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LES LAQUES JAPONAIS AU TROCADÉRO

inférieure de Tenveloppe. Signalons aux amateurs, parmi les objets de plus grande dimension, le numéro loi bis, une boîte en fond aventuriné à gros grains : un aigle de tons gris, semblables à ceux de l'argent vieilli, nuancés avec tant de délicatesse qu'on croit voir chacune des plumes, étreint de ses griffes d'or une sorte de corbeau au plumage noir ; le lieu de la scène qui forme le premier plan est d'un relief assez accentué et

BOITE DE MEDECIXE EN LAQ^UE,

(Collection de M. Pli. Burty.)

d'une aventuriné plus fine ; quelques plumes de la victime y sont semées çà et là ; les feuilles d'un sapin placé derrière les combattants offrent les tons d'or les plus variés. Toute la gamme du gris au noir et de l'or clair à l'or foncé se rencontre dans ce gracieux objet. Une autre boîte d'aventurine encore plus serrée semble faite de sable d'or. Elle est ornée à droite en haut et à gauche en bas de plaques, groupées par trois, sur lesquelles sont dessinés comme au burin des fleurs, des feuilles et des losanges avec quelques inscriptions. C'est le chef-d'œuvre du genre. Un échantillon rare et original d'incrustations variées est une écritoire dont le dessus

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montre un personnage debout à côté 4e son cheval. L'homme et sa monture sont en ivoire colorié, sauf la ligure et les mains du cavalier, qui sont en nacre, ainsi qu'un large éventail que tient une des mains. Au-dessus, une guirlande de feuilles de vigne également en nacre. Le groupe, d'un relief très épais, est vigoureusement dessiné ; l'œuvre semble être de la fin du xvn" siècle.

Le plus étonnant morceau de laque d'or est peut-être une boîte oblongue à trois compartiments, dont le premier contient un plateau. Sur le couvercle, un paysage avec une grande cascade; le dessin paraît ciselé dans le plus pur métal d'or. On oublie qu'on est devant un objet en laque ; l'or, sans aucun alliage, semble avoir fait les frais de cette œuvre exquise; on croit voir un lingot fondu et transformé en boîte. Cette orfèvrerie sur bois fait partie de l'exposition de M. Minoda Chojiro, qui présente encore, entre autres pièces rares, un remarquable cabinet en laque d'or, de plus récente fabrication, formant étagère, avec petits paysages.

Tous les objets exposés révèlent un art profondément national au point de vue du sentiment, de la forme et des procédés. Même après que les Européens ont pénétré au Japon, après les prédications triomphantes de saint François-Xavier et de ses successeurs, après l'établissement des Hollandais à Nagasaki, l'art japonais conserve toute sa pureté. Sans doute les Portugais d'abord, puis les « Bataves » introduisent au Japon les modèles de l'industrie européenne, et on retrouve inévitablement quelques traces de ces importations dans les productions indigènes ; mais cette influence, d'ailleurs très limitée, de l'Europe est acceptée et non subie. De Siebold parle des emprunts faits par les Japonais aux Européens, en constatant cependant qu'ils se les assimilent et les transforment en leur donnant le caractère national.

De nos jours même, bien que le Japon s'ouvre de plus en plus aux nations de l'Occident, la contagion européenne effleure à peine le tempérament national. Les œuvres contemporaines sont aussi japonaises que celles du passé, sauf quelques rares travaux exécutés sur commande pour des amateurs occidentaux.

Le Trocadéro possède un échantillon déjà ancien de ce mélange de motifs européens et de procédés japonais : c'est un très beau paravent, composé de neuf panneaux de plus de 2 mètres de hauteur, envoyé par M. Davis, de Londres. Le dessin est hollandais : il représente un des gracht (canal) d'Amsterdam, bordé d'un quai avec maisons et surmonté

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an premier plan d'un pont; au fond, une partie de la ville. Des personnages en riches costumes du xvn* siècle, des barques semées sur le canal donnent à la scène une animation toute particulière ; l'architecture est travaillée avec un soin minutieux ; tous les détails des façades sont indiqués avec précision. L'artiste japonais, sans modifier aucunement le

BOITE EN FORME DE GUITARE ^ L A Q^U E d'OH.

(Collection de M. Cli. Ephiussi.)

caractère hollandais du dessin, a su l'approprier avec un rare bonheur aux procédés nationaux. L'œuvre est en laque champlevé ; les épaisseurs du bois indiquent la différence des plans ; les eaux, en laque usé, sont d'une transparence vitrée ; les terrains, en aventurine, sont chargés de maisons et de groupes d'arbres en laque doré ; sur les façades se détachent des pilastres et des colonnes en laque rouge translucide, d'un relief très saillant. Le haut du paravent forme un grand fronton de style rocaille avec fleurs et branchages ; le bas est orné de riches motifs dans

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le style Bérain. Ce remarquable travail porte en lui-même sa date; il appartient au xvii' siècle.

Jetons enfin un rapide coup d'œil sur les vitrines exposées par les amateurs parisiens : remarquons d'abord les curieux objets appartenant à M'"' L. Cahen (d'Anvers) : un ravissant cabinet en fond avcnturine moucheté, de la fin du xvu" siècle, que nous reproduisons ici ; toutes les ressources de l'art du laqueur ont été épuisées pour ce bijou de lo centimètres de haut sur i3 de large; sur les quatre côtés, de minuscules personnages, des grues et de petites girafes au milieu de paysages accidentés ; la devanture s'enlevant, le dedans se montre partagé dans la hauteur en deux parties d'inégale dimension : ici quatre petits tiroirs, là un godet orné de papillons, doublé d'argent à l'intérieur, sur un plateau semé de fleurs ; le tout soutenu par un tiroir qui occupe toute la largeur du cabinet. — Une boîte en laque blanc, la seule que nous connaissions, d'une surprenante délicatesse, dont Tintérieur est en aventurinc ; elle semble faite de morceaux de coquilles d'œufs réunis par des filaments noirs ; sur le dessus, de légères fleurs de lichen en vernis doré à côté de dessins géométriques. Nous donnons ici une reproduction de cette pièce charmante. — Une foule de boîtes étrangement gracieuses de laque d'or, en forme de coqs, de grues dormant, de canards mandarins, de chouettes, de poissons grands et petits, d'œufs, de fruits, où figurent tantôt deux papillons aux ailes déployées, tantôt des gerbes de bambous, tantôt des groupes d'écrans et d'éventails (nous en donnons ici un échantillon), tantôt encore des personnages accroupis. Citons aussi les écritoires et les cabinets du siècle dernier, exposés par M. Bing ; la belle boîte plate en laque rouge décoré de figures peintes au dedans et au dehors ; et la petite boîte en laque burgauté du marquis de Thuisy ; les pharmacies, dont une en ivoire laqué, de M. de la Narde.

Parmi toutes ces collections, celle de M. Ph. Burty mérite sans contredit une mention spéciale. Elle a été formée non par le caprice d'un amateur opulent qui peut satisfaire toutes ses convoitises, mais par le choix d'un critique éclairé cherchant moins les curiosités chères que les chefsd'œuvre rares. Elle contient les échanfillons les plus variés au double point de vue de la matière et du décor : un cabinet en laque d'or avec fond à dessins géométriques, décoré d'un pommier à fleurs d'argent enlacé dans un sapin ; au dedans, quatre petits plateaux dessinés sur toutes les faces, en fine aventurine ; l'objet n'a que six centimètres de haut sur six et demi de profondeur et quatre et demi de large, et, tout

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