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HORLOGES ET MONTRES

Nous n'avons aucune prétention à faire l'histoire de l'horlogerie et nous ne saurions indiquer à quelle époque et chez quelle nation tel ou tel perfectionnement fut apporté ou telle modification introduite.

Les horloges à poids existaient au moyen âge, et celles à spirale dès le temps de Charles VIL Entre celles-ci et les montres il n'y eut de différence que les dimensions et la disposition relative des organes, si bien qu'on connut ces dernières dès le temps de Louis XL

Les horlogers de Paris étaient assez nombreux au commencement du xvi= siècle pour que François I" leur ait donné des statuts analogues à ceux des autres corporations.

Voilà tout ce que nous savons, et M. P. Dubois qui nous l'apprend dans son catalogue illustré de la Collection archéologique du prince P. Soltykoff, nous dit même que les montres que l'on est dans l'habitude d'appeler des œufs de Nuremberg, sont surtout dues à des ouvriers français qui étaient les plus habiles au xvf siècle.

Quoi qu'il en soit, les horloges qui figurent à l'Exposition et qui appartiennent pour la plupart à M. Spitzer, nous semblent d'origine allemande. De plus elles ont été fabriquées, pour la grande majorité, sinon pour la totalité, dans la seconde moitié du xvi^ siècle, sauf une qui est en fer et qui relève de l'art gothique du xv'' siècle.

C'est de leur forme et de leur décor que nous avons à nous occuper. Ces formes peuvent se ranger dans plusieurs types principaux. Les horloges plates, circulaires ou polygonales, dont la «montre», c'est-à-dire le cadran, est placé sur la face horizontale.

Quelquefois cette horloge sert de socle à une figure équestre ou à un animal. Il y en a même une qui porte un enfant assis sur un escargot entre un vase enflammé et une tête de mort, allégorie transparente de la marche lente et silencieuse des heures entre la naissance et le trépas. Si

ce n'est qiie le cadran est toujours horizontal, ces horloges peuvent être considérées comme Torigine de nos pendules à sujets.

Puis les horloges prismatiques ou cylindriques surmontées d'un dôme qui dissimule le timbre de la sonnerie, dôme qui est sphérique sur les horloges cylindriques ou à section carrée, ou en polygone régu-

HORLOGE ALLEMANDE (ijf»-!-).

(Collection de M. Steiii.)

lier, mais qui est à quatre faces et souvent en carène pour celles qui sont à section rectangulaire.

Telle est la belle horloge appartenant à M. Stcin, que nous publions ici, et qui fut fabriquée à Vienne en i564 par Gasparus Bohemius ou Gaspard de Bohême. Un ou plusieurs cadrans sont appliqués sur les faces.

Quelle que soit la forme de ces horloges, leur décoration est presque toujours fondée sur le même principe. Un soubassement couvert de plaques en cuivre repoussé d'ornements et parfois de figures; des pilastres ou des colonnes garnissant les angles, sous une corniche qui

supporte la terrasse ou le dôme. Les faces sont parfois pleines, parfois percées d'arcatures à jour laissant voir une partie du mouvement. Pleines, elles sont couvertes de bas-reliefs ou gravées de sujets et d'ornements. Sur celles à cadrans verticaux, quelquefois des figures rapportées portent des baguettes qui servent d'indices pour ces cadrans qui, en nombre variable, marquent une foule de choses très compliquées. Le dôme du timbre est généralement à jour afin de laisser passer le son.

La collection de M. Spitzer renferme une nombreuse variété d'horloges de ces deux types, en table ou prismatiques, dont les dispositions, les formes et les ornements se diversifient à l'infini.

Le désir de dissimuler l'horloge dans un ensemble l'a même fait transformer en tour carrée sur le dos d'un éléphant, comme dans la collection Spitzer, ou en un château d'arrière sur une nef matée, toutes voiles au vent, portée par des sirènes, comme dans la vitrine de M. Stein.

La grande et magnifique horloge à quatre faces exposée par M. Gavet est la plus haute expression, ce nous semble, des complications dont est susceptible l'édifice destiné à contenir un mouvement d'horlogerie et à donner les indications que ce mouvement devait foiunir. C'est un beffroi à jour et à plusieurs étages servant de couronnement à une haute tour carrée. Un jacquemart à figures mobiles sonne les heures sur un timbre placé sous une lanterne qu'amortit une figure du Temps. Des enfants placés sur les balcons de la tour et du beti'roi jouent de divers instruments. Enfin des cadrans d'argent décorés d'émaux translucides sont placés sur chacune des faces, dont les plaques sont gravées, et qui portent quelques figures indicatrices rapportées en bas-relief.

