‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 146 sur 161 · INTLRIKUR D UN CABINET EN LA (>^U E D O K · texte numérisé non relu

INTLRIKUR D UN CABINET EN LA (>^U E D O K

{Collection de M"" L. Cahen, ^'Anvers.)

et humide; au dire des hommes du métier, cette précaution est absolument nécessaire pour produire le prompt durcissement et la belle apparence de l'objet fabriqué ; enfin la polissure au charbon de bois vient clore la longue liste de ces délicates opérations.

Tel est le fond sur lequel l'ornemaniste exécute soit des marbrures qui sont la décoration la plus simple de ces laques, soit des dessins moins sommaires et d'une variété infinie. Les marbrures s'obtiennent ainsi : le vernis mêlé à diverses matières colorantes, cinabre, orpiment, oxyde rouge de fer, bleu de Prusse, etc., et frappé avec une spatule très

5o6 L'ART ANCIEN A L'EXPOSITION.

mince, s'attache en partie à cette spatule et produit des dépressions qui sont la base des marbrures; les polissures successives avec le charbon de bois et un mélange d'huile et de pierre à aiguiser pulvérisée donnent à l'œuvre un brillant irréprochable. Les laques ne sont définitivement achevés qu'après la superposition de quinze à dix-huit couches dont chacune a été l'objet d'un travail spécial. Quant aux dessins, ils sont de deux espèces : unis ou en relief. Le dessin uni est produit par toute une série d'opérations : on trace au recto d'une feuille de papier les sujets que l'on veut reproduire sur le laque, on suit au verso de cette feuille les traits des dessins avec un pinceau chargé d'un mélange de vermillon et de vernis chauffé sur un feu doux. Le côté enduit de ce mélange est appliqué sur le laque et le revers du papier est frotté avec une spatule en bambou; puis avec un petit sac en soie rempli de pierre à aiguiser réduite en poudre presque impalpable, on frappe légèrement, pour la faire ressortir, la partie du laque sur laquelle on vient de calquer le dessin que l'on recouvre de poudre d'or, tantôt à l'aide d'un petit tube, tantôt au moyen d'un pinceau fait de poil de cheval ou de cerf; on termine par les polissures accoutumées.

Les dessins en relief se font par un mélange de vernis et d'oxyde rouge de fer semé, avant le durcissement, de poudre fine de charbon ; on y ajoute autant de couches de laque et de colcotar qu'il en faut pour produire le relief voulu. Les poudres d'or, d'argent, de bronze sont appliquées sur la couche finale pendant que ce vernis est encore à l'état visqueux, en sorte que ces poudres trempées dans ce vernis frais forment une couche épaisse composée principalement de métal. Le laqueur, tout en n'ayant à sa disposition qu'un nombre très limité de couleurs, arrive à une grande variété de teintes, soit en graduant savamment l'épaisseur des couches, soit en employant des poudres de métaux divers, de tons nuancés, soit en incrustant dans le laque des morceaux de métal précieux, d'ivoire et de nacre purs ou colorés.

Ces procédés de dessin conviennent à la fois au laque noir ou de couleur et à une espèce encore plus précieuse, dite le laque d'or. Celuici réclame des soins plus minutieux et un art plus consommé ; on l'obtient en saupoudrant de menus morceaux de feuilles d'or une couche fraîche de vernis; la surface une fois durcie est polie et enduite d'une autre espèce de vernis, préparé à l'aide d'un tamisage soigné et d'un mélange d'une petite quantité de gomme gutte. Distribué en couches légères, ce vernis reste transparent, de façon à laisser apercevoir les paillettes d'or

LES LAQUES JAPONAIS AU TROCADKRO. 5oj

qu'il recouvre. Pour les qualités inférieures, au lieu de feuilles d"or on emploie des feuilles d'étain.

