‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 2 sur 161 · RUE SAINT-BEKOIT M DCCC LXXIX · texte numérisé non relu

RUE SAINT-BEKOIT M DCCC LXXIX

COUP D'œiL GENERAL.

Malgré des lacunes inévitables, TExposition rétrospective de 1878 présente un magnifique ensemble. Plusieurs séries y ont pris un développement qu'on n'avait jamais vu jusqu'ici. Les Salons des Alsaciens- Lorrains en 1874 et les Galeries de l'Histoire du travail en 1867, même en réunissant leur contenu, étaient loin d'otlVir un aussi grand nombre d'objets précieux.

iM. de Longpérier, M. Schlumberger et les membres des commissions d'admission et d'installation, en s'cssuyant le front après le labeur de ces :\ quelques mois, peuvent regarder leur œuvre, certes, sans en rougir.

La science éprouvée, le sens plein de finesse de M. de Longpérier, sa prudence et celle des commissions nous auront valu la réunion de ce beau Musée artistique et historique. Le plan du directeur de la partie rétrospective, qui était de montrer au public l'histoire du travail artistique, siècle par siècle, faisait un devoir aux commis-' sions d'accueillir bien des pièces qui, sans grand mérite décoratif, n'en sont pas moins de très intéressants spécimens des fabrications aux

di

verses époques.

2 UART ANCIEN A ^EXPOSITION.

Beaucoup de pièces qu'on revoit avec plaisir avaient déjà paru aux Alsaciens-Lorrains et à l'Exposition de 1867, mais nombre d'autres n'avaient point figuré à des Expositions antérieures.

Le plan parfaitement logique d'un classement par séries chronologiques n'a pu être suivi autant qu'on l'eût désiré. Les possesseurs de grandes collections ont leurs exigences très compréhensibles. Ils veulent faire valoir en un seul et glorieux ensemble la diversité et la beauté de leurs collections. MM. Seillière, Fillon et quelques autres personnes ont néanmoins consenti à diviser leurs richesses.

Personne n'ignore que de grandes hésitations ont accompagné et ralenti l'organisation de l'Exposition rétrospective. Beaucoup d'amateurs n'ont pas cru qu'elle eût lieu, et n'ont point voulu risquer d'y figurer. Des craintjs politiques en ont retenu d'autres. Un certain nombre enfin ont résisté à toutes les instances. En revanche, bien des demandes sont parvenues, non pas au dernier moment, mais après le dernier moment.

Les nations étrangères, sauf la Belgique et l'Espagne, ne nous ont rien envoyé, et ces deux pays, comme nos grands collectionneurs, n'ont point accédé au système divisionnaire et chronologique. Force a été d'ailleurs d'installer leurs envois dans l'aile droite du Trocadéro, consacrée primitivement aux peuples de l'Asie, de l'Afrique, de l'Océanie et de l'Amérique avant la découverte.

Notre Exposition de 1878 diffère sensiblement de celle de 1867. 11 y a onze ans, chaque nation devait organiser son musée particulier, et c'est ce qu'elles avaient fait presque toutes. La France et ses collectionneurs n'occupaient qu'un espace relativement restreint. En 1878, l'Exposition tout entière, nous ne parlons que de l'aile gauche du Trocadéro, est due aux collectionneurs français, et elle n'en est que plus belle, hàtons-nous de rajouter.

La marche de l'organisation matérielle a été conçue très simplement.

Un avis publié officiellement a d'abord fait connaître que la direction tenait à la disposition des collectionneurs des feuilles de demandes où ils inscriraient la désignation des pièces qu'ils comptaient proposer à l'examen des commissions, dont les membres sont allés ensuite chez les possesseurs des objets indiqués pour en vérifier la valeur et pour choisir les plus intéressants. Quant aux personnes qui ne possèdent qu'un très petit nombre de pièces, elles venaient au ministère les soumettre à l'appréciation de qui de droit.

On a repris le modèle des vitrines de 1867, réparties en trois types

de deux grandeurs chacun. Des vitrines murales qui, par exemple, ont 2™, 60 de haut sur 5 mètres ou 2'",5o de longueur, des vitrines-tables et des vitrines-étagères vitrées de tous côtés pour qu'on puisse tourner et examiner tout autour, ont suffi aux besoins de disposition et d'étalage.