Il y a enfin les horloges discoïdes, comme la collection Spitzer en possède plusieurs exemplaires. Un atlas ou une figure de femme, que remplace parfois un simple balustre, porte sur sa tête la boîte en forme de disque qui contient le mouvement, et dont les faces sont des cadrans. Une lentille à jour placée au-dessus renferme le timbre.

Enfin le cadran a été parfois transformé en une sphère céleste, et l'horloge, ainsi que M. Spitzer en montre deux exemples, se compose d'un soubassement qui renferme le mouvement, d'une tige creuse, figurant un tronc d'arbre dont les branches portent la sphère, et d'un personnage debout à côté de l'arbre marquant l'heure sur le cadran mobile que fait mouvoir une transmission qu'enveloppe le tronc d'arbre.

Le désir de dissimuler le cadran ne date pas d'aujourd'hui, car un

ingénieux ouvrier la transformé en le diadème d'une couronne posée sur

la tète d'une Vierge.

Un des plus charmants exemples des transformations de forme que

HORLOGE PORTATIVE, EXÉCUTÉE A LVON (xvl'' SIÈCLE).

(Collection de M. Spitzcr.)

peut subir une horloge, nous est encore donné par M. Spitzer. Le mouvement est enfermé dans une boîte à quatre faces circulaires, que traverse une longue tige verticale, portant sur une base, amortie par un chapiteau sur lequel un enfant se tient debout ; d'autres enfants sont assis

entre les cadrans. Le poids du mouvement et de son enveloppe le fait descendre le long de la tige à l'aide d\me crémaillère qui y est latéralement logée, et fait agir les rouages qui marquent les heures sur les cadrans.

Toutes ces horloges, partout recouvertes d'ornements soit en relief, soit gravés, sans qu'aucune surface soit laissée en repos, et dorées en plein, gagneraient certainement à plus de sobriété dans leur ornementation, à l'introduction de repos entre les parties ornées, et à quelque variété dans la couleur ou dans l'aspect des ors.

Les horloges portatives contenues dans le simulacre d'un livre, comme M. Spitzer en possède plusieurs, sont une forme des montres que l'art transforma bientôt en bijoux. La collection Spitzer en possède 34, celle de MM. Seillière 35, qui doivent provenir du prince Soltykofif, M. Gavet 21, et M. J. Olivier une dizaine, qui peuvent amplement représenter toutes les variétés de l'art pour le xvi" siècle.

Les montres affectent souvent la forme d'un bourgeon, soit en or émaillé comme celle de l'horloger Jacques Jolly, qui vivait sous Charles IX, appartenant à MM. Seillière; comme celle en argent de M. J. Olivier, et celle en cristal de roche de M. Spitzer. Mais les formes les plus ordinaires sont celles d'une coquille et d'une croix, mais surtout d'un octogone allongé et d'un ovale. Le cristal de roche entre souvent dans la composition de la boîte, de façon à laisser voir le mouvement et la « montre » qui est parfois d'argent gravé ou émaillé, et présente plusieurs cadrans.

Lorsque la boîte est de métal, elle est généralement gravée de sujets et d'ornements empruntés aux petits maîtres* graveurs du xvi'' siècle, dont beaucoup d'estampes ont été composées spécialement pour les horlogers.

L'horloge que nous publions et qui n'est qu'une montre portée sur la tête d'Atlas, exécutée, dit-on, d'après Théodore de Bry, par Pierre Louteait, à Lyon, est un exemple parmi beaucoup d'autres que la collection Spitzer pourrait fournir assurément à qui, possédant, comme M. Beurdeley ou M. Foule, une ample collection d'estampes du xvi' siècle, se donnerait la peine ou le plaisir de comparer, pièces en main.

Parmi une foule de bijoux charmants que nous offrent les trois collections que nous avons citées, nous devrons placer avant tout la magnifique montre ovale en or ciselé et émaillé que nous publions, qui est signée Dapid Ramsay Scotus me fecit, et qui appartient à M. Spitzer.

