HOC EST BRACHIV BEATI BENEDICTI ABATIS RIPOLAE
-\- HOC OP. F C M. FVIT F BICE ABBIS DI RIPOL
ANNO DNI MCCCCLVIIII
qu"il est facile de rétablir, surtout à l'aide des abréviations que les caractères d'imprimerie ne peuvent reproduire. Elle signifie que cet ouvrage, qui contient le bras du bienheureux Benoît, abbé de Ripol, fut exécuté, en 1459, pour Bice, abbé du même monastère, situé en Catalogne.
Un calice de M. Odiot, bien que nous le croyions des commencements du xvi' siècle, affecte déjà vm genre de décoration qui a duré longtemps, jusqu'au x\if. Ce sont les rayons alternativement droits et sinueux qui couvrent le fond de sa coupe et son pied. Son nœud à huit pans séparés par des contreforts naissant de l'enceinte d'un clayonnage, est original et appartient franchement au style gothique. Sa patène est gravée de scènes de la Passion vues à mi-corps et qui présentent la plus grande analogie de style avec les bois des livres d'heures de Vérard et autres typographes contemporains.
Deux paix, l'une allemande et l'autre italienne, de la collection Ad. de Rothschild, appartiennent franchement à la nouvelle architecture. Sur la première, Jésus déliant Pilate est représenté en personnages en relief, entièrement recouverts d'émail opaque, sous une arcade ouverte dans une ordonnance corinthienne. Le costume des soldats qui conduisent le Christ est celui des reîtres allemands.
La seconde est garnie de cristal de roche revêtu postérieurement de peinture et d'or gravé vus en transparence et représentant la Madeleine couchée et repentante que console un ange avec ces paroles : tvvs locvs E (st) pacis.
Les deux figures, exécutées par quelque Vénitien de la fin du x\' siècle, sont d'un dessin superbe et drapées avec un grand goût'. La
I. Les experts appellent èglomisé le verre ou le crist.il ainsi décoré, sans que nous ayons jamais pu trouver l'origine de ce mot, mis en circulation par Carraud père, dit-on. Nous savons seulement
monture est d'argent décoré d'émaux translucides représentant des ornements.
Un ciboire à section carrée d'une composition assez mauvaise, car
CALICE EN VERMEIL (fiN DU Xv' SIÈCLE)
(Collection de M. OJiol.)
il semble formé de deux vases superposés, à cause du dôme sur lequel s'appuie sa tige avant que d'arriver au pied, est cependant une œuvre ita-
qu'il y avait au xviir siècle un expert nommé Glomy, qui montait les dessins sur papier verdàtre encadrés d'un filet d'or. Cette monture porta-t-elle son nom? C'est aux fureteurs dans les vieux catalogues de répondre à la question.
lienne importante, surtout composée de nielles montées en argent doré.
Nous avons également à signaler dans la vitrine de M. le baron Gustave de Rothschild trois gobelets à pied, dont un, qui représente Mutins Scœvola, nous semble d'origine italienne, tandis que les autres sont allemands, ainsi qu'un groupe en argent et en vermeil de saint Georges terrassant le dragon, auquel fait pendant un saint Michel revêtu d'une armure complète, en ivoire, qui, drapé d'un manteau d'argent volant au vent, frappe d'une épée de métal un dragon en argent repoussé.
Citons, avant que d'abandonner l'art allemand : un gobelet à pied et à couvercle tout bossue de godrons courbes s'enchevétrant les uns dans les autres, qui est bien particulier à l'art d'au delà du Rhin, exposé par M""' Ramadié, et, avec une coupe pédiculée représentant le sacrifice d'Abel et de Gain, appartenant à M. Stein, un gobelet de vermeil qui a été fabriqué en iSôg avec la monture de la dague d'un chevalier français tué à la bataille de Marignan, à ce qu'indique une longue inscription allemande gravée sur la pièce.
Une belle crosse de vermeil aux armes des Gusman et des Lopez de la collection Basilewsky nous mène à l'orfèvrerie espagnole du xvi' siècle, qui occupe une place importante au Trocadéro.