La courbure des ailes du Trocadéro a gêné passablement Tinstallation des salles, et dans certains endroits où la courbe se prononce, il a fallu se résigner à perdre de la place. Toutefois cette courbure a son bon côté : elle amène avec elle de la variété et de l'imprévu.

Le système adopté a été de diviser l'unique galerie tournante par des cloisons égales en hauteur aux vitrines qu'on y appuie. Ces cloisons forment des salles plus ou moins grandes, mais n'arrêtent pas les yeux du spectateur, qui pourra suivre la perspective des travées. Le jour vient d'en haut, d'un large vitrage garni d'un vélum.

La disposition générale nous semble bonne. Les fonds de muraille sont d'un rouge pâli, et ceux des vitrines sont d'un rouge foncé; ces tons font ressortir les colorations. La hauteur des vitrines a été calculée de manière qu'on pût les surmonter de tapisseries et que celles-ci s'arrêtassent à la base des travées de fonte qui supportent la toiture. De grandes pièces s'élèvent au milieu de chaque salle et en dominent l'ensemble : ici un panneau d'émaux, un chevalier en armure, là une statue de bronze, un groupe en marbre, qui font des sommets successifs; les vitrines centrales restent transparentes, afin de laisser passer la vue jusqu'à ces grandes pièces dominantes comme des trophées ou des monuments. Entre les vitrines murales on a placé des meubles, des bustes. Une gamme de notes vives et de notes neutres entremêlées a été assez savamment répartie pour que nulle part, autant que possible, il n'y ait d'éclat criard ou de masse sombre qui fasse trou.

. Les membres des commissions ne sont pas venus à bout de leur tâche sans quelque peine, on le conçoit. Le partage de la place, son estimation, le temps qui pressait, attendu que la construction n'était pas achevée, compliquèrent souvent le travail.

Beaucoup de dévouement et de zèle vinrent à bout du résultat, et nous pouvons citer parmi ceux des membres des commissions qui ont prêté le concours le plus actif et le plus direct à l'installation : MM. de Saulcy et Barthélémy pour les médailles, MM. de Longpérier-Grimoard, de Ruble et Robert de Lasteyrie pour les livres et manuscrits, MM. le colonel Leclercet le comte d'Armaillé pour les armes, M. Davillier pour les meubles, MM. Meyer et de Montesson pour les tapisseries, M. Dreyfus

4 LWRT ANCIEN A L'EXPOSITION.

pour les sculptures, MM. Chouquet, Nuitter et Strauss pour les inStnljments de musique, M. Gasnault pour la céramique.

En décrivant les salles de l'Exposition, nous aurons à signaler d'autres noms encore. Bien entendu, la haute et savante direction de M. de Longpérier, secondée par M. Schlumberger, coordonnait et guidait tous les efforts.

Ayant indiqué brièvement le sens et l'organisation de l'Exposition, nous n'avons plus qu'à en traverser rapidement les salles pour indiquer les richesses qu'elles contiennent, laissant aux critiques chargés des comptes rendus spéciaux de la Galette le soin de préciser, d'étudier le caractère des objets et de les hiérarchiser.

On entre à l'exposition historique de l'art ancien par le pavillon terminal de l'aile gauche du Trocadéro.

Le vestibule du rez-de-chaussée contient quelques sculptures galloromaines, .puis de belles tapisseries qui garnissent aussi l'escalier, et parmi lesquelles celle du xiv*" siècle à M. Escosura, celles du xv" siècle, de M. Lévy et de la mairie de Boussac, celle de M. Béraud où figure Diane de Poitiers, celles de M. Bellenot qui sont armoriées, et celle des Gobelins, à basse lisse, signée Mosen, à M. Lévy, sont très remarquables.

La salle n" i, dans le pavillon d'entrée, ouvre la marche chronologique avec les objets préhistoriques, les antiquités lacustres, celtiques et gallo-romaines. La pierre noire et le bronze à patine verte mêlée de rouille donnent la note dominante que relèvent des bijoux d'or.

Cette série a été organisée par M. Alexandre Bertrand, qui a si remarquablement installé le Musée de Saint-Germain, dont il est le directeur, et par M. Hamy, le savant aide-naturaliste du Muséum.