La forme actuelle de la montre lenticulaire pendue à un anneau, date de la seconde moitié du x\f siècle, ainsi que le constate celle exposée par M'"' la baronne Nathaniel de Rothschild. Sa grande boîte d'argent est ciselée de grotesques compris dans les enlacements symétriques de lanières formant cartouches dans le genre de ceux qu'Etienne de Laulne a composés. Un cadran d'argent décoré d'émaux translucides sur relief complète cette œuvre d'un grand goût et d'une exécution parfaite.

Cette forme règne exclusivement à partir du xvn" siècle, ainsi que le prouvent quelques spécimens exposés par M. J. Olivier, dont les boîtes sont gravées des enlacements de tiges fleuries que nous retrouvons chez les petits maîtres graveurs du temps de Louis XIL Quant à ce qui complète cette remarquable collection en œuvres du xviv et du xvni'" siècle, où l'émail peint joue un rôle prépondérant, nous n'avons pas à nous en occuper, non plus que de celle de M. Edouard André, si riche en œuvres du xvnf siècle, montres, bijoux de col et tabatières.

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LE MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE

AU TROCADERO

LES faïences italiennes.

Parmi les pièces magnifiques que possèdent les collections exposées au Trocadéro, il n'en est point de plus intéressantes peutêtre pour l'histoire de la céramique italienne, que deux simples pichets appartenant à M. Victor Gay, qui les attribue à la fabrique de Rimini. Un émail blanc rosé, très mince, nous semble les recouvrir tous deux, plus apparent sur celui qui est décoré de simples filets violets formant comme deux galons. Mais l'autre porte presque une date par le monogramme AL, en belles onciales tracées en violet rempli de vert qui se voit sur sa panse. Ces lettres françaises, comme on les appelait en Italie, pourraient être du xiir siècle en France. Admettons qu'elles ne soient que du XIV" siècle, elles font remonter à cette époque l'emploi de l'émail stannifère en Italie. De ces incunables de l'art italien, nous rapprocherons un plat festonné, représentant, dessinés d'une trait bleu épais, un homme et une femme en costume du xiv siècle, debout de chaque côté d'un arbre. Des sangliers et des chiens courent sur le bord. Ce plat.

LES faïences de LA RENAISSANCE AU TROCADÉRO. 289

exposé par M. Victor Gay, est presque identique à celui que possède le Musée de Rouen, et qui offre quelques couleurs en plus. Tous deux semblent indiquer une influence orientale.

Il faut attribuer à une époque un peu postérieure deux plats qui semblent sortis d'un même atelier : l'un de la collection Basilewsky, représentant un buste d'homme de profil, coiffé d'un bonnet, tracé en

lUSTE EN FAÏENCE ITALIENNE.

(Collection de M. B. Fillon.)

bleu ; l'autre, du cabinet de M. Victor Gay, où c'est un femme en béguin qui est figurée. Le bord est peint en violet et décoré de filets blancs par enlevage.

Enfin M. Benjamin Fillon a apporté, avec un buste d'un art très réaliste que nous publions et que nous ne savons trop à quelle fabrique attribuer, un plat représentant un prince assis entre un conseiller (?) et un page qui sont debout, peints en bleu et jaune, dans un champ irré-

gulier réservé au milieu d'un semis d'ornements qui ressemblent à des plumes de paon tracées en violet, en vert et en jaune.

Ces plumes de paon sont assez ordinairement attribuées à l'atelier de Chaffagiolo, dont nous trouvons au Trocadéro d'irrécusables spécimens.

C'est d'abord un grand plat aux armes des Médicis, daté de i5i5, appartenant à M. le baron Alphonse de Rothschild. Des grotesques sur fond bleu peint décorent son large bord. La couleur rouge de l'écu, appliquée de place en place sur les grotesques, est caractéristique de l'atelier d'où a dû sortir, à peu près à la même date, le plat de /a Flagellation, de la collection Basilew^sky, ainsi que l'assiette représentant Mutins Scœvola, et un disque, fond de plat probablement, représentant une marche d'hommes d'armes en costume du xvi" siècle, signé au revers d'un F barré, exposé par M. Antiq.

