VICTOIRE EN BRONZE DU VI*- SIECLE
(Collection de M. Benjamin Fillon.)
en terre blanche du bassin de l'Allier, conservées au Musée de Moulins. Elles datent, en général, du ii' et du ni" siècle.
Quelques poteries rouges à relief nous viennent du Musée de Bordeaux et du cabinet de M. Morel, de Châlons.
I. La Verrerie antique: Description de la collection J. Charvet, par W. Frœhner. — 30 feuilles grand in-folio de texte, avec nombreuses vignettes sur bois, accompagné de 34 planches, tirées à part et coloriées ù la main.
122 UART ANCIEN A ^EXPOSITION.
Pour ce qui est de la peinture des manuscrits et de la calligraphie, nous sommes encore moins bien pourvus. Rien avant le ix' siècle. L'évêché du Puy a envoyé sa célèbre Bible de Théophile, et la ville d'Épernay son évangéliaire d'Albon, qui remontent à l'époque des premiers Carlovingiens et présentent encore, dans leur ornementation, quelque chose de la tradition romaine.
La bijouterie est beaucoup mieux représentée en ce qui concerne les temps barbares. A peine compte-t-on quelques bijoux absolument romains, lacune regrettable, qui empêche le public de suivre, à travers les âges, la filiation des types employés. Mentionnons pourtant, comme trait de mœurs, une petite bague d"or du ni^ siècle, découverte avec le trésor du Veillon (Vendée), confié à la terre sous Postume, sur le chaton de laquelle se lit : VTE. Une seconde bague, tout à fait semblable, de même provenance, entrée au musée archéologique de Nantes, porte au contraire NON. — Selon que la jeune femme qui les possédait avait Tune ou l'autre au doigt, son préféré savait, au premier coup d'œil, quelles étaient, ce jour-là, ses dispositions à son égard. — Cette méthode de télégraphie intime est originale et mériterait d'être de nouveau mise en pratique.
Au IV" siècle remonte le bracelet de fabrication germanique, en or repoussé, donné page i23. Trouvé près de Cologne, il y a peu d'années, en compagnie de deux autres bijoux de même nature, il fournit un des premiers exemples connus d'entrelacs, motif d'ornementation importé d'Orient chez les peuplades du Nord, et qui se répandit, de proche en proche, dans une grande portion de l'Europe à partir du vu" siècle.
En fait d'œuvres d'orfèvrerie, nous avons le trépied d'argent, malheureusement incomplet, du Musée de Pesth*, ouvrage du iv" siècle, fabriqué sans doute dans quelque dépendance de l'empire de Constantinople, et le grand plateau de même métal, du poids de 3 ""',30, où se lit, autour d'une rosace centrale, cette légende gravée, comme celle-ci, à la pointe :
+ GEILAMIR, REX VANDALORVM ET ALANORVM
On l'a crue moderne et apposée après coup, mais elle parait bien
I. Le même Musée a exposé aussi au Trocadcro un nombre considérable de bijoux d'or et d'argent, très intéressants, trouvés dans la vallée du Danube, et qui ont les' caractères propres à ces contrées, mais étrangers à Fart romain. D'autres en or, d'un travail ber.ucoup plus fin, appartenant à M"' G. Fillon, figurent dans une vitrine parallèle à celle du trésor du Musée de Pesth.
— fi
L'ART ROMAIN ET SES DÉGÉNÉRESCENCES. i23
authentique, malgré la forme anormale de son contexte'. C'est, sans nul doute, un ex-voto offert à quelque sanctuaire par Geilamir, ou Gelimer, roi des Vandales de Tan 53o à Tan 534, et qui aura été rapporté d'Afrique à la suite de la défaite de ce prince par Bélisaire; car il a été découvert le 20 janvier iSyS, à Fonrazo, province de Bellune. Avec ce monument historique étaient une sorte de coupe et un second plateau, décoré du groupe de Vénus et d'Adonis en relief d'un faire très particulier.
De l'orfèvrerie des Vandales passons sans transition à la bijouterie des Francs, et arrêtons-nous un instant en face de la vitrine où nous avons tenté de classer chronologiquement les bijoux portés par les con-
BRACELET EN OR REPOUSSÉ (iv*^ SIÈCLE).
(Collection de M"'' Gabrielle Fillon.)
quérants de la Gaule, depuis la fin du v' siècle jusqu'au milieu du ix% à l'aide des monnaies recueillies avec ces objets de parure, quand ils sont sortis de terre. Nous avions d'abord songé à nous étendre sur ce sujet; mais il comporterait de trop longs développements. Nous avons dû y renoncer, nous réservant de le traiter dans un travail spécial, si M. de Linas ne préfère s'en charger lui-même, dans l'appendice à son livre sur les origines de l'orfèvrerie cloisonnée qu'il publie présentement. Contentons-nous, pour le moment, du résumé qui va suivre.
