‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 76 sur 161 · P L A Q U E DE COFFRET EN EMAIL CHAMPLEVÉ (XII^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

P L A Q U E DE COFFRET EN EMAIL CHAMPLEVÉ (XII^ SIÈCLE

(Collection de M. Victor Gay.)

M. Victor Gay a classé avec méthode les spécimens des diverses phases de l'histoire de l'émaillerie. Sur cette plaque un dragon a été émaillé de vert, de bleu et de blanc sur un fond réservé. D'après les indications qui l'accompagnent, nous croyons qu'elle provient de l'abbaye de Conques, où elle décorait, avec plusieurs autres, un coffret de cuir dans le genre de celui que M. Stein a exposé et que ferme une si belle serrure en cuivre émaillé. Or le coffre avec ses plaques est venu à Paris et a pu à l'aide des inscriptions en vers léonins gravées sur deux d'entre elles, dont le sujet est identique, nous permettre de les dater toutes.

L'une : + scrinia concharvm monstrant opvs vndiqve clarvm, nous prouve que la pièce avait été faite pour et peut-être dans l'abbaye de Conques. L'autre : hoc ornamentvm bone six facii monimentvm, indique qu'elle avait été commandée par l'abbé Boniface, dont le nom a été coupé en deux par une fantaisie étrange, mais qui n'est pas sans exemple dans la poésie latine du moyen âge. Or nous voyons dans un travail sur le cartulaire de cette abbaye, publié par M. G. Desjardins, dans la Bibliothèque de l'École des chartes (année 1872, p. 281), que Boniface gouverna l'abbaye de Conques de 1 1 10 à i iSy.

C'est donc au commencement du xn' siècle qu'il faut reporter, du moins pour une abbaye du Rouergue, où l'orfèvrerie était en grand honneur, la transformation des procédés du cloisonné grec en champlevé occidental.

Ce procédé, suffisant pour des ornements d'ailleurs d'une exécution assez rude, était impuissant encore à donner quelque expression aux visages ; aussi ne le conserva-t-on d'abord à Limoges — le grand centre industriel de l'émaillerie au moyen âge — que pour exprimer les costumes des personnages. — Les visages et les carnations furent réservés et gravés. Généralement de l'émail noir remplit cette gravure vigoureusement traitée.

Ce procédé a été employé pour fabriquer la châsse de sainte "Valère, la patronne de Limoges avec saint Martial, que possède M. Basilew^sky et que nous reproduisons. Les costumes des personnages s'enlèvent en émail sur le fond vermiculé du métal, ainsi que sur une autre châsse exposée par M. Odiot et sur celle qui appartient à l'église de Nantouillet.

Trouvant sans doute que les têtes . simplement gravées se distinguaient difficilement du fond, les Limousins leur ont substitué des têtes en relief de cuivre fondu et ciselé, comme sur une autre châsse de la même collection où le Christ est représenté avec les apôtres.

Enfin on trouva plus simple et d'une pratique plus satisfaisante de réserver toutes les figures et de les graver de façon à ne plus avoir qu'à faire saillir dans les fonds quelques ornements destinés à retenir l'émail et à jeter sur ses colorations sombres quelques notes joyeuses de métal doré. On en arriva à remplacer ces gravures tantôt par des figures d'un faible relief, simplement fondues, puis ciselées, comme sur les plaques de reliure représentant généralement la Crucifixion ou le Christ glorieux qui sont nombreuses dans l'Exposition, tantôt par des figures en cuivre repoussé de haut relief comme les quatre apôtres de la collection Basi-

Icwsky posés sur des plaques émaillées arrondies par le haut, qui proviennent des flancs d'une grande châsse.

On en arriva aussi à émailler les figures en relief qu'on fixe sur des plaques elles-mêmes émaillées, comme sur une châsse de la collection Basilewsky. Mais nous connaissons peu d'œuvres en ce genre aussi soignées que le petit crucifix habillé d'une robe bleue de la même collection.

Ces divisions que nous venons d'indiquer avec exemples à l'appui

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