Les fonds sur lesquels s'exerce Fart du laqueur peuvent être en bois, en carton même, à ce qu'on assure (et ainsi s'expliquerait l'extrême légèreté de certains objets), en ivoire, en écaille, en métal, etc. Souvent, dailleurs, les laques noirs ou de couleur sont tellement chargés de poudre et de pointillé d'or, d'incrustations de différents métaux et d'ornements multiples, qu'il est très difficile d'en distinguer le fond '.

L'histoire de la fabrication des laques est peu connue en Europe; il ne nous est parvenu sur ce sujet intéressant que quelques indications empruntées à un petit nombre d'écrivains japonais. D'après eux, l'art du laqueur remonterait à une assez haute antiquité.

11 est déjà parlé de meubles en laque dans un vieux livre japonais, publié environ cent quatre-vingts ans avant l'ère chrétienne. Dans le temple de Todaiji à Nara, province de Yamato, sont conservées des boîtes en laque, destinées à contenir des livres de prières et faites, dit-on, au ni' siècle après J.-C. Plusieurs écrivains indigènes du iv" et du v" siècle mentionnent, mais par malheur en termes fort brefs, les laques rouges, les laques d'or; en 480, une femme célèbre par ses travaux littéraires parle d'un nouveau genre de laque incrusté de nacre ; chez aucun de ces auteurs on ne trouve de renseignements, même sommaires, sur les procédés de fabrication. Les guerres civiles qui désolèrent ensuite le Japon paraissent avoir interrompu pendant une assez longue période (664-910) le travail des objets vernissés, qui reprit plus tard un nouvel essor. « Ces objets, dit M. Maéda, fabriqués de gio à i65o, portent le nom de JiJai-moiio, et sont fort appréciés par les amateurs. » 11 est regrettable que le savant japonais ne nous donne aucun document qui justifie le choix de ces deux dates si précises et si éloignées l'une de l'autre. Sir Rutherford Alcock,

1. Les laques bien fabriqués acquièrent une étonnante solidité; on s'en sert pour les liquides alcooliques et même pour les boissons chaudes sans les détériorer aucunement. Au commencement de 1874, le steamer français !e Nil coula sur les côtes du Japon, à une profondeur d'environ 25 brasses; on réussit, après dix-huit mois, à retirer du bateau naufragé plus de deux cents caisses, dont quelques-unes contenaient des laques. Malgré un si long séjour au fond de la mer, les hques avaient conservé tout leur éclat, tandis que les autres objets étaient plus ou moins endommages. (V. Officiai Carulogue of che Jupamse section. Philadelphie, 1876.)

5o8 LWRT ANCIEN A L'EXPOSITION.

longtemps ministre d'Angleterre au Japon, cite encore un artiste du in'^ siècle comme le fondateur d'une école particulière de peinture sur laque'.

Sans qu'on puisse préciser l'époque où cette industrie atteint son apogée, il est certain que les produits de cet art délicat furent de tout temps fort appréciés par les indigènes. Les boîtes laquées étaient considérées comme de très riches présents. On les plaçait généralement dans la partie la plus retirée de la maison, loin du regard profane des étrangers. Fabriquées dans des établissements subventionnés par les souverains, elles n'en sortaient que pour orner les maisons princières et ne

BOITE EN LAfi^UE BLANC.

(Collection de M'"^ L. Calien, d'Anvers.)

paraissaient jamais sur les marchés publics. Seuls les princes de Kaga et d'Omi avaient le droit de donner des soucoupes ornées de peintures en laque, représentant des grues, des tortues, des bambous, des sapins -. Gersaint ' constate (1747) que les laques étaient plus recherchés aux Indes qu'en Europe ; que les Bataves (malgré leur admission à Nagasaki) n'en voyaient presque jamais au Japon et qu'à peine en recevaient-ils quelques-uns comme marque d'estime de la part des hauts personnages du pays. Les membres de la factorerie de Dezima, au dire de Dubois de

1. V. Àrr und Art i/idi/stries in Jup}n, by sir Ruthcrford Alcock. Londres, 1878.

2. V. Titsingh, Cérémonies usitées au Japon pour les mariages, funérailles et les principales fêtes de l'année. 1822, 3 v., t. II, p. 87.

Page 1