FIG. “1. — LA VIERGE
Dessin à la plume de Raphaël pour son tableau : La belle JarXtmère
îirhoQ^ Dujardin
TOMBEAU DU DOGE ANDRE VENDRAMIN ( Venise )
lmp. A.Quantin
sont qu’accidentelles et secondaires. C’est seulement après une longue station à Rome, et presqu’au déclin de sa trop courte carrière, que Raphaël, d’abord admirateur des Qiiattrocentistes, sectateur du Pérugin et de Francia, introduit dans ses compositions des figures empruntées tout d’une pièce à l’antiquité.
Ne nous plaignons pas de ces retards. C’est à cette sève personnelle qu’est dû le grand charme des œuvres originales; c’est là qu’est la saveur des maîtres vraiment grands. Comparez les ouvrages de Léonard et les premiers tableaux de Raphaël à ceux de leurs caudataires. Plus tard, quand sous le savant crayon d’un Timoteo Viti ou d’un Perino del Vaga l’art aura, grâce à la connaissance approfondie de l’antiquité, conquis son absolue correction, il lui manquera cette saveur, ce charme qui nous émeuvent si fort, et son caractère personnel s’effacera devant une magistrale banalité h
Mais avant ce premier affaissement, que de rêves merveilleux ont été réalisés ! La victoire définitive de la forme a assuré l’empire de la Beauté. Le Symbole est vaincu. C’est le Type qui règne, — le Type résumant en lui les conditions de force, de symétrie, d’équilibre, d’ordre et de proportions, aussi parfaites que l’œil les peut concevoir, — le Type, créé par le génie de la race et consacré par l’artiste assez audacieux pour résumer la nature, pour la corriger, l’embellir et la rendre en apparence plus parfaite, par des proportions ou des détails que plus tard les anatomistes sévères qualifieront de difformités L
L’artiste en effet, dans ces grandes époques, est encore créateur; il ne croit pas son rôle réduit à la mission de copiste. Semblable à ces abeilles dont parle Montaigne, et qui « pillotent de cà de là les fleurs dont elles font après le miel, qui est tout leur
1. Voir Vasari. Voir également Lanzi, Storia pittorica délia Italia, et E. Müntz, Raphaël, sa vie, ses œuvres, son temps, p. 136-138.
2. Voir Dumont, Théorie scientifique de la sensibilité, p. 40.
et n’est plus thyn ni marjolaine », il sait transformer tout ce qu’il