GOURDE EN FAÏENCE IIALO-NIVERNAISE
(Collection de M. Georges Martin.)
leur ont confiés avec une si grande prodigalité ; aussi ne faut-il pas trop leur en vouloir si Ton est parfois obligé de quitter telle vitrine pour aller à une autre éloignée, afin de retrouver une pièce .égarée des fabriques de Rouen, de Nevers, de Moustiers ou de Strasbourg.
Ainsi classées, les pièces sans doute se font mieux valoir les unes les autres ; mais quand il s'agit de les réunir pour les comparer et les étudier, la tâche devient plus difficile.
Les faïences de Nevers ont été groupées dans deux vitrines, devant
lesquelles nous nous arrêterons tout d'abord, la fabrique de Nevers étant, sinon la première en date pour la France, du moins une des plus anciennes.
Dès i5go, en etfet, on trouve dans les archives nivernaises la mention de potiers et d'émailleurs, et, en 1602, on voit figurer comme potier, sur le registre de sa paroisse, Dominique de Conrad, gentilhomme d'Albissola, qui déjà, en iSyS, avait reçu de Henri III ses lettres de naturalisation. En 1644, son fils Antoine est nommé « gentilhomme servant et fayencier ordinaire du Roy ». 11 est donc permis d'attribuer l'honneur de la création de la fabrique de Nevers à Dominique Conrad, protégé et encouragé par les Gonzague, et non à Pierre Custode, comme il a été cru pendant longtemps. — Pierre Custode n'apparaît qu'en i632, mais son nom n'est point à mépriser, car sept générations de Custode s'appliquèrent par la suite à perfectionner et à élever la fabrication de Nevers.
Les premières pièces de Nevers, celles qui sortent des ateliers de Conrad, cherchent à imiter les faïences italiennes, celles de la dernière époque d'Urbino. Tel est le plat appartenant à M. Cotteau et qui représente le Sacrifice d' Abraham . Vers la fin de la période italo-nivernaise, époque à laquelle appartient l'assiette de M. Gaston Le Breton, représentant une scène tirée du roman de VAstrée, alors si en vogue, et vers 1660, vient le goût persan, caractérisé par des bouquets de fleurs avec oiseaux, peints en blanc, en jaune, en orangé sur fond bleu-lapis, bleu recouvrant toute la pièce et produit par immersion. La riche collection de M. Cotteau, outre les pièces fabriquées d'après ce procédé, nous offre encore des potiches sur fond jaune rehaussées de blanc, ce qui est plus rare, ainsi que des assiettes et des plats avec dessins verts décorés dans le goût chinois. Nous reproduisons ici la belle gourde italo-nivernaise de M. Georges Martin.
Pour compléter cette brève nomenclature, nous citerons encore une statuette de l'époque persane, appartenant à M. de Liesville et représentant une femme portant deux seaux. Cette statuette est recouverte d'un émail bleu, marbré par endroits de peinture blanche. Une assiette imitant des pommes et des fruits, signée Haly 1772 et exposée par M. Gasnault, appartient encore, mais dans un art tout différent, à la fabrique de Nevers, qui, à partir de cette époque, perd tout caractère personnel et tombe dans de mauvaises imitations de Rouen et de Moustiers, pour arriver enfin à une décadence absolue, jusqu'à ce qu'elle disparaisse entièrement.
Pendant longtemps il a semblé admis que la fabrique de Rouen ne devait son existence qu'à une influence nivernaise nettement accusée dans certaines pièces sorties de cette fabrique, qui, par l'abondance et la richesse des produits, mériterait la véritable place d'honneur entre toutes les villes rivales.
La fabrique de Rouen appartient à deux époques bien distinctes : la