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LES BIJOUX

Tant de causes ont contribué à la destruction des bijoux, que nous devons nous estimer heureux d'en trouver encore un si grand nombre dans les galeries du Trocadéro, bien que ces œuvres, destinées à Tornement de la personne, y soient relativement rares.

Le plus ancien est exposé par M. Stein. C'est un émail cloisonné circulaire représentant la Vierge , entouré de cabochons carrés et en amande alternés, montés sur de hautes battes coniques bordées de filigranes tordus, le tout en or et de travail byzantin.

l.e fcrmail ou termillet est pour le moyen âge le bijou le plus usité, comme la fibule chez les anciens. Il sert à fermer la robe des femmes sur la poitrine, et à retenir leur manteau ainsi que celui des hommes. M. le baron Minot en a réuni huit de forme circulaire, dont cinq sont garnis de pierres montées sur de hautes battes. Une grosse alterne généralement avec une petite, et quelquefois en dépasse le niveau de façon à introduire quelque variété dans un arrangement assez uniforme. Des feuillages rapportés qui montent jusqu'au niveau des pierres de deux d'entre elles viennent ajouter un élément de diversité et d'ornement de plus, et permettent par leur nature de les dater du xm' siècle.

Les fermillets occupent une place importante dans l'exposition de M. Victor Gay. Il y en a d'or, d'argent, de bronze et même d'étain; de circulaires, de losanges à côtes curvilignes, de polylobés, de garnis de pierres à la haute sertissure, de perles rivées sur une tige qui les traverse, de feuillages rapportés, de filigranes, ou gravés d'inscriptions; de grands, de moyens et de minuscules.

11 serait intéressant de relever les inscriptions qui sont gravées sur plusieurs d'entre eux, comme sur deux de ceux de M. le baron Minot, devises d'amour le plus souvent, qui nous révéleraient quelque côté particulier de l'esprit du moyen âge. M. Victor Gay a eu la bonne pensée de joindre aux pièces les plus intéressantes de son exposition des numéros correspondant à des pancartes qui en donnent l'origine probable et

EXPOSITION UNIVERSEIXE DE 1878

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Gazette des Beaux- Arts

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LES BIJOUX AU TROCADÉRO. 25i

la date. A ce propos, nous croyons que M. Victor Gay a quelque peu rajeuni les fermaux à inscriptions dont les lettres nous semblent appartenir à la fin du xni' siècle ou au xiv".

M"'' G. Fillon a aussi exposé quelques fermillets du xni" siècle, dont un, qui est carré, est élargi aux angles pour porter une pierrecabochon.

La mode ayant quelque peu changé au xiv' siècle dans la façon des robes qui dégagent plus le col que précédemment, et la cotte hardie ayant remplacé le manteau, les fermaux disparaissent peu à peu, étant devenus inutiles; aussi n'en trouvons-nous plus guère.

Si les anneaux du moyen âge sont rares, en dehors de la belle collection de M. B. Fillon, qui est mérovingienne, et de ceux que M"*" G. Fillon a réunis, M. le baron Minot cependant en possède une douzaine. Tous sont très simples, ayant pour chaton une pierre montée à griffes sur une batte qui en épouse le contour. Aujourd'hui que Fart du lapidaire est poussé si loin, on taillerait la pierre afin de lui imposer une forme régulière. L'une de celles de Al"" G. Fillon sert en même temps de cachet. Son chaton carré est gravé de l'agneau pascal, avec cette légende singulière en lettres du xni" siècle : sigillvm mercvrii.

Nous reproduisons la belle bague d'or de la collection Basilewsky. Un édicule pyramidal percé d'ajours dans le style du xin" siècle s'élève sur le chaton mordvi par deux dragons ailés dont le corps forme l'anneau. Si l'on compare cet édicule aux anneaux de mariage que M. Strauss a réunis dans sa curieuse collection de monuments du culte juif, anneaux qui portent une petite maison, on est porté à attribuer la même origine à ce charmant bijou.

