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LE MARBRE

Le marbre est une matière que le moyen âge a peu employée dans le Nord, habitué qu'il était à marier si intimement la pierre sculptée et l'architecture que les deux ne font qu'un ensemble indivisible et complet. Aussi ne le trouve-t-on que dans les figures isolées et d'une exécution très soignée, ainsi qu'il convient à une matière qui en ce temps-là devait être plus précieuse qu'aujourd'hui à cause des ditfi.cultés^des transports et peut-être aussi de celles de l'extraction.

Il a le plus souvent servi pour les effigies tumulaires, et c'est de là que proviennent les deux bustes exposés par MM. Delaherche et Dufav. Le premier est celui d'une jeune femme qui porte la guimpe et le voile des religieuses et qui n'est point religieuse pour cela, ainsi qu'on s'en aperçoit à la saillie que font ses cheveux de chaque côté de ses

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tempes, sous le voile. On sait qu"il était de mode au moyen âge de se faire ensevelir dans l'habit d'un ordre religieux, et des deuils récents nous ont appris que cette habitude règne encore en Espagne.

Le second nous montre aussi la tète d'une jeune femme, belle de la beauté du moyen âge : front large, sourcils minces, yeux fendus, nez droit, bouche grosse au milieu et fine aux commissures, et menton fourchu, comme le dit Adrien de la Halle, que nous abrégeons.

La robe est décolletée ainsi qu'on la portait au xiv" siècle; la coiffure consiste en deux tresses pendantes le long des joues et rattachées à leur extrémité derrière la nuque. Un cercle, qui était garni de bronze ou d'orfèvrerie, entoure la tète.

L'emploi du métal, à la façon des Grecs, ne se reconnaît pas seulement aux trous destinés à le recevoir, qui sont percés dans le cercle de marbre, mais à deux petites plaques de plomb placées sous les tresses. En examinant de près cet arrangement, on reconnaît que ces plaques devaient garnir la partie inférieure de petites bandes d'étoffes interposées entre les tresses et des cheveux tombant de chaque côté le long des tempes et coupés carrément au niveau du lobe de l'oreille.

C'est un détail nouveau dans la coiffure féminine du xiv' siècle, qu'il est bon de retenir puisque l'occasion s'en présente.

Après ces deux bustes nous notons une œuvre exquise : c'est la petite Vierge appartenant à M. Bligny que nous aurions voulu publier et qu'à son geste on reconnaît avoir fait partie d'un groupe de l'Ainioiiciation. Sa forme aplatie indique qu'elle était adossée à un fond.

Des œuvres italiennes sont exposées à côté, auxquelles on donne pour auteurs les plus grands artistes du xv" siècle, œuvres dont plusieurs sont remarquables soit par l'énergie du caractère, soit par la grâce de l'ensemble, et qui accusent toute la personnalité de leur auteur; mais y en a-t-il une qui soit d'une exécution supérievire à la Vierge de M. Bligny, œuvre anonyme d'un imagier inconnu ?

Et puisque nous parlons du caractère, n'y en a-t-il pas aussi dans les figurines de marbre comme la collection Basilewsky en possède deux? Elles représentent deux pleureurs et proviennent, soit du tombeau de Jean, duc de Berry, soit du tombeau de Philippe le Hardi, que Claux de Vouzonne et Jacques de Baerze taillèrent sous la direction de Claux Sluter, à la fin du xiv' siècle. Elles sont analogues en tout cas aux figurines si connues qui garnissent les flancs des tombeaux des deux ducs de Bourgogne, conservés dans le Musée de Dijon.

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