‹ L'art à travers les mœursChapitre 89 sur 171 · I. Vo}'. Dulaure, Hislo ’re de Paris · texte numérisé non relu

I. Vo}'. Dulaure, Hislo ’re de Paris

A lire de pareilles horreurs, on serait tenté de croire qu’au milieu d’un semblable chaos l’art ait dû disparaître de notre pays. Il semble que cette plante délicate et fragile ait dû être anéantie du coup et pour toujours. Eh bien non, tout au contraire, cet état social si incertain, si troublé, si nuageux, si primitif, se trouva être une période de parturition. Ces temps féodaux qu’on a comparés, non sans raison, aux époques indécises célébrées par Homère, avec la grâce, la finesse de la race et la beauté du climat^ en moins, allaient donner naissance à un art nouveau, à un art puissant et gracieux, élégant et robuste, non pas cette fois importé du dehors, comme à l’époque gallo-romaine ou comme sous le règne de Charlemagne, mais autochtone, c’està-dire jaillissant du sol, manifestation de la race, expression de son idéal, résultat de ses qualités, satisfaction de ses besoins.

Cet art, en effet, à part quelques réminiscences forcées, n’emprunte rien à ceux qui l’ont précédé. Aux conceptions régulières de l’antiquité classique, il substitue une esthétique nouvelle qui s’affranchit de tout préjugé. Il puise sur son propre fonds; il trouve, dans sa propre imagination, un ensemble de principes dont il poursuivra impérieusement l’application. Les dispositions, la construction, la décoration, l’ornementation, la statique inaugurées par lui, diffèrent si complètement de ce qui s’était produit jusque-là, elles sont si bien l’expression d’un autre idéal et de sentiments inconnus des Anciens, qu’on en est réduit à se demander si cette nuit profonde, obscure, ténébreuse, n’avait point été en quelque sorte nécessaire, indispensable, pour déblayer le terrain, pour amener un oubli complet, radical, définitif, et permettre ainsi de renouveler de fond en comble les bases, les principes, les règles de ce qu’on avait jusque-là considéré comme le Beau absolu.

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