‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 148 sur 161 · BOITE EN LAQ.UE D OR · texte numérisé non relu

BOITE EN LAQ.UE D OR

(Collection de M»" L. Calieii, d'Anvers.)

valeur. Pour suppléer à la rareté des produits originaux, on essaya à diverses époques de les imiter. Ainsi, dans l'inventaire de Molière, il est fait mention d'un petit cabinet de pernis de la Chine et de deux pièces imitées, « deux porte-carreaux de bois \evm façon de Chine ». Plus tard, le fameux Martin l'aîné imite des laques de Chine et du Japon et arrive à une perfection qui est attestée par le Mercure contemporain et par Voltaire lui-même ; celui-ci dans son épître Tu et Vous parle de

... ces cabinets oti Martin

A surpassé l'art de la Cliine ^.

1. Théveuot, Rapport du Dincteur de la Compagnie des Indes orientales , etc., p. ii et 12.

2. V. l'artiole Musée rétrospectif , do M. Paul Maiitz, Gaj^ette des Beaux-Arts. t. XX, p. 7X.

5io L'ART ANCIEN A L'EXPOSITION.

M'"" de Pompadour, toujours à la recherche des choses élégantes, acheta pour plus de 1 10,000 livres de vernis japonais '. La reine Marie- Antoinette réunit un riche ensemble de laques que Ton admire encore aujourd'hui au Musée du Louvre. Il fallait à la fois le crédit et la fortune d'une favorite ou d'une reine pour atteindre à la possession enviée de ces objets presque introuvables.

Depuis que le port de Nagasaki n'est plus seul ouvert au commerce d'une seule nation, et que le Japon est entré en relations régulières avec l'Europe, on connaît mieux dans l'Occident les chefs-d'œuvre de l'extrême Orient. La dernière révolution qui a renversé le taïkounat a beaucoup contribué à la vulgarisation des œuvres d'art séquestrées dans les maisons princières.

A la faveur des troubles, suivis de nombreuses dépossessions, il s'est vendu une quantité considérable de précieux objets qui ont pris le chemin de l'Europe. Les laques figurent pour une large part dans cette exportation et sont maintenant connus de tous nos amateurs. On les voit apparaître à l'Exposition de Londres en 1862, à celle de Paris en 1867, où ils occupent une place importante, aux E.xpositions de Vienne et de Philadelphie en iSyS et 1876, et surtout à l'Exposition actuelle, où ils ont obtenu un si vif et si légitime succès.

Il convient ici de faire une distinction entre les laques de fabrication ancienne, exposés pour la plupart dans les galeries rétrospectives du Trocadéro, et les laques modernes répandus à profusion dans la section japonaise du Champ de Mars. On sait que les laques anciens sont considérés comme les plus achevés, et qu'au Japon même ils sont devenus fort rares et par suite fort recherchés. Mais il faut se hâter de dire qu'une sorte de Renaissance dans l'art des laques s'est produite au Japon depuis quelques années et que les magnifiques spécimens de l'industrie contemporaine ne le cèdent en rien aux produits des meilleurs temps. Il y a plus : les modernes abordent des travaux beaucoup plus importants que leurs devanciers et on peut voir au Champ de Mars tel paravent en laque, presque supérieur à tout ce que le Japon avait pu produire jusqu'ici.

