LE DÛGF MEMMO, PAR GUILLAUME DUI'RE
(Collection de M. G. Dreyfus.)
guère plus de vingt-cinq ans, est un beau médaillon portant au revers la légende : propago imperi. Elle fait allusion au Dauphin, qui commençait à avoir trois ans, et, par sa composition ingénieuse, devait également plaire au roi et à la reine. Nous ne pouvons mieux faire que de transcrire un extrait des lettres patentes qui lui donnaient le privilège exclusif de fondre et de vendre une « medalle double en laquelle est « représentée d'un costé nostre portraict et effigie avec celluy de la a Royne, notre très chère et très aimée compagne et espouse, et soubs a Tespaule de la figure y est escript g. dvpre; et au revers de la dicte
412 UART ANCIEN A L'EXPOSITION.
« mcdalle est représentée une alliance de Mars et Pallas, aussi à nostre « ressemblance, avec ung petit enfant au milieu posant le pied sur un « Dauphin, etc. » Ce document, qui emporte avec lui une très exacte description de la pièce, témoigne aussi de Timportance qu on y attachait.
En 1612, Dupré fit un voyage en Italie. Il y a exécuté un certain nombre de grands médaillons, à Florence, à Mantoue, à Venise, celui du doge Memmo entre autres ; ouvrages superbes et bien faits pour rendre jaloux les artistes italiens d'alors, fort dégénérés de leur antique valeur.
Je soupçonne Guillaume Dupré d'avoir flatté son époque ; c'était un moyen de lui plaire, qui ne nous déplaît pas non plus. C'est par l'accent
MARIE DE MEDICISj MEDAILLE EN ARGENT, PAR DUPRE.
(Collection de M. B. Fillon.)
moderne, il ne faut pas cesser de le répéter en présence de tant de monuments anciens qui en portent témoignage, c'est par l'accent moderne, par un très vif sentiment des choses et des hommes de son temps, que l'artiste peut assurer à ses œuvres ce double intérêt de l'utile et de l'agréable ; s'il trouve quelques défaillances dans ce qui l'entoure, il peut toujours les raffermir et les relever par l'art. Si dans une médaille, par exemple, la tête du personnage ne répond pas à son besoin d'idéal, il lui reste le revers, où il peut dans un petit espace faire entrer un véritable chef-d'œuvre, comme l'a fait notre Guillaume Dupré dans son élégante médaille de Louis XIII.
C'est à propos des belles productions de Dupré, qui se distinguent par une netteté de fonte si grande, que parfois, en les examinant, on se prend à douter si elles ne sortent pas plutôt de dessous le balancier du monnayeur que de l'étrier du fondeur, qu'il convient de nous arrêter sur leurs procédés d'exécution.
LES MÉDAILLES DE LA RENAISSANCE. 4i3
Les médailles de la Renaissance sont dites, par les meilleurs auteurs, coulées et ciselées. II faut en retrancher la moitié : elles sont coulées seulement, et les belles doivent être absolument sans aucune retouche.
Nous venons de voir dans quels termes le roi donnait à Dupré le privilège d'exploiter la publication de ses médaillons; les demandes, paraît-il, furent nombreuses : on les voulait d'or ou d'argent, et on les portait sur la poitrine suspendues à une chaîne de métal. Nous savons, par un document publié par la Société de l'Histoire de l'art français, que la communauté des orfèvres tenta de s'opposer à ces fontes d'or et d'argent, qu'elle regardait comme son privilège, et il ne fallut rien moins qu'un nouvel ordre, décidé en conseil et signé par le roi, pour confirmer Dupré dans la permission de tenir publiquement forges, fourneaux et soufflets, dans sa Galerie du Louvre, pour fondre or et argent^ afin qu'il puisse faire ladite médaille et toutes autres, à la louange de Sadite Majesté.
Les délicates opérations de la fonte des œuvres d'art n'ont jamais été abandonnées à des mains vulgaires ; les artistes s'en sont toujours occupés eux-mêmes, et une terre, propre à la fonte, composée d'éléments choisis, a toujours été regardée comme importante. Nous en trouvons une recette dans le Traité de peinture de Cennino Cennini, qui est du XIV' siècle ; on en a relevé une autre dans les manuscrits de Léonard de Vinci, et Cellini, dans son Traité d'orfèvrerie, vante l'excellence du sable fin que l'on trouvait à Paris. Ce serait accréditer une très fausse opinion que de chercher à prouver le contraire. — Je vois précisérfient, à la suite du document que je viens de citer, dans la même publication, qu'à l'aide d'un écrit de 1619, où un obscur potier est qualifié de nioulleur en médailles et marchand de rocaille, on a voulu établir que la fonte des médaillons de Germain Pilon et de Guil. Dupré pouvait bien, alors, avoir été dévolue à ces artistes grossiers. L'erreur est manifeste ; elle repose sur une fausse interprétation du mot médaille. L'annotateur, M. de Montaiglon, n'a pas fait attention que Bernard Palissy, qu'il cite, a désigné sous ce nom de medalles, et médailles, dans son Œuvre de terre, des reliefs, masques ou mascarons , qu'il introduisait dans la composition de ses rustiques figulines, et qu'il était en présence d'un terme du métier de rocailleur '.
