Guizot, Histoire de la civilisation en France
palais», à mêler l’admiration que lui inspirait cette Rome antique, dont il souhaitait de restituer à son profit le prestigieux empire, avec la foi nouvelle dont il se faisait une arme de guerre et un moyen de domination.
Dans l’école même, ces savants personnages se donnaient volontiers des noms empruntés à l’antiquité grecque, romaine ou judaïque. Alcuin, que M. Labarte ne craint pas de qualifier « l’esprit le plus vaste et le plus actif de cette époque après Charles lui-même^ », s’était choisi le nom de Flacciis, Angilbert avait modestement pris celui Homère, et Théodulfe celui de Pindare. Quant à Eginhard, pour marquer son talent dans les arts, il se faisait donner le nom de Beseled, ce neveu de Moïse à qui le Seigneur avait accordé le don précieux de travailler merveilleusement le bois, les métaux et les autres matériaux de prix, qui servirent à la construction du tabernacle. Enfin le maître se faisait appeler Daind, nom qui lui convenait du reste assez bien à tous égards, mais que la postérité ne lui a cependant pas conservé.^
Un autre indice non moins frappant de cette évolution vers l’antiquité se manifeste dans le costume de Charlemagne et de son entourage.
Le jour de son inauguration comme empereur, à la sollicitation du pape Léon IV, le fondateur de la dynastie carolingienne avait arboré le costume de Patrice de Rome. C’est sous cet habit qu’il se présenta à Saint-Pierre du Vatican, et'ce n’était pas, au reste, la première fois qu’il le revêtait, car, seize ans auparavant, il s’était déjà montré aux Romains avec la chaussure sénatoriale et la toge chlamyde.
A son exemple, la plupart des Francs avaient renoncé au grand manteau germanique, pour vêtir la saie bariolée des Gallo- Romains. A leur coté, le coutelas de leurs ancêtres avait fait