JEAN GOUJON
{D'.iprès un dessin de la collection de M. B. Fillon. )
qui nous devons le triptyque de Moujins? 11 faudrait demander son nom à Bourdichon et à Perréal : certainement ils Font connu.
Ce tableau est la préface de l'histoire de la portraiture française au xvr siècle. La collection exposée au Trocadéro pourrait fournir ici quelques notes intéressantes. Mais comment, avec les éléments que nous avons sous les yeux, entreprendre un tel travail? De même que les Anglais
ont abusé de Holbein, nous abusons de Janet. Nous classons sous ce nom glorieux toute une série de portraits qui, pour la plupart, sont des copies, ou qui devraient être restitués à des artistes inconnus. Je refuse de traiter incidemment cette formidable question. Je ne conteste pas, je ne discute pas : j'attends.
Des maîtres secondaires ont pu nous laisser parfois des portraits d'une grande signification historique. Médiocre à bien des égards, le Henri II du Musée du Puy est une surprenante effigie. Lorsque, en des temps déjà lointains, nous commencions à nous aventurer dans le xvi" siècle,. sous la conduite de Jules Niel, qui en sgvait bien les détours, il nous disait : « Prenez garde : pour qu'un portrait de Henri II puisse inspirer de la confiance, il faut que le personnage représenté n'ait pas l'air trop intelligent. » L'artiste ignoré qui a peint le tableau du Puy avait, par anticipation, entendu ce conseil. Son Henri II n'est animé par aucune tîamme subtile. Il n'a pas l'ombre d'une pensée. Le tableau ayant été très exactement décrit par M. Clément de Ris', je n'ai pas à redire que le roi est représenté, de face, à mi-corps, vêtu d'un pourpoint blanc à crevés. Son attitude est des plus raides; l'ensemble a quelque chose d'immobilisé, non que ce fût là l'air ordinaire de Henri II, mais parce que le peintre n'était pas fort à son aise dans son art. Je sais que la peinture est très malade et qu'il est difficile de la juger dans son état actuel; mais il me semble bien que le morceau n'est pas de premier ordre. Ce portrait, qui, par les pâleurs du coloris et le caractère général, se rattache à l'école de Janet, est surtout important pour la ressemblance. Il provient du cabinet de M. Latour-Maubourg, qui en a fait don au Musée du Puy, en 1832, et il a été catalogué sous le nom du vieux Pourbus, en vertu de ce principe que toutes les peintures inconnues d'origine française doivent être attribuées à des maîtres
étrangers.
L'exposition nous fait voir aussi un curieux portrait de Diane de Poitiers; c'est celui dont M. de Montaiglon a déjà parlé-. La grande sénéchale, en robe noire décolletée, est beaucoup moins adorable qu'elle paraissait l'être aux yeux de ses contemporains. Elle ressemble au type consacré qu'on retrouve sur la médaille qui fut frappée après 1548, lorsque Diane était déjà duchesse de Valentinois. Le portrait est donc authentique. Les cheveux d'un blond roux que porte la sénéchale ne