FILLETTE JOUANT AVEC UNE POULE
(Terre cuite de la collection de M. Rayet. }
quelles elles avaient appartenu : M. Lécuyer possède de ces têtes une série très nombreuse et qui pourrait permettre des études fort intéressantes sur les coiffures antiques. Ce n'est guère que depuis deux ans que des marchands grecs sont venus exploiter la mine dont les paysans turcs tiraient un si mauvais parti ; leurs fouilles, plus adroitement conduites, ont amené la découverte à Smyrne, à Pergame, à Mylasa et ailleurs encore de terres cuites tout à fait intactes ou faciles à restaurer, et qui ont été apportées en Europe sous le nom impropre de terres cuites d'Éphèse. Le Trocadéro en renferme une suite assez nombreuse.
C'est de Smyrne que provient le groupe entièrement doré exposé par M. Lécuyer : un personnage barbu. Hercule, tel que l'a figuré l'école asiatique, et une femme dans laquelle, vu la provenance du monument,
on ne peut reconnaître qu'Omphale, sont assis sur le bord d'un de ces petits lits {yXi'ioii) dont on se servait dans les festins. Le héros passe familièrement le bras sur lépaule de sa compagne, qui se presse contre lui et lui prodigue ses plus doux regards, ses plus tendres caresses. Les formes sont allongées et élégantes, les lignes harmonieuses; la tète d'Omphale est très fine et très expressive.
Le groupe de M. Lécuyer est traité en bas-relief; TAphrodite Anadyomène de M. Bellon, également sortie de la nécropole de Smyrne, est au contraire une figure de ronde bosse. Nous la reproduisons à la page 91. La jeune déesse, debout et nue, rassemble dans sa main droite une partie de ses longs cheveux, et se regarde dans un miroir qu'elle tient de la main gauche. La pose est souple et gracieuse, le visage d'une délicieuse pureté; le corps est celui d'une toute jeune fille, la poitrine encore étroite, les seins à peine formés, la taille longue et les hanches empâtées : l'art grec n'a presque jamais reproduit les formes grêles et imparfaites de l'extrême jeunesse, et leur imitation dans une œuvre aussi soignée est un fait digne de remarque.
J'aime moins l'Aphrodite de M. de Hirsch, sortant de la mer, elle aussi, et ayant l'Amour à côté d'elle : les formes en sont un peu lourdes; en revanche le génie bachique du même amateur est d'un mouvement très heureux et d'une facture excellente.
M. de Hirsch, M. Bellon, M. Lécuyer, ne possèdent chacun qu'une ou deux statuettes d'Asie Mineure; M. Gréau, à lui tout seul, en a une vingtaine. Sa petite Aphrodite, debout et nue, qui relève la jambe droite pour retirer im grain de sable resté collé à son pied, est d'un modelé un peu rond, mais d'une silhouette très originale et très jolie. Un Amour, nonchalamment appuyé sur un cippe, a quelque chose de l'élégance du fameux Satyre de Praxitèle; un second Amour, tenant dans la main gauche une œnochoé et ayant auprès de lui un dauphin, n'est pas moins gracieux que le précédent. Une Artémis debout, avec un cerf couché auprès d'elle, une Cybèle assise sur un trône, entre deux lions, et un Amour enfant jouant avec un paon qui fait la roue, sont surtout intéressants au point de vue mythologique; un bouffon, debout et gesticulant, est d'une invention fort originale.
M. Gréau considère sans doute comme la pièce capitale de sa collection une tète de Satyre ou de Pan, en terre à modeler, de grandeur nature, qui a été apportée de Smyrne. Cette tête a excité, dès l'ouverture des salles du Trocadéro, des discussions sans fin entre les amateurs,
aussi bien ceux de Tart moderne que ceux de Fart antique. Beaucoup, le plus grand nombre même, sont portés à attribuer ce curieux fragment soit à la fin du xvf ou aux premières années du xvn* siècle, soit