‹ L'art à travers les mœursChapitre 66 sur 171 · Pascal, Pensées, première partie, art · texte numérisé non relu

Pascal, Pensées, première partie, art

emporte tout ce qu’on jette sur son passage. « Diicimt volenlem F ata, volentem trahimty), s'écrie Sénèque; ce que Montaigne traduit : <(. Suyvons, de par Dieu ! Suyvons ; il mène ceux qui suyvent; ceux qui ne suyvent pas, il les entraisne^ »

Aussi, au lieu de dire avec Montesquieu que « pour bien juger les hommes, il faut leur passer les préjugés de leur temps », serions-nous plus disposés à prétendre qu’il faut pénétrer leurs préjugés et les analyser; car c’est l’unique moyen d’arriver à connaître les raisons qui leur ont dicté leur conduite. Ces préjugés, en etfet, varient non seulement suivant les pays, mais encore suivant les âges, les sexes, les positions, les emplois. Comme l’a si admirablement écrit Pascal : « On ne voit presque rien de juste ni d’injuste qui ne change de qualité en changeant de climat. Trois degrés d’élévation du pôle renversent toute jurisprudence. Un méridien décide de la vérité. Les lois fondamentales changent. Le droit a des époques. Plaisante justice qu’une rivière ou une montagne borne ! Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà L » Toute vérité est donc relative; et cette vérité relative fait peser sur tous un joug si despotique que, pour le secouer et s'en affranchir, il faut une somme de volonté et un détachement des biens de ce monde dont assurément peu de gens sont capables.

Un homme n’est pas libre de proclamer une idée, quand tout le monde pense d’une façon différente; car il sait par avance qu’il ne pourra triompher de l’erreur commune. Il n’est pas libre de confesser sa foi, quand cette confession peut le conduire à la mort. Il n’est pas libre de professer des théories qui peuvent non seulement compromettre sa sécurité, mais encore celle de sa famille. Il n’est pas libre de rien changer à ses affections, à ses habitudes, à son costume, à son langage, à ses manières, si ces

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