Le moyen âge n'a phts à nous montrer qu'une belle ceinture du xv siècle, ornée de bossages rectangulaires très élevés, garnis de filigranes, formés de fils ronds tordus qui encadrent un émail, alternant avec de gros boutons du même filigrane. Dans l'émail sont réservées les lettres de ÏAi'c. Aux boutons est suspendue une lettre découpée dans une feuille de vermeil, que nous croyons être un G.

A côté de ce rare spécimen, M. 'Victor Gay a exposé deux chefsd'œuvre de ceinturonniers flamands qui, étant datées de 1667 et 1694, montrent combien les traditions gothiques étaient restées vivaces dans les corporations. La boucle et le ferret fixés aux deux bouts d'une courte lanière, que les ornements dont ils sont surchargés et les ajours profonds dont ils sont percés rendraient d'un usage difficile, ne sont en

effet que les spécimens du savoir-faire de ceux qui aspiraient à la maîtrise.

La preuve nous en a été fournie par le musée allemand de Nuremberg, qui en possède un certain nombre provenant des archives d'une corporation.

Nous classerons parmi les bijoux un Agniis Dei du xiv" siècle, appartenant à M. Stem. Ces petites boîtes, destinées à conserver une rondelle de la cire du cierge pascal qui avait reçu dans un moule une image de l'Agneau, sont fréquemment citées dans les inventaires, mais sont rares à rencontrer dans les collections. Nous en avons dessiné une jadis dans le cabinet de M. Dugay, qui était en cuivre doré, percé à jour et du xnr siècle. Celle de M. Stein est la seconde que nous rencontrons. Elle est circulaire, ornée d'une rosace à six lobes aigus, portant au centre le buste de la Vierge en émail translucide sur relief. Sur le bord, une inscription en lettres gothiques carrées invoque l'Agneau de Dieu. La face du Christ est repoussée sur le revers. Nous la croyons italienne.

Une enseigne de chapeau, ou un fermillct de la collection de M. le baron Adolphe de Rothschild, clôt le moyen âge par un bijou des plus précieux. Une monture circulaire formée d'un entrelacs de marguerites et de roses émaillées où posent des oiseaux enveloppent une Annonciation en émail translucide sur or. Sur trois banderoles jetées au milieu des entrelacs on lit la devise : ioie sans fin, en lettres du xv" siècle.

Un bijou plus modeste exposé par M"" Gabrielle Fillon, un petit cœur entouré de l'inscription philosophique en lettres du xv^ siècle : Vbi amor, ibi freqiiens cogita (tio), et portant en pointe le monogramme L R, nous permet de passer à la Renaissance et à une nouvelle espèce de bijoux. Nous le publions en cul-de-lampe à la fin de ce chapitre.

Les pent-à-col , comme on disait au moyen âge, — les pendeloques, comme nous les appelons aujourd'hui, — forment la partie la plus importante de la bijouterie du xvr siècle dont il nous reste à nous occuper, et renferment des œuvres splendides.

Le plus beau, à notre gré, parce qu'il nous offre une composition bien balancée, d'un beau dessin et d'une exécution parfaite, et non une œuvre bizarre destinée à utiliser quelque perle baroque, est celui que MM. R. et F. Seillière ont exposé. Il est formé d'un cartouche aux enroulements symétriques, sur lequel s'appuient deux chasseresses de chaque côté d'une tête de cerf. Leurs chiens s'ajustent au-dessous d'elles, avec un masque d'où pend une perle et qui forme amortissement. Au

centre une grosse topaze est montée dans une batte en pyramide partiellement émaillée. Si Ton compare ce bijou aux gravures de René Boivin, on ne pourra en refuser à des mains françaises la compositionainsi, que l'exécution.

rENDELOQ^UE EN TERLE ET OR ÉMAILLE {xVI*^ SIÈCLE).

(Collection de M. le baron Ch. Davillkr.)

