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VIERGE EN IVOIRE DU XII*- SIECLI

(Collection Je M. Benjamin Fillon.)

Jacques le Majeur en pèlerin, donnant son bâton au thaumaturge Hermogène, afin de le délivrer des démons ; saint Georges, revêtu d'une armure à ailettes, ce qui indique les commencements du xiv' siècle, et saint Martin coupant son manteau; sur un autre diptyque de M. Basilewsky nous voyons aussi la Vierge entre saint Jean-Baptiste et saint Jacques

le Majeur, ce qui pourrait faire penser que ces pièces ont été destinées à l'Espagne, où cet apôtre est particulièrement honoré.

Ceci nous amène à indiquer une des questions les plus controversées que soulèvent ces charmants produits de Timagerie du xni" et du xiv" siècle. Quelle est leur provenance? Si Ton s'en rapportait aux dires de ceux qui les ont apportés sur le marché de la curiosité, tous les pays pourraient les revendiquer. Mais, s'il se remarque quelques nuances, celles-ci n'affectent pas le style de ces pièces, qui nous semble éminemment français, et nous les croyons toutes sorties de mains d'artisans qui, partis de l'Ile-de-France, ont pu s'établir soit au Midi dans l'Aquitaine, l'Italie ou l'Espagne, soit au Nord en Angleterre ou dans les Flandres, peut-être même à TEst en Allemagne; qui s'y sont laissé influencer par l'art ambiant, mais en gardant malgré tout leur fond national. Ce qui nous le fait croire, c'est qu'une grande école de sculpture exista en France du xn" au xiv^ siècle, comme le prouvent nos cathédrales, et n'exista que là, comme le montre, pour l'Italie, l'infériorité des sculptures contemporaines exposées au Trocadéro, qu'elles soient de marbre ou de bois.

Si l'on veut étudier ces nuances de style auxquelles nous faisons allusion, on trouvera dans la collection Basilewsky un grand diptyque terminé supérieurement par plusieurs frontons, que l'on dit italien, et qui présente en effet un certain allongement dans les figures, une certaine simplicité dans les draperies, que l'on ne rencontre pas dans un autre diptyque dont les figures courtes, les visages ronds et bien portants indiqueraient une influence flamande.

Le fragment appartenant à M. Stein, que nous publions et qui représente la Crèche, par contre, est bien français. Nous ferons, de plus, remarquer l'identité du costume de saint Joseph et du personnage agenouillé de la collection G. de Rothschild.

Il nous reste, avant de quitter cette nature d'objets religieux, à citer deux pixydes sculptées de sujets de la vie du Christ, appartenant, l'une au Musée de Dijon, qui a eu le tort d'en aviver les peintures, l'autre à la collection Basilewsky, et un diptyque du commencement du xv" siècle, d'une merveilleuse finesse d'exécution, qui appartient au Musée de Lyon. Sur l'un des feuillets, le Trépassement de la Vierge est représenté au-dessus de l'Arbre de Jessé; sur l'autre, la Crucifixion, sujets que désignent des inscriptions françaises à jour, et que bordent latéralement des figures d'ange abritées par des étages de dais à jour, et

que dominent une série d'iuitres dais à l'architecture microscopique. Il nous faut encore citer une crosse du xiv'' siècle, de la collection Seillière, dont le sujet est double : d'un côté, la Vierge; de l'autre, la Crucifixion. A côté de l'ange qui, portant sur le nœud, relie le crosseron à la hampe, l'abbé du monastère, pour lequel elle fut fabriquée, est agenouillé. L'abbé est seul sur une autre crosse, appartenant à M. Castellani, et c'est en cela seul qu'elle diffère. La collection Basilewsky possède également plusieurs crosses; celles-ci sont italiennes, du xv^ siècle : l'on

LA CRtCHE, IVOIRE FRANÇAIS DU XV'= SIÈCLE

(Collection de M. Stein.)

y peut étudier, à son aise, la différence qui existe entre l'art franchement italien et l'art français des ivoiriers du moyen âge.