Grâce à notre essai de classement, on reconnaît, au premier abord, que les produits de la bijouterie franque se divisent en deux parts très distinctes. Dans l'une se range ce qui appartient à la période comprise entre l'époque de l'invasion du nord de la Gaule par les compagnons de Childéric et le commencement du vn' siècle. Là dominent l'or et le bronze, servant, en beaucoup de cas, de cloisons et de sertissures à de
I. Les caractères de l'inscription sont identiques à ceux employés sur les monnaies de Geilamir. ( ScLbatier. pi. XX.
petites plaques de grenat ou de verres de couleur, à peu près agencées dans le goût de celles qui ornent les objets analogues, semés par les Goths le long de la vallée du Danube, et apportés à leur suite jusque dans la Gaule. Quelques bijoux contemporains accusent, au contraire, la tradition gallo-romaine presque pure, mais elle ne tarda pas à subir des altérations profondes. Les rois Francs ayant reçu l'investiture des empereurs d'Orient, un courant artistique s'établit entre leurs Etats et Constantinople par les ports de la Méditerranée, surtout par Marseille.
Parmi les boucles d'oreilles, bagues, anneaux sigillaires, tibules et autres pièces en or des deux derniers tiers du vr siècle, un travail de filigrane, dérivé du style byzantin, concourut beaucoup à l'ornementation.
Durant cette période, l'argent n'est pas exclu de la bijouterie, mais il y est toujours assez rare.
Sous les successeurs immédiats de Clovis s'introduisit l'usage de certains alliages métalliques, qu'on revêtit d'une faible couche d'or. Pour ce qui est de l'orfèvrerie, représentée sevilement au Trocadéro par les poignées d'épée et de sabre du trésor de Pouan, qui datent du premier tiers du vi' siècle, et par deux ou trois pièces d'une moindre valeur, elle paraît avoir continué de faire usage des cloisonnés un peu plus tard que la bijouterie.
La seconde catégorie des bijoux mérovingiens se compose de ceux exécutés depuis le commencement du vn" siècle jusqu'à la disparition de la scène du monde des rois de la première race. Ici, l'or et le bronze, sans être complètement abandonnés, deviennent plus rares. L'argent, ce métal qui, dès le ir siècle, était, de la part des Germains, l'objet d'une prédilection particulière, est, au contraire, de plus en plus commun. Sur la plupart des fibules, boucles, plaques de ceinturon, agrafes et autres objets de parure, quelques-uns fabriqués avec du fer, la dorure est remplacée par un placage d'argent. Sur plusieurs on a pratiqué un simple étamage ou une damasquinure. Le sentiment décoratif se transforme en même temps et va prendre ses inspirations chez les peuples du Nord, Les entrelacs, les serpents, les animaux fantastiques y tiennent la place principale. La gamme des couleurs baisse aussi dans les étoflfes, où semblent avoir dominé alors le blanc, le noir, le jaune pâle, le vert, le bleu, le violet, disposés en rayures, avec bandes ornées sur les bords. La tonalité des miniatures des manuscrits de l'époque donne, à cet égard, des notions précises. On y sent qu'un souffle glacial est passé
sur la Gaule, apportant à sa suite les moines de la verte Érin et leur art monotone.
Il est à remarquer que cette transformation dans le goût décoratif des Francs, s'opéra juste au moment où l'aristocratie, plus rebelle que ses rois à l'influence des idées romaines, et chez qui la féodalité était en germe, entra en lutte avec les Mérovingiens, et ne tarda pas à les subalterniser, révolution politique qui assura la prédominance de l'Austrasie sur la Neustrie. Or, les Francs austrasiens étaient restés plus directement en rapport avec les populations des contrées d'où ils étaient sortis que les Neustriens, qui les avaient précédés en Gaule. De nouveaux émigrants avaient, de temps à autre, passé le Rhin et ravivé chez eux les traditions originelles. L'adoption du système décoratif septentrional fut donc à la fois, de leur part, une affirmation de nationalité et une sorte de réaction contre les tendances romaines des représentants de la race de Mérovée, prêts à tomber sous la tutelle de la famille d'Héristal, en attendant que celle-ci leur succède sur le trône.
