‹ L'art à travers les mœursChapitre 63 sur 171 · Diderot, Salon de lyO-j, De la manière · texte numérisé non relu

Diderot, Salon de lyO-j, De la manière

la décadence de l’artiste; l’abâtardissement de la race peut se mesurer à la décroissance de ses productions, et, le plus souvent, la déchéance de l’Art coïncide avec l’abaissement de la Patrie.

Tout, en effet, se met au même niveau; les idées deviennent étroites et mesquines, en même temps que les arts s’acheminent doucement à leur ruine. Les unes et les autres se rapetissent et s’amoindrissent dans la même mesure. Les sentiments se proportionnent aux sensations. Plus de passions irréfléchies, plus de fantaisies délirantes, plus d’exubérance imaginative. La réflexion veut tout diriger; et, comme le dit Vauvenargues : « Personne n'est plus sujet à faire des fautes que ceux qui n’agissent que par réflexion. »

Comme les vieillards qui veulent que tout soit calme autour d’eux, les nations sur leur déclin ne tolèrent pas qu’on vienne troubler leur paisible quiétude. Elles arrivent à cette indifférence relative en matière d’Art qui indique toujours une extrême enfance ou une vieillesse avancée. Elles détestent le tapage de leurs jeunes années. Et si parfois, à la vue des chefs-d’œuvre qu’il a produits aux beaux jours de sa jeunesse, un peuple sent se réveiller en lui un instant d’enthousiasme, c’est comme le barbon qui s’échauffe au souvenir de son printemps, mais qui n’admet pas que d’autres puissent être jeunes à leur tour et faire des folies.

Aussi plus d'émotions nobles et généreuses, plus de glorieuses tentatives, plus de luttes passionnées! C’est le repos, le calme, la quiétude qu’il faut à ce peuple dégénéré.

S'il les peut obtenir, le voilà satisfait, et, comme dit le poète ;

Un peuple satisfait est bien près de mourir.

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