‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 123 sur 161 · JEAN DE MORVILLI ERS, BRONZE DE GERMAIN PILON · texte numérisé non relu

JEAN DE MORVILLI ERS, BRONZE DE GERMAIN PILON

( EvCché d'Orléans.)

lures d'or, et les rois étaient alors de la même religion que les poètes. Les portraits d'artistes sont assez rares au xvi" siècle. On en dresserait aisément la liste. C'est dire quel intérêt s'attache au dessin que possède M. Fillon, et qui porte, d'une écriture du temps, un nom glorieux, Jehan Goujon, avec la date i5G3. Le sculpteur avait déjà produit toutes

ses grandes œuvres. Nous rencontrons encore dans la collection de notre collaborateur deux portraits de Lagneau, qui datent de la tin du xvi^ siècle ou des premières années du siècle suivant. L'un est celui de du Plessis-Mornay, l'autre nous fait connaître Jean Acarie, le fougueux ligueur que la Satire Ménippée a mis en scène. On sait qu'après avoir été expulsé de Paris, lors de l'entrée de Henri IV, l'ancien maître des comptes, qui avait marqué dans tous les complots, se retira à Luzarches et mourut en i6i3. Lagneau semble ne l'avoir connu qu'à la fin de sa vie : le portrait est celui d'un vieillard dont l'austérité native se complique de mauvaise humeur. Acarie est fort maigre et fort ridé. 11 faut dire d'ailleurs que Lagneau aimait les rides. Lorsqu'il dessine les traits d'un homme accablé sous le poids des années, il n'omet aucune des flétrissures de la peau, aucune des cicatrices du long combat qui va finir. Les deux dessins de M. Fillon sont des types définitifs et parfaits de la manière de ce maître singulier, dont les anciens documents parlent si peu. Comment se fait-il qu'on n'ait rien encore trouvé sur Lagneau? Dans son Livre des peintres, l'abbé de Marolles l'appelle Lanneau, et déclare, en son style inimitable, qu'il ne « faisait pas bien des choses à fond ». Quoi qu'il en soit, Lagneau a été un infatigable travailleur, et ses dessins, d'une exécution parfois si grossière, se comptent par centaines. Quand ce Scudéry du crayon noir et de la sanguine consent à s'appliquer, il excelle à rendre l'accent particulier d'une physionomie, et il montre bien comment finit, sous Henri IV, la grande école des portraitistes du xvi" siècle.

L'exposition ne comprend pas seulement des peintures et des dessins. On a fait \'enir de l'évéché d'Orléans un bronze superbe, le buste de Jean de Morvilliers, par Germain Pilon. C'est une merveille. L'artiste a admirablement rendu le caractère ascétique du personnage, et ces joues amaigries et ce visage allongé qui vit par l'étincelle morale et dans lequel tout parle de la mort prochaine. Jean de Morvilliers est, dans l'histoire, une figure de quelque importance. 11 meurt en iSyy, après avoir été ambassadeur à Venise, évêque d'Orléans, garde des sceaux; il était au concile de Trente ; il a joué son rôle dans des négociations épineuses. Le buste de Jean de Morvilliers provient de son tombeau; c'est une des œuvres les plus intimes de Germain Pilon; on y sent quelque chose de pénétrant et de concentré. Ce n'est pas que le détail soit très écrit; non, l'ébauchoir du sculpteur n'a pas voulu fouiller et préciser l'accident, la ride ou la particularité locale; il a au contraire cherché la

es Beaux-Arts.

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