtement qu’une tunique de gaze.

Pareille tentative eut lieu pour le costume masculin , avec moins d’indécence, assurément, mais sans plus de succès. Dès 1 787, la politique s’était manifestée dans l’habillement des hommes. On portait déjà « des gilets aux notables » avec des broderies représentant l’assemblée des notables présidée par le roi h

I. Le roi était représenté assis sur un trône et placé de telle sorte que, pendant qu’il agitait une banderole sur laquelle étaient écrits ces mots « âge d’or », de sa main droite il semblait fouiller dans sa poche; ce qui, pour un monarque, était assez peu respectueu.x.

Vers la même époque, on renonça à la poudre, et celle-ci devint même une sorte de signe de ralliement adopté par la réaction. En 1789, quand apparurent les trois couleurs nationales, — séduisante nouveauté, car la Nation jusque-là n’avait jamais eu de couleurs à elle, mais avait toujours porté celles de ses rois, - ces couleurs nationales, emblème du déplacement de la souveraineté, furent subitement à la mode. Presque en même temps le noir, couleur imposée aux députés du tiers-état, devint la nuance de cérémonie, et l’est resté depuis cette époque.

Plus tard on voulut, comme pour le reste, modeler le costume masculin sur les modes d’Athènes et de Rome. Un membre de la Commune, nommé Sergent, prit même l’initiative d’une proposition obligeant tous les citoyens à l’uniformité du costume. C’était du reste la passion du temps que d’introduire partout l’unité. « Il faut, disait Saint-Just, que les enfants soient vêtus de toile en toute saison qu’ils soient nourris en com-

mun, ne vivent que de racines, de fruits, de légumes, de pain et d’eau ». Rien de surprenant, avec ces idées, que le Club des arts ait été appelé à fournir le patron d’un vêtement uniforme.

Malheureusement ses dessinateurs échouèrent dans cette belle entreprise. L’idée, malgré cela, fut plus tard reprise par Robespierre, et Louis David se vit chargé, par un arrêté du Comité de salut public, de présenter ses vues sur le moyen d’améliorer le costume national. Une gravure de Denon nous a conservé le résultat cies méditations du grand peintre, résultat médiocre, qui n’a rien de gracieux ni de particulièrement séduisant.

Le costume préconisé par l’illustre maître se composait d'une tunique, d’un manteau court et d’un pantalon collant, de bottines et d'un bonnet à la hongroise. C’était à peu près la même tenue que celle déjà taillée par David pour l’École de Mars; et c’est, en outre, le seul modèle que parvint à enfanter

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