Entre autres collections préhistoriques, celles de M. de Vibraye et de M. Piette sont particulièrement intéressantes par les spécimens de dessins d'animaux qu'elles off"rent au spectateur. Le silex de Saint- Acheul, de M. d'Acy, sont aussi depuis longtemps célèbres.

Les animaux en bronze du Musée d'Orléans, le Jupiter du Musée de Bordeaux, les statuettes du Musée d'Évreux, les ex-voto de Vichy de M. Le Faure, le tombeau avec les débris de char de M. Fourdrignier, les restes d'un autre char et les verreries appartenant à M. Morel, le beau caducée de M. Costa de Beauregard, la magnifique anse de vase représentant la Gaule à M. Fillon, les colliers d'or et les bronzes exposés^ par le Musée hongrois, les plats et les figurines de M. Habert, constituent le principal intérêt de cette salle.

L'EXPOSITION HISTORIQUE DE L'ART ANCIExN. 5

La salle suivante renferme les antiquités grecques et romaines et quelques autres. Les objets de bronze si curieux et en partie si nouveaux provenant des fouilles exécutées à Dodone par M. Carapanos exciteront un vif intérêt : ils consistent en inscriptions votives, repoussés, statuettes, ornement d'un char, iigurines primitives, etc.

M. Schlumberger a là de petites plaques assyriennes en bronze repoussé, attribuées au ix"" siècle avant Jésus-Christ et qui ornaient probablement un char ou un trône; ce sont des objets également fort nouveaux et fort peu connus.

La collection de M. Rayet, très variée, où se remarquent, pour ne citer qu'en passant, de charmantes statuettes de Tanagra, une tète en marbre de beau style primitif, des coquilles" contenant des couleurs de peintre, se distingue par son choix très savant et très ordonné.

Le casque et les jambards du Musée de Saint-Germain qu'on peut voir reproduits dans la statue du Gladiateur de M. Gérome, la tête de Victoire venant du Parthénon et exposée par AL de Laborde, une tète en terre cuite et une superbe jambe de bronze, de style archaïque, appartenant à AL Piot, des bustes en bronze envoyés par M. Dutuit, sa série de rhytons, sa grande ciste gravée; la collection de glyptique de M. Montigny, les contorniates de M. Robert, les médailles romaines de M. Lemaître, les médailles de AI. Hoffmann, les gauloises de AIM. Robert et Changarnier, les belles séries grecques et romaines de AL Ponton d'Amécourt, les vases à figures noires Ou à figures rouges de Ai. Paravey, les statuettes de Tanagra et leurs analogues envoyées par MAL Lécuyer, Hartmann, Dreyfus, Bellon, etc., achèvent de composer un ensemble tout à fait important.

Une seule collection, celle de M. Gréau, de Troyes, qui est bien connue, occupe la troisième salle. Elle est très nombreuse et très variée : vase à reliefs et appliques de l'Apulie, statuettes de Tanagra, peintures, bas-reliefs assyriens, verreries, antiquités de Tarse, bronzes de premier ordre et très nombreux, figurines dorées de l'Asie Mineure. Nous y relevons une tète de Satyre que nous attribuons à la Renaissance.

La série antique est donc fort belle, abondante en bronzes, très abondante en statuettes de Tanagra qui en sont le triomphe et dont on pourra faire là un examen approfondi, pauvre en marbres, un peu dépourvue de vases à figures noires. L'ensemble de ces vitrines et son aspect décoratif restent un peu grêles. Les amateurs d'antiques ont rarement l'occasion de trouver de grandes pièces; le fragment, le débris, jouent forcément

un rôle considérable dans cette catégorie; enfin les jolies statuettes de Tanagra ne meublent pas aisément des vitrines larges de 5 mètres ou même de la moitié. Les salles ont été organisées par MM. A. Bertrand, de Witte et Feuardent.