La coupe représentant Bacchus enchaîné, d'après l'estampe de Robetta, une des perles de la collection Basilewsky, portant au revers le sigle de Chaffagiolo, nous semble de la même main que la coupe de la collection de M. le baron A. de Rothschild, ornée au fond d'un dragon tracé en bleu sur fond jauiie, et sur ses larges bords de grotesques à enfants symétriquement disposés, en blanc avec quelques toviches rouges, sur bleu appliqué au pinceau. Elle est signée au revers -.in Chafaggiiiolo, au-dessus d'un trident. Le grand plat appartenant à M. A. Dutuit, que nous reproduisons, dont le décor est bleu et vert, et blanc sur blanc sur le marly, porte au revers le P de Chaffagiolo. Nous classons comme provenant du même atelier quelques coupes charmantes, comme les deux de la collection Basilewsky, — nous en publions une, — qui portent au fond les armes des Médicis peintes avec le rouge caractéristique et quatre cuppa amatoria exposées, l'une par M. Victor Gay, les deux autres par M. Joseph Fau, la dernière par M. Antiq. Cet amateur possède en outre une autre coupe également à larges bords, décorée au fond d'un buste d'empereur en bleu pâle sur fond noir, et sur le bord de rubans nattés, avec une bordure de fîeurons de style oriental. Cette pièce pourrait bien être de Sienne, ainsi que l'une des coupes de M. Joseph Fau, si nous les comparons à l'assiette datée de Sienne, que M. le baron Davillier possède, et qui nous semble décorée avec un bleu de même qualité. — Deux vases à électuaire décorés de fleurs imbriquées que l'on dit être des camomilles, exposé^ par M. G. Berger, complètent l'apport de Chaffagiolo.

La fabrique de Faenza aurait peut-être pu réclamer quelques-unes

LES faïences de LA RENAISSANCE AU TROCADÉRO. 291

des pièces archaïques que nous avons signalées en commençant ; mais à mesure que Ton étudie de plus près la céramique italienne, on devient plus prudent et Ton a l'attribution moins facile que jadis. Sans vouloir ne réserver à Faenza que les faïences peintes sur bleu léger, sur berettino, comme disaient les Italiens du xvi" siècle, nous signalons tout d'abord celles qui semblent sorties d'un atelier établi dans une certaine Casa-

GRAND PLAT Dr. CHAFFAGIOLO.

(Collection de M. A. Dutuit.)

Pirota, et que marque généralement un cercle croiseté et chargé d'une étoile dans un des secteurs.

La plaque de M. Gavet représentant la Alise au tombeau, datée de i523, est un des plus remarquables spécimens de cet atelier, qui a encore produit une charmante assiette du même cabinet, datée de i52o, et représentant Saint Sébastien, ainsi qu'une coupe où est figuré le Lavement des pieds, portant toutes deux la marque que nous venons d'indiquer, et décorées de grotesques sur les bords.

Nous en rapprocherons une coupe sur laquelle un empereur fait amener devant lui des prisonniers nus, un peu raides de dessin et secs d'exécution, exposée par M. G. Berger. Le grand plat décoré au fond d'un écu entouré de grotesques en bleu lapis sur fond bleu clair, et sur le bord de . grotesques en bleu clair sur bleu lapis, est un magnifique exemple d'un genre exclusivement décoratif que nous offre la collection de M. le baron Alphonse de Rothschild, qui possède en outre une coupe représentant la Décollation de saint Jean sur berettino.

11 nous semble impossible de ne point rapprocher deux coupes, l'une du même cabinet, l'autre de la collection Basilewsky que signale le même camaïeu orangé. La première représente au fond Saint Jérôme. Le bord est décoré de quatre médaillons représentant des jeux d'enfants, en camaïeu orangé sur fond jaune, séparés par des trophées également orangés sur fond quadrillé. La seconde, entièrement orangée, représente des guerriers assis à terre aux pieds des femmes en costume du xvf siècle et est signée G. L dans le sujet et sur le revers. Pièces exécutées avec une délicatesse extrême toutes deux.

Les coupes représentant Adam et Eve, Saint Georges en armure du XV siècle, les nymphes que guette un satyre, de la collection Basilewsky, montrent un peu plus d'archaïsme. Mais, ce qui domine, ce sont les pièces d'ornement comme le magnifique vase à deux anses, en forme de balustre, orné de grotesques sur fond orangé et bleu foncé, de M. Seillière, comme les assiettes de M. Antiq, de M. Joseph Fau, de M. Lange, de M. G. Berger, comme les deux vases à électuaire de M. Maquet, sur plusieurs desquelles on peut remarquer des essais de rouge qui les rapprochent des faïences de Chaffagiolo.