I. Le Moyen de devenir riche^ par maître Bernard Palissy; 2 vol. iii-8°. Paris, 1636 {2' vol.,chap. de VAn de terre et de son utilité, page 386).
UART ANCIEN A L'EXPOSITION.
On désigne sous le nom de plaquettes, parmi les ^ ^^fe amateurs, de petits bas-reliefs de bronze qui nous paraissent avoir eu pour objet de conserver le souvenir des ouvrages des meilleurs orfèvres de la Renaissance italienne : baisers de paix, boutons de chape, agrafes de vêtements, enseignes, imprese ou medagiiette que l'on attachait aux bonnets; ornements que Ton attachait aux armures et aux ceinturons, ou que Ton clouait sur les harnais des chevaux pour les jours de cérémonie, enfin bas-reliefs dont on ornait des coffrets, des salières et des encriers; toutes choses que Ton exécutait en argent ou en or, repoussé et ciselé avec la plus grande
TLAq^UETTE MILANAISE DU XV"^ SIÈCLE.
(Collection de M. G. Dreyfus.)
délicatesse. On tirait de ces beaux ouvrages des empreintes en soufre, ou on les coulait en bronze, pour en garder la mémoire et pour servir de modèle et d'exemple.
C'est encore une collection nouvelle qui prend place entre les œuvres de bronze plus développées de la plastique et les médailles que l'exposition du Trocadéro a présentées au grand public pour la première fois, nombreuse et variée. La collection de M. Gustave Dreyfus, entre autres, s'y faisait remarquer par la belle conservation et la finesse des épreuves.
Nous avons retrouvé dans un petit ouvrage fort rare, écrit par un
ORAND Mi':DAII,LO\ DE L L O N - B A P T I S T E ALBERTI.
(Collection Je M. G. Dreyfus.)
antiquaire des premières années du xvi'" siècle, de Nobilitate reriiiii, la description d'une pièce d'orfèvrerie célèbre exécutée, à la fin du siècle précédent, par Caradosso (de Milan), qui confirme notre dire; nous la traduisons littéralement :
«...Caradosso, par la perfection de ses ouvrages, l'emporte sur tous les artistes, italiens ou étrangers. Leurs beautés pénétrantes sont telles, que les plus experts hésitent à décider si elles ne sont pas plutôt sorties des mains de Lysippe ou de Praxitèle que de celles d'un artiste moderne.
<c II existe de lui un encrier (nous laissons de côté d'autres ouvrages excellents) où l'art semble avoir réuni et épuisé tous ses efforts : il n'est pas possible de les pousser plus loin. Sur l'une des faces, des cavaliers
4i6 L'ART ANCIEN A L'EXPOSITION.
nus accourent à l'aide d'un enfant ravi par un aigle, et ceux qui regardent l'aigle emportant l'enfant semblent, eux et leurs chevaux, vouloir le suivre dans les airs : il a voulu figurer le rapt de Ganymède. L'autre face représente le combat des Lapithes et des Centaures; sur la troisième, Hercule, domptant Cacus, appuie son genou A'ainqueur sur la poitrine de son ennemi renversé, tandis que, lui serrant la gorge de la main gauche, il lui ferme la bouche de la droite. Hercule, étouffant un lion, occupe le quatrième côté; ici le modelé est si parfait que l'on croit
Al'ULLON ET MARSYAS
(Plaquette de la collection de M. Courajod.
entendre le héros emporté par la fureur et les rugissements que la douleur arrache au lion.
« On a fait de ces bas-reliefs excellents beaucoup d'empreintes en soufre ; partout en Italie elles ont provoqué l'admiration de ceux qui les ont vues. On dit que Jean d'Aragon, fils du roi de Naples, Ferdinand, a offert de cet encrier quinze cents pièces d'or. »
La Galette a publié le dessin d'un des bas-reliefs que nous venons de décrire, d'après la plaquette de bronze qui fait partie de la collection de M.Dreyfus; nous possédons le premier, l'Enlèvement de Ganymède. Le troisième se trouvait, je crois, dans la collection de M. His de la Salle, mais l'ensemble de l'encrier n'est pas connu-
D'autres petits bas-reliefs, à figures presque microscopiques, doivent être attribués à un autre orfèvre milanais contemporain de Caradosso — Daniel Arcioni ou Arioni, — dont l'écrivain que nous venons de citer nous a également conservé le souvenir. Cet artiste avait fait une salière d'argent, du poids de quatorze onces, qui avait été payée sept cents pièces d"or ; il excellait surtout dans l'exécution des nielles et dans un genre d'ouvrages, « qui, dit notre auteur, touche à la verrerie et que les