Le bijou qui a fait le plus de bruit dans le monde des curieux n'est pas celui-là, mais une sirène en or émaillé dont le corps est formé d'une grosse perle baroque exposée par M. Robert Philips, de Londres. Le monstre décevant peigne sa chevelure pour se rendre plus beau et ajouter le charme de la toilette à celui de son visage et de ses chants.

Falit aspectits cantitsqiie Syrena', lit-on gravé sur sa queue, avec la date de i555.

Un triton barbu qui pourrait faire pendant à cette sirène et un dragon d'or émaillé et d'une fort belle tournure, que nous gravons, donnent dans la collection de M. le baron Ch. Davillier deux autres exemples remarquables de l'emploi à la Renaissance des perles qu'on ne pouvait employer dans la joaillerie ordinaire, mais qu'on utilisait en les faisant entrer tant bien que mal dans les formes d'un être, homme, monstre ou oiseau, que Ton complétait par de l'orfèvrerie émaillée. Cela était devenu même une mode à laquelle se sont surtout livrés les orfèvres allemands, qui semblent avoir aimé à jouer avec les difficultés, afin de montrer leur habileté ainsi que l'ingéniosité de leurs combinaisons.

La seconde moitié du xv*" siècle a vu fabriquer la plupart de ces petites œuvres un peu maigres dans leurs éléments, composées de lanières découpées formant des cartouches, souvent disposées par plans superposés, servant de fond à quelques petites figures, et suspendus à une agrafe au moyen de deux chaînes, le tout émaillé, orné de perles et de pierres taillées, surtout à la fin du siècle.

Telles sont les pendeloques de la Charité et de la Vierge, adorée par deux anges, exposées par M. A. Dutuit. Telles sont aussi celles de M. Vciïsse : l'une ayant pour sujet central un centaure et une femme portant une corbeille, au-dessus desquels voltige un Amour, suspendus à une agrafe formée de deux dragons ; l'autre un Orphée monté sur un éléphant, porté sur un culot garni de diamants montés sur des battes pyramidales de dimensions colossales, afin de donner de l'ampleur à la pierre.

M. le baron Ch. Davillier possède enfin plusieurs spécimens de pendeloques en forme, l'une d'un vase à deux anses, l'autre d'un vaisseau, la dernière d'une sirène, émaillées de rose, de fabrication probablement allemande et du xvn" siècle. Tels sont aussi d'autres bijoux du même genre, que caractérisent un centaure, Jupiter et un pélican, du cabinet de M. A. Dutuit.

Notons encore dans la collection Davillier une croix et deux médaillons en forme de cartouches, dont l'un représente la Crucifixion exprimée en or gravé et en peinture derrière le cristal de roche qui la garnit, et deux chatons de grosses pierres qui méritent qu'on s'y arrête. Ces chatons sont émaillés en partie, laissant de grandes échancrures de métal sous la pierre de façon à figurer des griffes qui la saisiraient, bien

qu'elle soit maintenue par le bord continu du métal. L'émail est blanc et noir et, sur le plus gros des chatons, dessine un H orné, en blanc sur noir. Ces couleurs et cette lettre ne permettraient-elles pas de les attribuer à Henri II?

Parmi une foule d'orfèvreries du wif siècle que montre la saHe réservée à la famille Czartorisky, nous noterons une pendeloque formée d'un cartouche sur lequel se détache un A en diamants, accosté de deux petits génies, et enserrant un masque entre ses jambages, œuvre charmante du XVI' siècle. M. J. Jacquemart l'a gravée avec deux colliers et un médaillon circulaire, dont des cartouches en lanières émaillées forment les éléments ou la décoration. Il a gravé aussi une plaque de ceinture hongroise, amas de perles, de rubis et d'émeraudes, dont l'habile aquafortiste a su rendre les feux vifs et les doux chatoiements. Nous donnons ici ces deux eaux-fortes.

A côté nous ferons remarquer les arçons d'une selle, hongroise probablement, composés de plaques d'or que recouvre un réseau de tîligranes d'argent, dont plusieurs alvéoles sont remplis d'émail vert, et qu'interrompent des applications de perles et de plaques de grenat, parce que les émaux du même pays et ceux de la Russie, au xvn' siècle, ont cherché à imiter ce genre de travail.

