‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 136 sur 161 · ASSIETTE DE ROUEN A I-ONDS NIELLÉS · texte numérisé non relu

ASSIETTE DE ROUEN A I-ONDS NIELLÉS

(Colleclioii de M. G. Le Breton.)

première comprend le xvi" siècle, la seconde embrasse la fin du xvii' et le xvni' tout entier.

11 est certain aujourd'hui que Rouen fabriquait déjà et possédait des fours avant Nevers.

La plaque du château d'Écouen, donnée au Musée céramique de Rouen par M. Lejeune, architecte de la Légion d'honneur, qui porte le chiffre du connétable Anne de Montmorency, avec la légende aplanos et cette inscription : Fait à Rouen, 1542, ne laisse aucun doute à cet égard, car, nous l'avons dit, Conrad n'apparaît à Nevers que vers iSyS.

Cette plaque du château d'Écouen, qui peut servir de date irréfu-

table à la production de la faïence à Rouen, n'est point isolée ; d'autres pavages provenant encore du château d'Écouen et du château de Madrid, et appartenant à M. de Liesville, attestent une fabrication suivie et certaine.

Dans ces pavages, on reconnaît une imitation manifeste des procédés italiens, mais un goût tout français dans les têtes des chimères et des arabesques.

Longtemps, malgré l'inscription Fait à Rouen, 1842, ces dallages ont été attribués à Bernard Palissy, qui serait venu, on ne sait pourquoi, allumer ses fours à Rouen. La vérité est que la plaque du château d'Écouen, ainsi que les pavés des châteaux de Madrid et d'Écouen, sont l'œuvre de Masseot Abaquesne qu'on trouve cité dans la Chronique rouennaise de 154g, à la suite des magistrats de la cité.

De récentes découvertes faites dans les archives du Tabellionage de la ville de Rouen, documents authentiques analysés dans la Ga\ette des Beaux-Arts (2' période, t. III, p. 187), ne laissent aucun doute à cet égard. Ils sont pour ainsi dire les témoins qui ont signé l'acte de naissance de la fabrique rouennaise.

Du même atelier que les pavés d'Écouen doit être sortie la belle govirde ornée de grotesques, exposée par M. Dupont-Auberville.

De 1542 à 1647, les documents sont muets. Pendant un siècle, la fabrication semble avoir cessé complètement. Cette absence totale de documents précis doit-elle être une raison suffisante pour faire admettre qu' Abaquesne n'ait point eu de successeurs? On croit retrouver dans certains châteaux normands des pavages d'un caractère tout particulier et qui semblent appartenir à un centre spécial.

Néanmoins, après la plaque d'Écouen, la première pièce que nous offre encore le Musée céramique de Rouen est un plat aux armes des Poterat et signé : Fait â Rouen, 164-]. — On le voit, cent années se sont écoulées. A côté de ce plat du Musée de Rouen, il faut encore ranger une potiche portant la même date.

L'imitation nivernaise se fait sentir dans ces pièces à fond blanc uni, avec décor partiel bleu, qui sont dues à un certain Nicolas Poirel, sieur de Grandval, huissier de la chambre de la reine, qui arrive à Rouen en 1644, porteur de la concession d'un privilège de cinquante-six ans pour la fabrication de la faïence dans toute la province de Normandie, mais qui, en réalité, ne serait que le préte-nom d'Edme Poterat, sieur de Saint- Etienne, qui n'apparaît qu'en 1673, muni d'un nouveau privilège. Ce

qui nous porterait à croire ces suppositions vraies, c'est que le plat de 1647 porte déjà les armes d'Edme Poterat, auquel Poirel de Grandval avait cédé son privilège.

Après ce plat de Rouen et cette potiche, qui ont une importance historique énorme, la pièce la plus ancienne qui soit datée nous est encore

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