Il ne faudrait pas croire néanmoins que cette transformation s'opéra brusquement et simultanément partout. Elle fut plus lente en Neustrie et mit près de cinquante années à s'y accomplir. En Aquitaine et dans le Midi, elle éprouva des résistances analogues, motivées par des antécédents historiques analogues aussi. Il en fut, en un mot, pour la bijouterie et l'orfèvrerie comme pour le monnayage. La transition entre les deux systèmes est on ne peut plus facile à suivre dans notre vitrine.
Quoique les Gallo-Romains ne fissent pas corps avec les conquérants et eussent un état social distinct, ils adoptèrent sans doute en partie leur parure, puisque rien n'indique bien clairement, dans les sépultures des riches, la séparation des deux races par des indices apparents. Peutêtre n'ont-ils pas fait usage, comme les Francs, de mobiliers funéraires.
La communauté dans les motifs d'ornementation entre les Austrasiens et les tribus septentrionales, est un argument sérieux en faveur du système des historiens qui donnent pour résidence aux Francs les marécages de l'Elbe, avant qu'ils n'eussent été poussés vers le Rhin par les hordes saxonnes. Une tradition, encore vivante au ix' siècle, les disait du reste frères des Danois.
Ajoutons à cela que dans les régions limitrophes de l'Océan, situées entre le Rhin et la Gironde, furent en usage, à dater de l'époque de la révolution indiquée plus haut, et concurremment avec les produits de la bijouterie nationale, ceux d'origines hibernienne, anglo-saxonne et
danoise. M. Ramé a exposé, dans notre vitrine mérovingienne, une fort belle fibule d'argent, de forme ronde, trouvée à Rennes, qui a la première de ces provenances. On en a recueilli d"un style identique en Artois, en Normandie, en Poitou et en Saintonge. Les hommes du Nord n'ayant pu pénétrer, par la voie de terre, à la suite des Francs en Gaule, proie convoitée depuis des siècles, se rendirent familiers, à l'aide de relations commerciales, les chemins de ses fleuves et de ses rivières, ouverts sur l'Océan. Le moment venu, ils portèrent par là, presque au cœur de l'empire carlovingien, le ravage et la mort.
Mais à peine la nation franque était-elle, depuis un siècle, complètement en possession d'un art tout à fait concordant avec ses origines, que les événements survenus à la suite du sacre de Pépin le Bref établirent des rapports intimes entre l'Église de Rome et la nouvelle dynastie. Ces rapports eurent pour conséquence logique de remettre les arts romains en faveur dans l'entourage du nouveau roi d'abord, chez les leudes ensuite, malgré leurs répugnances natives. Pépin rapporta de ses expéditions contre les Lombards l'intaille antique, représentant une tête de divinité pa'ienne, qui lui servit ensuite de sceau, et ses successeurs suivirent son exemple. A demi ensevelie sous ses ruines, la ville éternelle n'avait encore qu'à se laisser entrevoir pour exercer une sorte de fascination irrésistible sur les barbares. — La mode avait, alors comme aujourd'hui, des évolutions et des retours étranges. L'engouement ne fut toutefois que passager et resta à la superficie des populations, car il dura cinquante ans à peine.
Nous avons voulu montrer par l'essai de classement qui précède, essai basé sur des probabilités sérieuses, à défaut de preuves bien certaines, qu'il est possible d'arriver approximativement à celui de la plupart des objets de parure, laissés derrière elles par les peuplades barbares qui, du nr au x' siècle, ont parcouru dans tous les sens, à la suite les unes des autres, l'Europe entière. Mais, pour obtenir un résultat satisfaisant, il importe de commencer par étudier sur les originaux, sur les gravures, à l'aide des descriptions écrites, l'ensemble de ces objets, et de procéder à leur triage par groupes principaux, en tenant grand compte des lieux des découvertes, des pièces accessoires, des monnaies, des armes, qui, parfois, les accompagnaient. Cette opération préliminaire achevée, on ne tardera pas à discerner la part de chaque race, de chaque subdivision de race; puis, en y regardant ensuite de plus près, on établira, sans trop grande difficulté, un ordre chronologique dans le
contingent respectif de chacune de celles-ci, à Taide des notions qu'on possède.
Arrivé à la fin d'un travail, qui demanderait à la fois le fîair d'un archéologue et l'œil d'un artiste, on aura rendu à l'histoire un service signalé, en jetant quelque lumière sur la date de début et le point de départ, la direction et la durée de la marche de ces torrents humains, qui ont déposé, à tour de rôle, sur notre continent, des alluvions plus ou moins apparentes.
Le désordre que présentent, sans exception, sous ce rapport, toutes les collections françaises et étrangères, n'est pas de nature à satisfaire les esprits qui ont la passion de la synthèse.
