FEMME RATTACHANT SA COIFFURE
(Terre cuite de la collection de M. Paravey. )
même au xvnr; ils allèguent la sécheresse du travail, poussée dans certains détails, le nez par exemple, jusqu'à la pauvreté, et une recherche de l'effet qui accuse une époque de décadence ; ils observent que l'im-
plantation horizontale de la barbe et Tindication minutieuse des cheveux sont peu conformes aux traditions de Tart antique, que les feuilles entremêlées à la chevelure, sorte de compromis entre celles de la vigne et du figuier, trahissent une hésitation singulière ; ils font remarquer, enfin, combien la facture de cette terre cuite ressemble à celle d'un Pan en bronze du xvr siècle, exposé par M. Piot. Fort bien, répondent leurs adversaires : ces défauts que vous signalez, nous les voyons également • mais ils existent aussi à la fin de l'époque macédonienne : alors aussi les formes sont sèches et maigres, le goût mesquin, l'étude insuffisante. 11 ne faut pas d'ailleurs pousser trop loin la sévérité. Un peu de maigreur n'est-il pas naturel dans la tète d'un être dont le prototype est le bouc? D'ailleurs, à côté de certaines parties où le modelé n'est pas serré d'assez près, il y en a d'autres où l'on sent une consciencieuse étude et un effort méritoire : les sourcils froncés, les yeux sensuels, les paupières fatiguées, les lèvres frémissantes, sont des morceaux modelés d'une main très habile. Quant à l'implantation de la barbe, elle est figurée de même sur certains masques comiques ; le soin minutieux avec lequel sont indiqués les cheveux s'explique suffisamment par les facilités particulières que la matière employée offrait au modeleur. Et puis un artiste moderne n'aurait-il pas davantage encore cherché le pittoresque? n'aurait-il pas contourné plus bizarrement la bouche, fait saillir avec plus de relief les muscles du cou, froissé plus curieusement ces feuilles aux plans si unis? Une autre chose à considérer, c'est la matière : la terre est foncée en couleur, serrée, dure et lourde; la cassure a une netteté métallique : elle ne ressemble à aucune des terres employées en Italie au xvr et au xvn" siècle : celles-ci sont plus jaunes, moins compactes, et leurs cassures s'émoussent et s'effritent aisément. Ne serait-il point surprenant, si notre tête est moderne, que nous n'en sachions aucune où la matière soit analogue ? Les connaisseurs, qui distinguent si bien la fabrique d'un plat en faïence, ne devraient-ils pas pouvoir nous dire sans hésitation de quel atelier sort cette œuvre autrement importante? L'impuissance où ils se trouvent n'est-elle pas significative?
Tels sont les arguments invoqués de part et d'autre : aucun ne me paraît décisif. Heureux ceux pour lesquels aucune question n'est embarrassante et qui ont réponse à tout! Pour moi, je l'avoue humblement, je n'ai pas en moi tant de confiance, le doute ne me semble point chose humiliante, et je ne prétends aucunement à l'infaillibilité. Jusqu'à ce que l'on m'apporte, en faveur d'une opinion ou de l'autre, un argument
L'ART GREC AU TROCADÉRO. loi
péremptoire, je tiens à réserver mon jugement. Aussi bien la question ne peut, je crois, être tranchée que par une enquête sur l'origine de la