Les anneaux de doigt sont peu nombreux.

Une bague, dont le chaton en pyramide quadrangulaire se termine par une pointe de diamant et est garnie d'une autre pointe de diamant sur chaque face, est, dans la même collection, un des plus charmants spécimens de ce genre de bijoux, dont nous ne trouvons plus qu'un autre dans la collection Adolphe de Rothschild. Cet anneau d'or est plutôt d'ailleurs un chef-d'œuvre d'ouvrier qu'un bijou d'usage, car sa surface, partout d'égale largeur, est couverte de petites figures en relief représentant la Création, la première faute et sa première expiation. Quant aux colliers, qu'on appelait carquans, ils sont si rares qu'avec ceux de la collection Czartorisky nous n'en trouvons qu'un dans la vitrine de M. Stein. 11 est composé de deux éléments diflerents : un grand en forme de cartouche auquel ses enroulements donnent la forme d'un co , qui porte une émeraude au centre; un petit qui est un cartouche carré à jour orné d'un diamant.

Nous en rapprochons le collier de cérémonie d'un chef de compagnie d'arquebusiers, comme 'Van der Helst et Franz Hais nous en ont montré dans toute la pompe de leurs assemblées ou de leurs repas. Le

motif des feuilles de figuier sauvage, enroulées et rapportées sur les grandes plaques qui le composent, est encore gothique, mais les figures d'arquebusiers qui y sont mêlées, les écus portant le briquet de Bourgogne sur deux arquebuses en sautoir qui l'interrompent, nous prouvent qu'il s'agit d'une œuvre de l'extrême fin du xvr siècle, sinon du xv^^ Le fermoir de cette pièce est composé de l'écu de Bourgogne ayant deux lions pour supports.

LES EMAUX CHAMPLEVES.

Les émaux champlevés sont une imitation économique des émaux cloisonnés d'or que fabriquaient les Byzantins, émaux dont la reliure appartenant à M. le comte de Ganay, la Vierge du fermillet de M. Stein et un petit médaillon exposé par M. Victor Gay, nous donnent des spécimens.

Notons à ce propos que M. J. Gréau possède deux exemplaires très rares d'émaux byzantins en argent. Ils représentent saint Jean et la Vierge, celle-ci tête nue par une exception singulière aux habitudes de l'iconographie, qui la montre toujours voilée.

La grande plaque de saint Théodoros, qui de la collection Pourtalès est passée dans la collection Basilewsky, bien que de travail grec, est une œuvre de transition.

Les larges divisions de cette composition barbare ont été obtenues par le martelage d'une plaque mince de cuivre rouge, dans laquelle on les a réservées, tandis que tout le champ intermédiaire a été abaissé. De petites bandes de cuivre ont été ensuite rapportées dans chacune des cloisons ainsi obtenues afin de les subdiviser suivant les nécessités du dessin. Puis le tout a été rempli d'émail, poli, et enfin le métal a été doré.

Le buste du prophète Osée, du musée d'antiquités de Rouen, et une Sainte en pied dans une plaque ogivale, du cabinet de M. Victor Gay, ont été obtenus par la même méthode, sauf que les figures ont été entièrement creusées dans le métal ; leurs divisions intérieures sont seules rapportées.

Mais le cuivre se prête moins facilement que l'or à suivre exactement tous les contours et à e.xprimer toutes les finesses. Et puis, en

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admettant qu'il puisse se plier à tous les caprices, la main-d'œuvre serait encore considérable. Aussi trouva-t-on plus pratique de prendre une feuille de cuivre assez épaisse, d'y dessiner les principaux traits du motif que Ton voulait reproduire en émail, d'enlever à l'échoppe tout ce qui ne devait pas être vu, et de remplir d'émail les alvéoles ainsi obtenus. On avait pour bases un dessin bien plus précis.

C'est ainsi qu'a été fabriquée une plaque circulaire de la vitrine où

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