I. V. Edmond et Jules de Concoure, Mj-dame de Pompj.dour. Charpentier, 1878.

LES LAQUES JAPONAIS AU TROCADERO. 5n

Les laques exposés au Trocadéro ont été prêtés, les uns par des collectionneurs ou des marchands japonais, les autres par des possesseurs européens ; ils sont de dates très diverses ; bon nombre remonteraient à une haute antiquité s'il fallait en croire les classifications des exposants indigènes. C'est ainsi qu'une petite boîte de forme carrée, en laque noir, est présentée avec cette indication, « faite il y a onze cents ans ». Sur le couvercle une divinité bouddhique en prière apparaît au milieu de nuages qui se répandent jusque sur les côtés. Tout le dessin est doré et porte le caractère d'une époque assez reculée, mais nous ne pouvons croire qu'on puisse le reporter à onze siècles en arrière. Il n'offre pas, à beaucoup près, un cachet d'archaïsme aussi lointain. Cette date tout à fait arbitraire nous ramène d'ailleurs dans la longue période où les guerres civiles désolaient le Japon et avaient entièrement interrompu la fabrication du laque ; il faut, croyons-nous, rajeunir cette boîte de quelques centaines d'années. Nous accorderions plus volontiers un âge respectable à quatre divinités sur panneaux oblongs séparés, juchées sur des piédestaux assez semblables à ceu.^ sur lesquels sont posés les saints et les saintes des écoles de peinture de la Renaissance allemande. Malheureusement ces quatre panneaux ont beaucoup souffert ; les couleurs des robes à ornements d'or ont presque complètement disparu, en ne laissant que de failîles traces de tons verts, roses ou rouges. Il est facile cependant de reconnaître un dessin fin et soigné, des accessoires et des costumes traités, ainsi que les bijoux, avec une rare précision. Les têtes ont l'expression semi-sauvage qu'on trouve souvent dans les œuvres de tout pays dont l'art est encore loin de son apogée. Ces quatre divinités, au dire de l'exposant, n'ont pas moins de huit siècles, et cette vieillesse nous paraît moins surfaite que celle de la boîte précédente. Dans tous ces objets, les couches de vernis sont très minces, sans aucun relief; on dirait des peintures faites à la détrempe.

Très ancienne encore (six cents ans, selon l'exposant) est une écritoire en bois recouverte en partie de laque rouge ; dans un coin, en haut, une inscription de huit lettres en nacre. Les couches de vernis sont nombreuses, le laque épais est d'un beau ton de cire à cacheter. Du même âge (?) une boîte ronde fond or avec branchages et feuilles en nacre.

5i2 L'ART ANCIEN A L'EXPOSITION.

Citons encore parmi les pièces anciennes deux boîtes rondes en laque rouge sculpté d'un fort relief, d'un dessin très vigoureux, représentant des chrysanthèmes reliés entre eux par des enroulements de tiges ; un coffret à fond noir pointillé d'or et orné de chrysanthèmes d'argent, de fleurs dont les pétales s'épanouissent largement en or, et d'incrustations de paillettes de laques multicolores. Ce coffret révèle déjà un art plus avancé et des procédés plus modernes ; l'exposant lui donne quatre cent cinquante ans; il nous paraît sensiblement plus jeune. Nous en dirons autant d'une boîte et d'un plateau rouge, imitant le laque de Pékin, qui sont loin d'avoir atteint les quatre cent cinquante ans que le propriétaire leur attribue. En général les exposants japonais ont une tendance marquée à vieillir les beaux produits de leur art, comme si, par une coquetterie ordinaire àtous les peuples, ils voulaient assurer à leur civilisation une plus haute antiquité.

Une tablette d'une vitrine est réservée à des laques dits du xv" et du XVI siècle. 11 faut admirer le travail délicat d'un coffret à fond noir, dont le dessus est orné d'un grand éventail doré tout ouvert, sur lequel ressort avec un fin relief un paysage accidenté où des oiseaux se jouent dans les arbres; quelques rochers sont indiqués par des morceaux de nacre. Le même art, avec plus de raffinement, se retrouve dans une écritoire en belle aventurine, où s'étale un riche bouquet de fleurs et de feuilles ; au milieu un vase renversé, dans le haut un énorme soleil fait d'une seule plaque d'argent. Ces laques et d'autres nous semblent, malgré les indications des exposants, assez postérieurs au xv' et au xvi" siècle; ils appartiennent, selon nous, au xvn% peut-être même au xvni% où l'art des laques atteint sa perfection.

Tous les morceaux de cette dernière époque, et le Trocadéro en réunit un grand nombre, sont également remarquables. Quel charmant fouillis de petites boîtes aux formes diverses, carrées, rectangulaires, ovales, contournées, avec de capricieuses silhouettes d'instruments de musique, de sacs de riz, de faisceaux de bambous, de gourdes, de barils, de poissons, de maisonnettes, de fruits! L'intérieur n'est pas moms curieux que le dehors ; même dans les plus petits objets, on est étonné de trouver, sous de minces plateaux, d'autres menues boîtes de toutes formes, des tiroirs microscopiques et une foule de riens charmants ; le tout remarquable par la justesse de l'emboîtement et l'exacte adhérence de la tabletterie, si bien que, pour faire sortir les boîtes intérieures, il faut les pousser en passant le doigt dans un trou pratiqué à la partie

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