Nous ne rencontrerons plus guère maintenant que des monuments civils beaucoup plus rares que les précédents, sauf quand il s'agit des boîtes à miroir que nous trouvons dans la collection Basilewsky, chez M. Castellani, chez M. Stein, chez M. Bligny. Sur ces objets civils, des scènes d'amour, et parmi elles la chevauchée de mai, ou l'attaque du château d'amour, sont le plus souvent représentées. M. Stein en possède un cependant où l'Adoration des Rois a été sculptée au xv" siècle. II ne devait pas être défendu aux personnes religieuses d'avoir soin de leur personne, et, s'il y avait des peignes liturgiques, il n'était pas impossible qu'il y eût des miroirs pour les accompagner.

2o6 L^ART ANCIEN A L'EXPOSITION.

Les diptyques à sujets profanes, qui avaient alors pour emploi de protéger des tablettes de cire, sont excessivement rares; ce n'est pas pour ce motif seul que nous citons celui du xiv' siècle qui appartient à M. le baron Ch. Davillier. Un de ses feuillets nous montre un jeune homme jouant à la main chaude avec de jeunes femmes ; Tautre, le même jeune homme assis à terre, les jambes croisées, entouré des mêmes jeunes femmes et se livrant à nous ne savons quel jeu.

M. du BouUay possède le feuillet d'une autre paire de tablettes à écrire où l'on a représenté, au xv' siècle, d'un outil un peu sec, une danse de bergers.

Plusieurs coffrets doivent surtout nous intéresser par leurs sujets empruntés aux romans et aux fabliaux. Sur un dessus de coffret et sur un coffret entier appartenant à M. Castellani, et sur un autre exposé par M. Ch. Manheim, nous retrouvons les phases diverses du tête-à-tête d'un jeune homme et d'une jeune femme mal défendue par le petit chien qu'elle porte sur son bras. Un autre couvercle, du Musée de Boulognesur-Mer, nous montre, dans ses trois compartiments, formés par les réserves que doivent couvrir les ferrures : au centre, un tournoi ; à gauche, un chevalier enlevant un dame sur son coursier, et au-dessus le même chevalier et sa conquête continuant leur fuite dans un bateau ; à droite, l'attaque du chilteau d'amour à l'aide d'une catapulte lançant des fîeurs.

Un grand coffret de la collection Basilewsky nous montre aussi le jeu de la main chaude, et parmi plusieurs scènes d'amour et de chevalerie, l'histoire de Tristan.

Un dernier coffret, à M. Castellani, laisse deviner, dans le coin ombreux où il a été relégué, des sujets quelque peu scabreux. Nous y voyons bien l'aventure de Tristan, qui, apercevant dans la fontaine l'image du roi, grimpé sur un arbre pour le surveiller, s'arrête juste à point dans ses entreprises sur la reine qui ne se défendait guère. Nous voyons bien deux personnes, un homme et une jeune femme, couchés dans le même lit, une épée fichée entre eux deux; mais dans un autre compartiment du coffret nous ne voyons plus l'épée, et nous devinons autre chose... Ce mystérieux coffret serait à étudier, afin de découvrir l'origine des sujets qui y sont figurés'.

I. Ce coffret, que nous avons pu examiner à loisir dans la collection Basilewsky, où il est aujourd'hui, représente en effet plusieurs épisodes du roman de Tristan. M. Louis Paris, qui a fait une étude particulière du roman, a découvert sur le coffret les scènes suivantes, que nous énumé-

M. Stein en possède un autre dont les sujets sont religieux et doivent sortir de quelque atelier parisien, car les divers épisodes de la légende de saint Denis, de saint Rustique et saint Éleuthère y sont représentés.

L'ornementation des coffres, si nombreux dans le mobilier du moyen âge, n'a pas toujours été aussi compliquée. On s'est parfois contenté de simples ornements dorés qu'entoure un trait noir ou rouge. Telles sont les. boîtes cylindriques qui, à Dijon, portent le nom de toilettes des duchesses de Bourgogne; telles sont deux boîtes presque identiques, exposées par M. Julien Durand et par M. Castellani.