Nous nous sommes servi, pour notre étude, des pièces en or cloisonné de notre collection, de la série des anneaux sigillaires mérovingiens et des bagues de tous métaux de M"° Gabrielle Fillon, de pièces caractéristiques du Musée de Saint -Germain, communiquées par M. A. Bertrand, son conservateur, avec une complaisance dont nous ne saurions trop lui savoir gré; d'autres, fort belles, venues du Musée de Boulogne, et, enfin, d'un certain nombre d'objets, prêtés par MM. de Morgan, le baron Davillier, Ramé, conseiller à la Cour de Paris, et Abel Bardonnet.
Dans les vitrines voisines de la nôtre, sont nombre d'autres types de l'orfèvrerie et de la bijouterie franques, dont plusieurs d'une importance hors ligne, extraits du Musée de Troyes et des collections Morel et de Morgan.
Terminons cette revue par la description d'un petit monument, emprunté au Musée archéologique de Niort, qui résume en lui seul l'état de l'art et de l'industrie au temps où il a été fabriqué. C'est une fibule de bronze carlovingienne, trouvée au vieux cimetière d'Aulnay (Charente- Inférieure), dans un sarcophage de pierre. Elle est, ainsi que l'indique notre gravure, de forme ovo'ide et décorée d'une pâte de verre de couleur noire, revêtue d'une couche blanc cendré, imitant une cornaline, gravée en intaille, où se voit un buste d'homme de profil, casque en tête, avec bouclier protégeant la poitrine et haste en avant. Une monnaie d'un des successeurs de Constantin a servi de modèle à l'ouvrier, qui a encadré sa pâte de verre dans un ovale de bronze, orné, tout autour, d'une
FIBULE DAULNAY.
rangée de petits grenats en cabochon, sertis, chacun, dans une alvéole de même métal. Le tout a été ensuite fortement soudé ensemble, puis doublé d'une plaque ayant au dos des traces d'un ardillon et de ses appendices. La longueur totale de l'objet est de o'",046.
Rapprochée des empreintes des sceaux carlovingiens, la fibule d'Aulnay présente le même aspect général. Il n'y aurait rien d'impossible à ce qu'elle ait servi de signet à l'occasion. On sait que des intailles
grecques, romaines, ou d'un travail moins ancien, étaient fréquemment utilisées alors pour cet usage, et que l'emploi de ces pierres gravées, généralement ovales, avait influé sur la forme des sceaux. Mais la pièce qui nous occupe est particulièrement intéressante , au point de vue de l'art industriel, en ce qu'elle administre la preuve évidente que les procédés de l'une des branches les plus délicates de la fabrication du verre n'ont pas cessé d'être pratiqués jusqu'au ix' siècle; d'où l'on peut conclure, contrairement à l'opinion de certains archéologues, qu'ils ont été en usage p)endant le moyen âge tout entier. — Au premier abord, la pseudointaille du Musée de Niort semble antique. Un examen plus attentif démontre qu'elle est, au contraire, l'œuvre d'un contemporain des graveurs de coins des monnaies à la tête de Louis le Débonnaire ou de Charles le Chauve, qui, à l'instar de ses confrères, a pris pour modèle une pièce romaine. La moustache germanique a été ajoutée par lui. Elle est peu apparente sur notre gravure.
Une défectuosité de fabrication indique que l'ouvrier ne possédait pas à fond son métier. La couche blanc cendré, qui couvre le noir de la pâte, ne s'étant pas trouvée rétractile ou dilatable au même degré que celle-ci, s'est fendillée comme un craquelé chinois, défaut qu'on ne rencontrerait point dans un produit des âges antérieurs.
Constatons, en outre, que l'emploi fréquent dans les sceaux de pierres gravées antiques, portant des têtes de divinités ou d'empereurs romains, et de leurs imitations, de même que celui des monnaies pour en faire des fibules, fut la conséquence de ce regain des traditions latines, qui surgit, vers la seconde moitié du vnv siècle, eut un semblant de vitalité sous Charlemagne et Louis le Débonnaire, et ne tarda pas à s'étioler sous les successeurs de ce dernier prince. Pour ne parler que de la glyptique, notre pseudo-intaille donne une idée très exacte du sentiment artistique
de cette période transitoire. Des pierres antiques et des imitations d'anciennes monnaies étaient encadrées de manière à former des sceaux, par les orfèvres, comme étaient encastrés, par les architectes, dans les façades de leurs édifices, des fragments de sculptures romaines. Procéder autrement eût exigé, des uns et des autres, des notions hors de leur portée, et une science pratique inconnue des hommes des viir' et ix' siècles, impuissants à produire le beau, mais assez heureusement doués pour Tentrevoir. — L'imagination ne revint à l'artiste que longtemps après.