Phidias, sa vie et ses œuvres p
l^rotogènc peignit des navires, Pausias décora des appartements, Zeuxis ne dédaigna pas de tracer des compositions sur des vases de la céramique la plus ordinaire.
En pleine Renaissance, les peintres et les sculpteurs du plus haut mérite ne pensèrent pas davantage déroger en s’occupant d’ouvrages encore moins relevés. Raphaël peignit, pour Léon X, un éléphant et des décors de théâtre, et l’une des dernières préoccupations de sa vie fut d’empêcher les cheminées du duc d’Este de fumer h
Mais admettons pour un instant l’exclusivisme de M. Cousin, déclarons avec lui que les arts ont pour unique objet de produire l’émotion du Beau. Enlevons même toute autre prétention à l’architecture. Eh bien! réduit à dédaigner tout ce qui semble utile, il s’en faut encore de beaucoup que l’Art soit sans utilité directe pour la société, — et nous allons l’établir.
11 est un point de haute importance, sur lequel tous les hommes, qui ont étudié les grandes lois d’économie politique qui régissent la vie des peuples, semblent s’étre mis d’accord. C’est qu’une société ne peut progresser qu’à cette condition expresse qu’une fraction au moins de sa population ait des loisirs. 11 est clair, en effet, qu’une agglomération d’hommes qui, depuis l'heure de son réveil jusqu’à celle de son coucher, serait exclusivement occupée à pourvoir à ses besoins matériels, ne saurait réaliser de sérieux progrès et demeurerait infailliblement dans le même état de barbarie et de grossièreté.
Aussi voyons-nous, dès les premiers âges du monde, ce besoin de loisirs s’imposer aux sociétés naissantes et grandir avec elles. Dès l’antiquité, les philosophes en constatent la nécessité, en approuvent et en préconisent la réalisation. « C’est un principe admis, écrit Aristote dans son examen de la constitution
. Eug. Müntz, Raphaël sa vie, son œuvre et son ienips, p. 420, 422, 620, etc.
lacédémonienne, que dans un bon gouvernement, les citoyens occupés à la chose publique doivent être débarrassés du soin de pourvoir à leurs premiers besoins. » Or, à Sparte, ce sont tous les citoyens qui s’occupent de la chose publique. On n’est donc pas surpris de voir Aristote, conséquent avec lui-même, considérer l’esclavage comme existant « par une loi de nature » et conclure « que la nature crée des hommes pour la liberté, d’autres pour la servitude et qu’il est juste que l’esclave obéisse^ ».
Au siècle dernier, J. -J. Rousseau, reprenant à son tour le même thème, arrive à des conclusions identiques. « Chez les Grecs, nous dit-il, tout ce que le peuple avait à faire (en fait de gouvernement), il le faisait par lui-même,... des esclaves faisaient ses travaux; sa grande affaire était la liberté... Quoi! la liberté ne se maintient-elle qu’à l’appui de la servitude? Peut-être les deux excès se touchent. . . Il y a telles positions malheureuses, où le citoyen ne peut être parfaitement libre, que l’esclave ne soit entièrement esclave u »
Ainsi quand, il y a moins d’un demi-siècle, Edward Gibbon Wakefield, après une étude approfondie de l’esclavage dans les colonies anglaises, en arrivait à déclarer comme une vérité politique découverte par lui « que le loisir est le grand besoin des sociétés naissantes », il ne révélait pas au monde, .comme l’a pensé W. Bagehot% une loi absolument nouvelle; il retrouvait simplement une nécessité vieille comme l’homme, constatée par Aristote, connue des économistes, et dont la mise en pratique avait permis aux républiques de l’antiquité d’établir ce qu’Herbert Spencer a si bien nommé « un gouvernement de discussion ».
Depuis lors, toutes les formes de gouvernement, toutes les