Pour ne point sortir immédiatement de l'orfèvrerie religieuse, nous citerons tout d'abord un ciboire-ostensoir du cabinet de M. Odiot, qui peut servir de type pour la façon dont les orfèvres d'au delà des Pyrénées ont traité le métal. La coupe pose dans une fausse coupe très renfîée sous le culot, et son couvercle est amorti par un disque vertical à jour destiné à recevoir l'hostie. La tige à balustre pose sur un pied à moulures accentuées, décoré de mascarons et de grotesques qui n'ont rien de religieux. Ces reliefs sont excessifs, détachés du fond, et ce mode d'accentuer les reliefs sans transition avec le fond, au contraire de ce qui se faisait dans l'orfèvrerie française ou allemande contemporaine, est un caractère que nous retrouvons dans les pièces dont il nous reste à nous occuper.
C'est, dans la collection Seillière, un plateau dont l'ombilic sert d'appui à six colonnes qui séparent le fond en autant de compartiments chargés, ainsi que l'ombilic, de guerriers combattant, d'un dessin très accentué et d'un grand relief.
Ce sont encore, dans la vitrine de M. Stein, deux autres plateaux, dont l'un est décoré d'une frise composée de griffons dont la queue s'en-
roule en rinceaux feuillages, affrontés deux à deux à un candélabre et séparés par un homme ou par un enfant ; dont l'autre porte un écu d'armoiries sur l'ombilic entouré, sur le fond, d'une frise d'hommes nus
AIGUIERE COMPOSEE SUR UN DESSIN D-tNEAS VICUS
(Collection de M. Stein. )
luttant au milieu de feuillages. 11 porte sur le bord la représentation des sept arts de rhétorique.
Un troisième, qui est portugais par les armes qu'il porte, est décoré d'une frise représentant le sujet ordinaire du triomphe de la Religion. La date de i56o est gravée sur l'arbre du paradis.
M. le baron Gustave de Rothschild possède un grand plateau de vermeil qui, bien que se rattachant par le haut-relief de son décor aux
pièces précédentes, nous montre dans sa composition les motifs auxquels nous sommes accoutumé. L'Enlèvement d'Europe est représenté sur l'ombilic entouré d'un gros tore de fruits combiné avec un cuir découpé. Sur le fond, Neptune et Amphitrite, accompagnés d'une ronde de tritons et de néréides, assistent à l'aventure, tandis que, sur le bord, Vénus et Diane, Junon et Minerve, sont couchées au milieu de cartouches reliés par des guirlandes de fleurs où se balancent des Amours. Nous retrouvons dans cette belle pièce une influence des petits maîtres de la seconde moitié du xvi" siècle, sans savoir s'il faut en faire honneur aux ateliers d'Augsbourg ou à ceux de quelque ville d'Espagne renommée par ses orfèvres.
Un grand plateau pédicule, à M. Baur, clôt la série de ce genre de pièces. Le buste de César occupe l'ombilic, tandis que sur le fond, séparé en quatre secteurs par des colonnes rayonnantes, une ville, une bataille, un sacrifice et des jeux du cirque sont représentés avec une recherche des différents plans qui est ordinaire dans la figuration des grandes scènes et où se sont plu les artistes de la Renaissance, qu'ils aient eu à tailler le marbre ou le bois, à modeler le bronze ou l'argent.
M. Stein possède une aiguière d'après la composition gravée d'^Eneas Vicus, qu'il est intéressant de comparer à l'estampe, afin de voir avec quelle liberté en usaient, soit les graveurs pour représenter ce qu'ils voyaient, soit les artisans pour reproduire les modèles qui leur étaient donnés. Tout dilïère : proportions, profils et emmanchements. L'idée générale seule subsiste. Nous devons dire à l'honneur de l'orfèvre que son œuvre est supérieure par l'élégance à celle du graveur.
Citons encore trois pièces des plus remarquables par la finesse de leur exécution dans la vitrine de M. le baron Adolphe de Rothschild; ce sont deux fourchettes-cuillères et un couteau en vermeil, de la fin du XVI' siècle. Les deux dents des fourchettes s'ajustent dans des tenons derrière les spatules afin de se transformer en cuillères.
On sait que l'usage des fourchettes ne date guère, chez nous, que du règne des 'Valois, et l'on s'explique difficilement que cet ustensile, qui nous semble aujourd'hui indispensable, ait exigé un si long temps pour devenir usuel, car on le connaissait dès le xu" siècle où il est cité dans les inventaires, mais pour des usages spéciaux. Il était représenté dès le xn' dans une miniature du manuscrit d'Herrade de Landsberg, aujourd'hui détruit.
Terminons enfin par le grand reliquaire du Séminaire de Soissons,
25o L'ART ANCIEN A L'EXPOSITION.
en cuivre, de travail français du xvi' siècle, et donnant une vue de la ville à cette époque. Nous le reproduisons.