FIG. 72. — SAINT JEAN-BAPTISTE
Dessin de Domenico CampagnoU. (Collection de M. Galicbon.)
touche, idéaliser les spectacles qui l’entourent. Il n’a point oublié
en outre que l’Art est une merveilleuse fiction, un superbe langage, et il n’hésite point, pour se mieux faire comprendre, à appeler à son secours l’allégorie, les attributs et les emblèmes, c’est-à-dire l’hiéroglyphe, premier langage de l’Art à son berceau .
Sous son pinceau ou sous son ébauchoir, la massue, la colonne, l’ancre, la croix, les balances et le glaive, véritables hiéroglyphes, vont devenir autant de symboles éloquents, qui lui permettront de nous montrer la Force et la Foi, l’Espérance et la Justice, sans qu’il ait à diminuer en rien la beauté plastique des personnages enfantés par son esprit.
C’est ainsi que les règles du Beau, dont on vient de retrouver les formules, appliquées par l’imagination qui est encore dans toute sa puissance créatice, dans toute sa vigueur, donnent l’être et la vie à cette majestueuse époque artistique que les fortes nations inscrivent, avec un juste orgueil, au fronton de leur histoire. Époque glorieuse entre toutes; époque surtout féconde et généreuse, où la race tout entière se trouve associée au triomphe de l’Art. Car comme le dit si bien Diderot : « Lorsque ces grandes éclosions se produisent, alors le goût des beaux-arts devient général dans une nation, et l’œil du
F Ut. '73 — LA FORCE.
Bas-relief en pierre par Germain Pilon.
(Musée du Louvre.)
peuple se conforme à celui du grand artiste^ ». Temps heureu.x, où le Public a acquis ce que Philostrate appelait « l’esprit des yeux », ce que Cicéron qualifiait « les yeux instruits »; où il sait voir, où il sait juger, c’est-à-dire où il raisonne !
Époque glorieuse, je le répète, que celle où l’on peut dire de pareilles cho.ses de l’ensemble d’un peuple; époque généreuse qui fait voir à l’humanité les efforts dont la nation est capable; mais époque toujours trop courte, car, comme durée aussi bien que comme perfection, elle se proportionne à la vigueur, à l’énergie, à l’intelligence, à la résistance de la race, c'est-à-dire à des qualités forcément limitées.