La salle du moyen âge qui vient ensuite a été l'œuvre de M. Courajod. Pourtant ce groupe demeure un peu restreint, et il faut aller en chercher le complément dans la collection Basilewski qui remplit la salle voisine, et, plus loin encore, dans les vitrines de MM. du BouUay et Stein. Des tissus aux nuances effacées ou amorties, des cuivres, des orfèvreries un peu noircies, des émaux sombres avec quelques reflets, des enluminures et des miniatures de manuscrits, des sculptures peintes, quelques meubles, le tout chargé par le temps d'une teinte un peu foncée, d'une espèce d'ombre, des ivoires jaunis, des bronzes patines et rouilles, donnent à la salle moyen âge une note d'époque assez tranchée. Les vêtements ecclésiastiques de MM. Châtel et Fulgence, les serrureries de M. Delaherche, cet infatigable chercheur, les meubles du baron Seillière, ses ivoires et ceux de MM. Castellani et Stein, le chef de saint de M'"° Boisse, les séries de fibules, boucles, moules, plaques, de M. Victor Gay, le casque du Musée de Grenoble, le vieux christ morvandiot et les sculptures italiennes de M. Courajod, les reliures métalliques de M. Didot, les manuscrits et peintures de M. Seillière, les précieux bijoux mérovingiens de M"' Gabrielle Fillon, les importantes médailles, mérovingiennes aussi, de M. Ponton d'Amécourt, des pièces fort curieuses de la céramique mérovingienne, puis encore des terres vernissées du xn" au xv^ siècle provenant des fouilles faites à Paris, ou recueillies dans le Beauvaisis, djs carreaux de revêtement à figures en relief venant également de Beauvais, et des carrelages normands ou champenois : voilà ce qui constitue le principal fonds de ce groupe fort intéressant, où nous ne pouvons indiquer les noms de tous les exposants. La collection Basilewski illumine d'une sorte d'éclat ambré la salle suivante, où le moyen âge se continue et la Renaissance commence. Les tons mêlés des Palissy dont les jaunes clairs et les jaspures se résolvent en une sorte de gris chaud, les émaux du moyen âge aux colorations riches mais foncées, les tons énergiques, bleus, verts et javtnes des plats italiens, les ivoires, les bronzes, les armes, les orfèvreries, équilibrent bien leurs colorations différentes.

Le fameux vase de l'Alhambra, le plat au portrait de Charles-Quint attribué à Orazio Fontana d'Urbino, figurent dans cette magnifique col-

lection si riche en orfèvreries d'église, en émaux des premières époques qu'elle seule ici nous offre, si nombreux et si importants, en terres de Palissy, en pièces de la céramique italienne, en tout ordre d'objets pourrait-on dire.

C'est à M. Basilewski que l'on doit l'organisation de cette salle. La sixième salle a été sacrifiée au bureau du secrétariat; il faut y mentionner néanmoins la collection de médailles françaises de M. Penchaud, une des plus belles que l'on connaisse; de beaux bustes en bronze de M. Goldschmidt, les tissus espagnols de M. Chardon, les chasubles d'Embrun, le bas-relief de. saint Georges, à M. Richard.

Dans ces premières salles, les murs sont ornés de tapisseries des Flandres exécutées au commencement du xvr siècle pour la cathédrale de Tolède et appartenant à MM. Erlanger, Leclanché, Gavet, Richard. Elles représentent la vie du Christ.

Les xv"" et xvi' siècles occupent les salles numéros 7 et 8. L'i les marbres deviennent plus nombreux avec leur blancheur dorée ou bistrée, les verreries apportent leurs transparences vaporeuses, les montres pétillantes d'étincelles font leur apparition. Enfin la grande époque de l'art chrétien et les œuvres superbes s'épanouissent sous nos yeux.

Dans la salle 7 nous citerons les coffrets si divers de M. Castellani, une des nouveautés de l'Exposition, la superbe vitrine de M. Eugène Piot avec une "Vierge de Luca délia Robbia, des anges de Donatello et un buste de Michel-Ange, dont M. Maurice Cottier aura plus loin une variante.

M. Dreyfus rivalise avec M. Piot par ses deux portraits peints de Piero délia Francesca, son bas-relief en bronze de Riccio, ses bustes de femme, ses médaillons et plaquettes de la Renaissance.

Les paix exposées par M. Castellani, les vases hispano-arabes, les bijoux, les verres émaillés de M. Davillier, son Arion de Riccio, les •armes et la merveilleuse clef Strozzi de M. Adolphe de Rothschild, des émaux du Musée de Lyon, ceux de MM. André, Éphrussi, de M"''Grandjean et de M"'' Fillon, le superbe marteau de porte de M. Antiq, la tête de bronze de M. Armand, l'adorable buste en marbre envoyé par M. Goldschmidt, la lampe de mosquée, les verres émaillés de M. Gavet, son splendide Lucca délia Robbia, ses montres de la première époque, ses plats italiens, ceux de MM. Georges Berger et Antiq, le buste par Donatello, à M. Goupil, le plat d'Hercule et Antée du maestro Giorgio de Gubbio, acquis à la récente vente Castellani pour i5,ooo francs par M. Gay, les orfèvreries ecclésiastiques de M. Adolphe de Rothschild et

ses deux bronzes, de charmants objets à M. Bonnaffé et tant d'autres choses encore forment une masse de richesses surprenante.

