‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 57 sur 161 · I. Aujourd'hui dans la collection A. Basilewsky · texte numérisé non relu

I. Aujourd'hui dans la collection A. Basilewsky

,q4 L'ART ANCIEN A L'EXPOSITION.

L'histoire douloureuse de nos premiers parents devait se développer sur les flancs de ce coffret, veuf d'un certain nombre de ses plaques. Nous y voyons cependant Adam en train de labourer la terre à Taide d'un hoyau, et, sur les deux plaques de Tune des extrémités, une scène unique, précieuse pour l'histoire de l'industrie sous les Carolingiens. Adam forge assis devant une enclume, tandis qu'Eve active le feu de la forge en donnant un mouvement alternatif à deux soufflets cylindriques qu'elle tient en main par leurs poignées.

Sur le second des cofïrets de M. Castellani, des jeux du cirque sont représentés. Sur la plaque du couvercle on voit deux hommes avec des bétes féroces, assez fantastiques même. Entre elles on aperçoit l'arrièretrain d'un petit homme dont le buste est enfoncé dans quelque chose qui ressemble à un coquetier. C'est un gymnaste qui, pour échapper à la bête, disparaît dans une trappe comme on en voit figurées par de petits cercles dans la partie inférieure du diptyque consulaire d'Areobindus (collection Basilewsky), où des hommes très agiles jouent une foule de niches à des ours bien appris qui semblent acharnés à leur poursuite.

Notons, avant de quitter ces coffrets, le caractère bien tranché des sujets qui les décorent. Sur les uns, des combats ou des jeux qui peut-être se confondent; sur les autres, la genèse pénible de l'humanité, l'homme et la femme condamnés au travail. Quelle leçon pour le ménage à qui peut-être on les offrait, remplis de présents, au jour du mariage !

Un coffret, que nous publions, et un olifant exclusivement décorés d'animaux fantastiques dans les enroulements d'un cep de vigne de la collection Basilewsky, un autre coffret semblable appartenant à MM. Seillière, et un dernier olifant à M. Stein, sont-ils des produits de l'art byzantin de l'époque du triomphe des iconoclastes, lorsque la représentation de la figure humaine n'était plus admise ? La chose est possible. Mais il est possible aussi que les querelles auxquelles donna lieu l'imagerie religieuse soient étrangères à la fabrication de ces petits meubles.

Notons encore dans la collection Basilewsky un bois de renne décoré sur ses bords d'un galon ciselé de même style : pièce curieuse que l'on a dû conserver dans quelque trésor d'église ou de couvent, comme une rareté provenant de quelque animal fantastique, au même titre que les défenses de narval, qui passaient pour des cornes de licorne, que les côtes de baleine qu'on se figurait être des os du léviathan, et que les œufs d'autruche, qu'on disait être des œufs de griffon.

LES IVOIRES AU TROCADÉRO. ig5

Les monstres sculptés avec les andouillers de ce bois nous laissent cependant fort perplexe sur Tépoque où le travail fut exécuté. Il y a des dragons à gueule ouverte qui sont d'une physionomie que nous sommes habitués à rencontrer vers le xii' siècle.

Le Musée de Lyon, qui a fait un magnifique envoi d'ivoires, possède deux feuillets de diptyque à trois registres : l'un, bordé de feuilles d'acanthe entablées, d'un travail très ferme que nous croyons du ix" siècle, nous montre deux apôtres, le paralytique emportant son lit après sa guérison et la Samaritaine; sur l'autre, d'un travail moins incisif et que nous croyons quelque peu postérieur, nous voyons l'aventure des rois mages encore revêtus du costume traditionnel donné aux Orientaux jusqu'à l'époque carolingienne. Ils offrent au Messie la myrrhe, l'or et l'encens ; couchés tous trois dans le même lit et habillés, ils sont avertis par un ange d'une fort belle tournure d'éviter la cour d'Hérode; enfin ils retournent en leur royaume, montés sur leurs chevaux.