Le style de leur décor, formé d'oiseaux et de rinceaux rudimentaires, nous fait supposer que ces boîtes venaient d'Orient, d'autant plus que dans l'armoire où M. Castellani a réuni sa collection de coffrets, nous en trouvons un décoré de la même façon avec des personnages évidemment persans. Mais l'Italie l'imita en lui donnant une physionomie particulière, ainsi que le montre un petit cofîVet rectangulaire à toit de la même collection. Un homme et une dame, dans le costume à haut col et à grandes manches de la fin du xiv" siècle, y sont représentés debout, en or chatironné de pourpre. Des chiens courent sur les côtés, à travers une banderole qui porte en lettres françaises, c'est-à-dire onciales, la devise : maronoe.

Parmi les objets d'une destination civile, il nous reste à citer un charmant manche de couteau ou de canivet, à M. Maillet du BouUay, où la faute d'Adam et d'Eve est représentée en petites figures de plein relief; un autre petit manche, parmi plusieurs autres de la collection Basilewsky, dont les sujets sont indifféremment religieux et profanes; et enfin le manche de dague du xnr^ siècle, si bien en main, comme disent les gens habitués à manier les armes, qui jadis faisait partie de la collection Bouvier, à Amiens.

Un pupitre tout revêtu, sur les tringles de bois qui le composent, d'un réseau flamboyant d'ivoire à jour, exposé par M. Vaïsse, appartiendrait à l'art espagnol du xv" siècle, ainsi qu'une petite plaque circu-

roiis dans l'ordre des faits. — La reine Yseult et Tristan dans la nef boivent le philtre d'amour. — La reine Yseult descend de la nef. — La reine, Tristan et leurs suivants sont reçus par le roi Marc. — Le roi Marc couché avec Brangain, la suivante d'Yseult, qui se sauve avec Tristan. — Tristan et Yseult au bord de la fontaine. — Tristan et Yseult couchds, dorment habillés, une épée entre eux. — Le roi Marc laisse tomber son gant sur eux. — Tristan et Yseult couchés nus dans le même lit. — Tristan, déguisé en mendiant, traverse un gué, portant Yseult sur son dos. — La reine Yseult jure sur les évangiles que le seul homme qui l'ait approchée est celui qui lui a fait traverser l'eau. — Tristan et Yseult chevauchant font l'aumône à deux pèlerins.

2o8 L'ART ANCIEN A L'EXPOSITION.

laire à jour, représentant l'Annonciation, au baron Ch. Davillier. Le xvf siècle a peu d'ivoires à nous offrir, à part les quatre belles poires à poudre que possède M. le baron Ch. Davillier, celle surtout que décore une figure de Vénus accompagnée de l'Amour, d'un relief très discret et d'un modelé très fin.

Une figure de femme nue, du même cabinet, portant un vase devant elle, nous semble appartenir à l'art allemand du xvf siècle, tandis que l'art flamand peut revendiquer un groupe en ronde bosse exposé par M. Odiot : Mars et Vénus, qui sont tout absorbés par les attachantes combinaisons du noble jeu de dames, tandis que des Amours lutins cueillent et mangent les raisins d'une treille.

M. Delaherche a exposé une charmante petite tête de femme du xvi' siècle, posée sur luie fraise d'argent, à l'extrémité d'une épingle d'ivoire qui nous fait songer aux petites figures de femmes du xiv° siècle qui amortissent les « gravouères » (épingles à séparer les cheveux) de la curieuse collection de M. Victor Gay.

L'art espagnol du xvn* est représenté par une tête à'Ecce Homo, de grandes proportions et d'un sentiment très douloureux, à M. Gaston Le Breton.

Nous terminerons enfin par une œuvre remarquable de la fin du xvii" siècle : le buste d'un personnage en perruque in-folio, d'un type très personnel et d'une exécution très souple, qui porte la signature de son auteur : c. lacroix fecit. Notre collaborateur Paul Mantz nous apprend dans la Galette des Beaux-Arts (t. XIX, p. 843), à propos de l'Exposition rétrospective de i865, où le buste de M. Fau avait figuré, que ce C. Lacroix était Bourguignon et fabriquait surtout des crucifix à Gênes, où il était établi.

LE MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE

AU TROCADÉRO

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