Au centre de la salle numéro 8 trônent les émaux de Chartres représentant les douze apôtres qui ornèrent jadis le château d'Anet. Une des figures porte la date de 1547 et deux autres portent le monogramme de Léonard Limosin.

Les superbes verreries émaillées de M. Stein, sa nef en orfèvrerie, ses plats italiens, les verres français de M. Charvet, les verres italiens de MM. Gasnault et Salin, les plats italiens des barons Seillière et Alphonse de Rothschild, de M. Fau, une magnifique réunion de faïences de Palissy et de celles qui ont précédé, entouré ou suivi les siennes, exposées par MM. Gavet, Fillon, Gasnault, de Longpérier, Vincenot, Dupont, Vatel, Robert, M"" Grandjean, etc., les faïences d'Oiron et les Palissy de MM. Alphonse et Gustave de Rothschild, les splendides émaux de MM. Seillière, Beurdeley, Gustave de Rothschild, Stein, Barre et du Musée de Lyon; les bustes ou pièces en bronze de MM. Davillier, Seillière, Manheim, les plats siculo-arabes de MM. Dutuit et Seillière, les manuscrits à peintures, les éditions gothiques de la ville de Rouen, de MM. Fillon, Dugast-Matifeux et Seillière, les livres à figures du duc de Rivoli, les livres sur la Réforme de M. Gaifi:e, les médaillons français de MM. Fillon et Dutuit, les jetons dauphinois de M. Roman, les deux ravissantes horloges de M. Seillière, la Pucelle équestre bien connue de M. Odiot et son Saint François d'Alonzo Cano, la poupée costumée de M. Goupil, la charmante Chanteuse florentine de M. Ed. André : telles sont les splendeurs ou les curiosités de cette salle.

De magnifiques tapisseries du xv' siècle, tissées d'or et d'argent, œuvres de la plus grande rareté, appartenant à MM. Erlanger, Goupil, Gavet, Manheim et P\ui; des tapisseries du xvi" siècle à fond d'argent d'après des cartons de Raphaël, appartenant à M. Ch. Éphrussi, et. d'autres de la même époque, relatives à la maison de Savoie, appartenant à M. Le Breton, garnissent ces salles 7 et 8, où la Renaissance fait résonner sa puissante note artistique et jette des éblouissements.

On entre ensuite dans la salle métallique de M. Spitzer, dont le rayonnement gris apporte un heureux contraste avec les notes avivées des précédentes. Là sont des armures complètes, notamment celles du comte d'Essex, des horlogeries et des instruments de physique merveilleusement ciselés ou gravés, de superbes damasquinures, de splendides bas-reliefs en marbre exécutés en Italie au commjncement du xvi' siècle,

selon le scntiniL'nt quo la Renaissance avait de TAntiquitc, des arquebuses à crosse incrustée d'ivoire, des rondaches peintes, des casques admirables, une panoplie spéciale de pistolets, poitrinals, etc. M. Spitzer, lui aussi, a dirigé Tinstallation de sa collection si célèbre.

La dixième salle reprend la suite du xvr siècle, que les séries de M. Spitzer n'ont d'ailleurs pas interrompue. La collection d'objets judaïques, esquissée par M. Strauss au.x Alsaciens-Lorrains, se complète et se développe ici.

Le couvercle en bois richement sculpté des fonts baptismaux de Saint-Romain, de Rouen, orne le centre de la salle. De remarquables peintures flamandes, puis des statuettes, des meubles, des armes appartenant à M. Maillet du Boullay, les serrures de M. Locquet, sans doute prédestiné : voilà ce qu'on aperçoit et remarque encore dans cette salle.

Les murailles de la salle g sont tendues de tapisseries flamandes exécutées d'après des compositions de Jules Romain, et dans la salle 10 on doit noter le Passage de la mer Rouge, tapisserie du xvr siècle à M. de Salverte, et d'autres de la même époque, à AL du Boullay.