Une plaque de travail grec exposée par M. Stein, et que nous reproduisons, doit en être rapprochée. Elle présente cette particularité d'avoir été, peu de temps après sa fabrication, complétée de façon à pouvoir s'adapter dans le cadre d'une reliure. La partie centrale montre le Christ dans sa gloire, bénissant à la manière grecque. On lui a ajouté, à la partie supérieure, qui est cintrée, une petite plaque qui la rend rectangulaire et qui porte la colombe dans un disque croiseté, entre deux symboles évangéliques ; puis, à la partie inférieure, sur une autre bande correspondante, l'agneau pascal, également dans un disque croiseté, entre les deux autres symboles. Nous supposons qu'un ouvrier, ignorant la signification des quatre lettres grecques I. G. — XC, aura pris le Christ pour Dieu le Père, et prétendu figurer la Trinité en y ajoutant les emblèmes du Saint-Esprit et du Christ.

Il se présente maintenant un certain nombre d'ivoires où une influence antique abâtardie se révèle, et que nous croyons devoir classer parmi les œuvres de la décadence carolingienne du x" au xi' siècle.

Telle est une plaque exposée par M. Castellani représentant sur son premier registre la Crucifixion avec l'arrangement symétrique ordinaire des deux soldats portant, l'un l'éponge au bout d'un roseau, l'autre la lance; de la Vierge et de saint Jean, et de deux anges dans des disques au-dessus des bras de la croix, symbolisant sans doute le soleil et la lune; sur le second, les Saintes Femmes au tombeau. On n'en voit que deux qui portent les aromates dans des vases ouverts, suspendus à trois

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chaînes qui sont absolument de la forme des encensoirs qu'on voit suspendus dans les arcatures des canons des évangéliaires du ix' siècle.

Un encensoir semblable est indiqué dans la même scène d'une plaque de la collection Basilewsky. Un premier registre montre la Descente de croix et les Saintes Femmes au tombeau; le second, le Christ descendant aux limbes. Cette dernière scène a cela de remarquable qu'un roi et qu'une reine, assistés de saint Jean-Baptiste, y assistent. L'inscription gravée raimvndvs : me : fecit indique une origine latine.

Les trois mêmes scènes se trouvent encore réunies, mais différemment disposées, sur une autre plaque qui est également latine par la façon dont le Christ, qui est vêtu, bénit ceux qu'il vient délivrer de l'enfer. Une certaine énergie dans le jet des plis, tourmentés à leur extrémité flottante, nous indiquerait une main allemande comme dans ï Ascension^ que l'énergie des attitudes et l'accentué des formes sous les draperies signale dans la même collection.

Forcés jusqu'ici de fixer des époques sans savoir si des provenances diverses ne doivent pas expliquer des apparences et des exécutions différentes, nous arrivons enfin à un monument qui est presque daté. Il s'agit de l'urceum de la collection Basilewsky qui porte le nom d'Othon. Il y eut trois empereurs d'Allemagne de ce nom, de g36 à 1002. Mais c'est au dernier, qui eut des velléités de rétablir l'empire romain avec sa pompe, qu'on l'attribue à cause de l'enflure des vers dédicatoires où nous voyons son nom :

OTONI AVGVSTO PLVRIMA LUSTRA LEGAT CERNVVS ARTE CVPIT MEMORARI CESAR ALIPTES.

Quelque chose, ornement ou lettre, qui ressemble à un K, placé à là fin de ce dernier vers, a motivé en Allemagne quelques commentaires peu concluants. Toujours est-il qvie les personnages des différentes scènes de la Passion sculptées sur ce vase ecclésiastique, bien qu'un peu courts, sont d'un grand caractère, et que plusieurs d'entre eux sont empruntés au célèbre diptyque de Monza.

La même collection, que nous dirions si riche en ivoires si elle n'était riche en toutes choses, possède encore deux plaques de la même époque, l'une byzantine, l'autre latine, représentant, la première, le commencement de la vie du Christ, l'autre sa fin.

Avant de quitter les ivoires de physionomie ou plutôt de tradition encore antique, pour aborder ceux que réclame un art nouveau, arrêtons-

nous devant les deux grands bras de croix qu'expose M. Maillet du Boullay et dont nous donnons un spécimen. Le galon qui les borde est de style oriental, comme les coffrets et les olifants que nous avons déjà examinés; mais les croix complètes que conservent encore quelques

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