Baudrillart, Histoire du luxe
2. Amédée Thierr}', Histoire d'Attila et de ses successeurs. 3- Baudrillart, Histoire du luxe.
Une seule chose fait perdre à ces vainqueurs mal équilibrés le respect mêlé d’indifférence qu’ils professent pour l’art des vaincus, c’est leur passion pour l’or. La cupidité, l’insatiable avidité qu’ils montrent à l’égard de ce précieux métal, les frappent d’aveuglement et altèrent en eux les rares et imparfaites notions de probité, d’équité, de justice qu’ils ont pu acquérir. Non seulement pour s’en emparer ils brisent, mutilent et détruisent parfois les ouvrages les plus précieux, mais ils sont prêts à commettre tous les crimes.
L’histoire des Mérovingiens présente, sous ce rapport, le plus effroyable amalgame de ruses, de délations, de mensonges, de pièges, d’assassinats, d’attentats de toutes sortes. Les historiens de ce temps, Grégoire de T ours et F rédégaire, ne tarissent pas sur ce chapitre. Du premier jusqu’au dernier, tous les chefs trompent, pillent, volent, tuent, pour grossir des trésors dont la valeur artistique augmente souvent le prix. A chaque page, ce mot en quelque sorte fatidique de « trésor » apparaît. Contran, dans le butin fait sur Mummole, s’empare
de seize grands plats d’argent, et sur-le-champ en fait fondre quinze pour augmenter son trésor. A peine apprend-il la mort de Caribert qu’il fait dire à sa veuve : « Viens à moi avec le trésor de ton mari et je t’épouserai ». Celle-ci se laisse prendre au piège, vient, et on la chasse honteusement après lui avoir dérobé son trésor. Childebert meurt, Clotaire met la main sur son royaume et sur son trésor. Thierry veut tuer son frère Clotaire pour lui ravir son trésor; mais celui-ci, qui sait à quoi s’en tenir sur les mœurs de sa famille, prévient le coup et, la conjuration man-
EFÉE DE CHILDÉRIC AU c.Abiii:t desmèdailles.
quée, pour pallier sa trahison, Thierry offre à celui dont il convoitait les richesses et la vie un superbe plat d’argent. Un cadeau de cette nature suffisait à apaiser le courroux, détournait la vengeance, adoucissait ces cœurs âpres et cupides*.
Lisez, dans ce même Grégoire de Tours, le récit du départ de la princesse Rigonthe allant retrouver son nouvel époux Ricarède. Il ne faut pas moins de cinquante chariots pour emporter les matières d’or et d’argent qui composent sa dot. Quatre mille hommes armés, à pied et à cheval, forment son escorte, que commandent plusieurs hauts dignitaires de la couronne, des ducs et un maire du palais. En sortant de Paris, l’essieu d’une voiture se rompt, on s’arrête pour le réparer et pour passer la nuit. Le lendemain, cinquante hommes de l’escorte ont déjà disparu, emmenant avec eux cent chevaux chargés de matières d’or et d’argent, et pendant tout le reste du chemin, les richesses de Rigonthe deviennent successivement la proie des gardes à qui l’on a confié le soin de veiller sur sa personne v
En ces temps troublés, la sécurité n’existe, du reste, nulle part, pas même dans la famille royale. De 5ii à 752, en deux cent quarante et un ans, vingt-huit rois se succèdent et la plupart medrent assassinés, après avoir massacré leur entourage pour sauvegarder leur vie. Le père tue ses fils, l’oncle ses neveux, la femme son époux, et aucun des meurtriers ne parvient à préserver sa propre existence h Nulle part on n’est à l’abri d’un crime, pas même dans le sanctuaire de la justice. Chilpéric accuse l’évêque de Rouen d’avoir détourné le trésor de Mérovée. Un concile s’assemble. Le roi s’y rend avec une bande d’officiers. A un moment, il élève la voix et