‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 116 sur 161 · EUG. PIOT · texte numérisé non relu

EUG. PIOT

PORTRAITS HISTORIQ UES

Lorsque la Commission de Tinventaire des richesses d'art de la France songea, Tannée dernière, à organiser une exposition de portraits historiques, elle ne voulait pas seulement réunir une collection précieuse au point de vue de l'iconographie; elle entendait montrera ceux qui rignorent, que, dans l'effigie peinte ou sculptée, dans la miniature, le crayon ou la médaille, l'école française a de tout temps compté de vaillants portraitistes. Elle désirait donc que ce musée provisoire fût exposé en pleine lumière, de façon à donner à la foule comme aux délicats un enseignement et une joie.

On sait que ce beau programme n'a pas été complètement suivi. Les galeries de province, les établissements publics, les églises, les amateurs ont répondu à l'appel de la Commission avec un zèle dont on ne saurait trop les remercier : il est arrivé de Paris et des départements de véritables trésors. Mais, lorsqu'il a fallu tirer parti de ces richesses, des difficultés imprévues se sont révélées. Le local sur lequel les organisateurs de la fête avaient cru pouvoir compter leur a été enlevé, et, à la suite d'hésitations sans fin et de pourparlers qui commençaient à lasser la patience des amis de Germain Pilon, de Largillière et de Prud'hon, il a fallu se décider à installer l'exposition des portraits dans les deux

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salles des Conférences, au Trocadéro, c'est-à-dire dans des locaux qui peuvent avoir toutes les qualités du monde, mais qui, en raison de la pauvre lumière qui les éclaire, sont absolument impropres à la destination qu'on leur a donnée.

Et ce n'est pas seulement le rayon qui a manqué à nos portraits. La place ayant fait défaut, il a fallu disposer les peintures par étages successifs, de telle sorte que les dernières rangées se sont trouvées suspendues à des hauteurs malaisément accessibles à l'œil humain. Mignard était dans les frises, et Drouais allait aux étoiles. L'espace étant d'ailleurs insulîisant, on a dû faire un choix, et ce n'est que pendant la seconde quinzaine d'octobre que l'établissement de cloisons mobiles a permis d'exposer les cent portraits qui, lors du premier classement, n'avaient pu trouver place sur les murailles. Je dois même dire que si le bonheur consiste à vivre dans l'ombre, ces peintures ont connu le maximum de la félicité.

L'exposition a eu d'autres infortunes. Les deux salles du Trocadéro étaient consacrées à toutes sortes de congrès et de réunions savantes ; de là la nécessité de les fermer avant les séances, pendant les séances, et quelquefois après. La protection accordée aux conférenciers s'est donc précisée par des consignes rigoureuses, des barrières rébarbatives et des portes qui semblaient heureuses d'être closes. Je n'insiste pas; mais j'ai le droit de dire que l'exposition des portraits historiques n'était pas facile à voir. Bien peu ont pu l'étudier à loisir, librement, avec l'attention qu'elle méritait. C'est une partie à recommencer, dans des conditions meilleures, sous une lumière plus généreuse et sans barricades sur le seuil.

On comprend nos regrets. Cette exposition qu'on a vue si difficilement, elle était véritablement admirable, elle était surtout instructive. J'en dirai ici quelques mots, car il est bon qu'il en reste au moins un souvenir. Un catalogue nous est promis; nous n'avons pas le temps de l'attendre. Notre dessein est d'ailleurs de ne signaler que les œuvres caractéristiques. Enfin, pour la facilité de l'écriture, et l'imparfait étant une forme par trop mélancolique, nous parlerons de l'e.xposition comme si elle était encore ouverte. On ne saurait trop prolonger le rêve, quand il contient une leçon.

il HT-

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