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\ L oileclion de M B.Fillon :£xpositioD Universelle }
En ce qui touche les origines, — je veux dire le xiv" siècle, — les organisateurs du musée historique ont pris soin de se procurer des copies de deux portraits importants. Les grands dépôts publics ne pouvant s'appauvrir au profit du Trocadéro, la Bibliothèque nationale a dû garder l'effigie originale du roi Jean, que nous avons vue longtemps au Louvre, et qui, curieuse au point de vue iconographique, n'importe pas moins à l'histoire de la peinture française, car elle dit quels procédés étaient en usage aux environs de i36o, quelle préparation subissait le panneau gaufré, et aussi combien peu la portraiture d'alors cherchait l'embellissement et l'idéal. La copie exposée est intéressante; mais la traduction moderne ne permet pas de se rendre compte des méthodes employées par le peintre du roi Jean. Une autre copie curieuse est celle du portrait de Charles V, d'après la miniature d'une Bible manuscrite de la bibliothèque Meerman, à La Haye. Notre ami M. Gonse a jadis entretenu les lecteurs de la Chronique^ de cette précieuse enluminure, exécutée en 1371 par un Jean de Bruges qui ajoute à son nom le titre de pictor régis. L'œuve est flamande, mais elle a été faite en France. On y voit bien que le sage Charles 'V n'avait aucune prétention à la beauté. Sa laideur ne va pas sans une certaine bonhomie, et il faut pardonner beaucoup à un roi qui aima les livres et les images.
J'ai hâte d'arriver à la pièce capitale de l'exposition, à la peinture si longtemps mystérieuse qui a tant fait rêver les chercheurs et qui l'année dernière a si heureusement cessé d'être anonyme, le Buisson ardent, de la cathédrale d'Aix.
On connaît la disposition pittoresque du triptyque et sa signification religieuse. Sur le panneau central, au premier plan, un homme, qui n'est pas Moïse, mais qui tient sa place dans l'interprétation du texte renouvelé, est assis, la jambe droite croisée sur le genou gauche, dans une attitude familière que l'artiste a comprise mieux qu'il ne l'a exprimée. Un ange au visage féminin, un ange à la fois vêtu et ailé parle doucement à ce visionnaire. Celui-ci lève la tête, et sur un monticule il aperçoit le buisson qui, dans ses branchages emmêlés, porte la fleur mystique