Les œuvres de l'art polonais, tout un musée envoyé par le prince Czartorisky et quelques-uns de ses compatriotes, emplissent la onzième salle, où d'immenses orfèvreries jettent un éclat aigu à côté des tissus aux teintes adoucies, de harnachements et d'armes, de ceintures, d'éditions gothiques, de miniatures, de portraits peints, de bijoux précieux, d'ivoires, d'un grand pot détain, de céramiques de 'Varsovie. L'art polonais paraît empreint d'une certaine influence allemande, et il aime assez souvent les gros décors riches et chargés. Le prince Czartorisky a disposé cet ensemble avec beaucoup d'habileté et de savoir. On distinguera aussi une tapisserie dans le goût de Smyrne, sur les parois de ce salon.

La salle n" 12 contient de jolies épées, très choisies, réunies par AL Henry, un cotîret de cristal très important du xvi" siècle, envoyé par AL Feuardent, des bustes espagnols appartenant à Al. Baur et une tapisserie à sujet de chasse du xvi" siècle, à xM. Lowengard.

La salle n° i3 est consacrée aux armes de AL Riggs; on y voit entre autres de très anciens harnais de guerre du xiv"' siècle, une suite très variée et très intéressante de casques, une série lV)rt curieuse d'éperons, d'étriers.

Bans la salle n" 14 s'épanouissent un reste du xvi'' siècle, le xvn" et une partie du .win". Nous sommes dans le monde des boites, bonbon-

nières, petits bijoux, montres, éventails, petites orfèvreries contournées, tendres miniatures, reliures délicates; un monde où ruissellent les détails fins, gracieux, féminins.

Des groupes de marbre surmontent l'ensemble. Les plats italiens ont disparu. La faïence française arrive et s'étale : le Rouen au fond bleuâtre brodé de lambrequins, de festons, de rayons; le Nevers bleu foncé au semis léger de fleurs ou taché de jaspures; le Moustiers aux décors fins, y7o/« et fantaisistes. La porcelaine se montre enfin, elle qu'on n'avait encore vue que sous l'aspect de cette pâte un peu indécise qu'on a appelée la porcelaine des Médicis, et dont MM. Davillier et Millet ont exposé de rares et curieux spécimens.

Un anachronisme a égaré ici la bibliothèque de M. Didot, de sorte que ses graves manuscrits à enluminures, ses livres à peintures des siècles antérieurs, sont un peu surpris d'ouvrir leurs pages en face des miniatures de Lavreince, Hall, Boilly, Isabey, Augustin, etc., dont M. Vincent a composé une charmante vitrine.

Les boites, couvertures peintes, flacons, avec la série de petites tètes masquées de M. Josse, les boîtes de M. Delahante, les reliures de M. Labitte et de M. Rouquette, les livres de la ville de Paris, les imprimés gothiques de Troyes, les tabatières, boîtes, râpes à tabac, de M. Maze, les curieux bijoux normands populaires de M. Le François, la vitrine de bijoux, verres, porte-flacons de M"" Strauss, les éventails et menues pièces de M. et de M"" de Bligny, les médaillons en terre cuite de Nini à M. Gariel, des orfèvreries à divers amateurs et entres autres à M. Denière, la belle suite des montres de M. Olivier, les faïences du Musée de Rouen où se trouvent les fameuses sphères de Chapelle, les faïences de Rouen de M. Le Breton, de M. Maillet du Boullay qui possède le fameux plat à bordure rose violacé, le grand vase de M. Chanoine, les Nevers bleus ou jaunes de M. Martin, les Moustiers de M. Davillier, enfin les grands meubles du baron Seillière, les orfèvreries du même et de M. de Rothschild, composent le fonds important ou délicat de cette salle, où les époques s'entremêlent.

Pendant quelque temps, on avait pu désespérer de pouvoir montrer des spécimens de nos meubles Louis X"VI, qui sont une des gloires de l'art français; mais M. Spitzer, dont nous ne pouvons nous défendre de citer la ravissante pendule Louis XVI, et surtout le Mobilier national, ont comblé la lacune. Ce dernier a prêté une magnifique commode de Marie-Antoinette, le bureau de Louis XVI, par Riesener, des appliques,

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