La réunion des pièces d'Urbino est la plus nombreuse et la plus remarquable qu'il nous ait été donné de voir. A partir de la coupe de la collection Basilewsky, qui porte au revers le monogramme de Nicolo, jusqu'au vase en balustre de la collection Seillière où nous lisons la mention qu'il sort de la boutique des Fontana, les chefs-d'œuvre sont importants et très nombreux.

La coupe de Nicolo, qui représente un guerrier romain assis sous une arcade, d'une exécution très serrée dans des colorations très douces, nous semble devoir être rapprochée, d'après la façon dont le paysage est traité, de la coupe représentant la Chute de Phaéton, du cabinet de M. Joseph Fau.

Nous rattachons au même atelier les pièces de la collection Basi-

LES faïences de LA RENAISSANCE AU TROCADERO. 2q3

lewsky, dont les sujets sont Jcsiis chei le Pharisien; Cwtiiis se précipitant dans le gouffre ; Mutins Scœi'ola, que M" Giorgio a décoré de son lustre à reflets métalliques; la vasque trilobée qui représente le dévouement à'Horatius Codés, et la Marche au Calvaire, d'après Raphaël.

Nous lui attribuerons également le petit broc de la collection de M. le baron Alphonse de Rothschild, décoré avec tant de goût d'enfants

COt'PE DE CHAFFACIOLO.

(CoUeclioii de M. Basilewsky. )

et de grotesques, portant les armes de Gonzague et d'Esté et les deux An que nous avons vues sur d'autres pièces peintes par Xanto. Nous le reproduisons plus loin.

Les oeuvres de Xanto sont nombreuses. Il y a d'abord dans la collection Basilewsky : la Mort de Cléopâtre, signée et datée de i53i; le Saint Jérôme, également signé et décoré de lustre métallique en i53i ; les Filets de Vulcain, décorés en i534 par M" Giorgio; la coupe si belle d'après la gravure de Marc-Antoine, qu'on appelle la Femme aux deux éponges, et le plat représentant Laocoon et ses fils qu'enlacent les serpents

en présence de quelques personnages empruntés tant au Parnasse qu'à

l'école d'Athènes.

Dans la collection de M. le baron Alphonse de Rothschild, nous trouverons l'assiette représentant Damoclès, signée et datée de i535.

Dans le cabinet de M. Odiot : la Famille d'Anchise, qui est de la même année; le Roi Candaule, daté de i537 avec le monogramme ordinaire, tous deux rehaussés de couleurs à reflets métalliques. Dans celui de M. Gavet : la coupe de Séleucus, signée F. Xaiito A, da Roi'igo Urbino, i533, et celle à'Astolphe combattant les Harpies^ qui est d'une année antérieure et porte la même signature, toutes deux rehaussées de couleurs à reflets, ainsi que deux autres coupes du même atelier représentant, l'une Phaéton^ l'autre des satyres et des nymphes.

Une coupe représentant Lucrèce , et une assiette à larges bords, représentant un sacrifice et un mariage, exposées par M. G. Berger, doivent sortir du même atelier. Décorées toutes deux de reflets métalliques, la première porte de plus au revers la marque N si connue.

Dans la collection de MM. Seillière, après ungrand plat de l'école de Xanto où est peint V Enlèvetnent d'Hélène, nous noterons deux assiettes qui proviennent de la collection Soltykoff, représentant l'une, Héro se jetant à la mer, et l'autre Pyrrhus sauvé, et qui, malgré l'ombre où elles sont placées, dardent de splendides rayons irisés.

Après Xanto, un maître dont l'exécution est plus fondue, le dessin plus fluide, les airs de tète plus particuliers, qui prépare généralement son modelé par des hachures bleues que le bistre recouvre ensuite, un peintre céramiste, qui pourrait bien être Orazio Fontana, nous semble être l'auteur du grand plat appartenant à M. le baron Ch. Davillier qui représente Saint Paul guérissant un aveugle; et d'un autre plat appartenant à M. G. Berger, représentant probablement la Prise de Troie.

Le grand et magnifique plat de M. le baron Alphonse de Rothschild où est peint le Aïartyre de saint Laurent, daté de i532, nous semble sortir du même atelier, malgré l'inscription gobo tracée sur un fragment d'architecture jetée à terre au premier plan.

L'autre grand plat qui accompagne celui-ci et qui représente le Siège de la Goulette par Charles-Quint, ce dont on ne se douterait guère n'était l'inscription qui en explique le sujet traité à l'antique, porte en outre la mention, m d xxxxi in Urbino nella bottega di Francesco de S. Luano. Il est décoré des armes des Gonzague et des Orange-Chàlons, et se rattache à l'école de Xanto.

LES faïences de LA RENAISSANCE AU TROCADERO. 295

Nous trouvons le monogramme S, qui est nouveau pour nous, sur une assiette de la même collection qui a pour sujet un homme menaçant d'une flèche une femme assise à terre, qu'un Amour cache avec une draperie, sujet assez mal expliqué par une inscription peu compréhensible.

A qui attribuer le beau Portrait de Charles-Quint d'après le tableau de Amberger, de la galerie de Berlin, qui occupe le fond d'une coupe de la collection Basilewsky, si ce n'est à un des peintres qui succèdent à Xanto, héritant de la sûreté et de la science de sa main, mais cares-

COUPE Dt CHAttACloLO AUX ARME5 DE6 MtDICIS.

(Collection de M. Basilewsky.)

sant mieux la forme et la couleur, auxquels on doit le plat du Frappement du Rocher et celui des Malheurs de l'Italie de la même collection?

L'urne de la collection Seillière représentant des divinités marines voguant sur les flots bleus, et signée f.\to in botega de mestro oratio FONTANA IN ORBiNO, uous Servira à authentiquer une foule de produits de la seconde moitié du xvi" siècle, d'un dessin un peu rond, tout de pratique, et de colorations vigoureuses.

Mais à cette époque un autre genre de décor commence à dominer, c'est celui que composent des grotesques légers en couleur sur fond blanc, tandis que ceux qu'on appliquait au commencement du xvr siècle

2q6 L'ART ANCIEN A L'EXPOSITION.

sur les pièces de Faenza ou de ChafFagiolo sont d'abord d'un autre style, et puis s'enlèvent en clair sur un fond coloré.

C'est la famille Patanazzi qui semble avoir surtout pratiqué ce genre qui se combine avec des reliefs, comme les deux plats qui doivent sortir du même moule des collections Basilewsky et Alphonse de Rothschild, comme sur la charmante urne cannelée à trois anses de M. Gavet, comme sur un bassin à trois lobes de la collection Seillière, où l'un des Patanazzi a peint la Lutte des Muses et des Piérides; comme enfin un certain nombre de vases, de candélabres même, des collections Rothschild et Basilewsky.

Les pièces de Castel-Durante nous semblent peu nombreuses au Trocadéro.

La collection Basilewsky nous donne une coupe représentant la Charité de saint Martin, qui est signée in Castel-Durante, 1S2S, et un plat de la Mort de Lucrèce, qui porte l'inscription in terra Durantin..., i54Q. M. Gavet nous montre un grand vase en forme de balustre, décoré de trophées et de grotesques peints de la couleur de rouille particulière à Castel-Durante et signé P. Mastro Simono, i56'2, in Castelo- Durante, et M. Antiq une coupe à larges bords provenant de la collection Castellani, où le combat d'Hercule et de Cerbère a été peint en grisaille gris bleu par un artiste de la décadence.

L'importance de Fatelier de Gubbio est considérablement diminuée depuis que l'on est arrivé, en examinant les choses de près, à reconnaître avec nous qu'on n'y avait souvent fait que décorer des pièces exécutées dans d'autres centres de fabrication. M. Giorgio Andreoli, qui est presque le seul représentant de cet atelier, a peint cependant, et l'on peut lui attribuer avec certitude les pièces assez péniblement tracées et légèrement modelées en bleu, comme l'assiette de la Chute de Phaéton, et comme le plat des Trois Grâces de la collection. Basilewsky. Des pièces analogues, signées avec la même couleur bleue qui a servi à exécuter la pièce, et non avec la couleur jaune en rubis à reflets qui a servi à la décorer, en font foi.

Nous constatons les mêmes caractères dans la coupe de M. Victor Gay représentant Hercule et Anthée, signée en rubis au revers : Mas° Giorgio de Ugubio, i520, et même, avec quelques légères différences, dans une assiette à larges bords représentant un Amour offrant une palme à une femme, du cabinet de M. Gavet. Le trait est péniblement tracé en bleu, mais le modelé est en bistre jaune verdàtre très largement

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appliqué. — Cette pièce, rehaussée de jaune et de rubis métalliques, porte au revers un sigle déjà rencontré plusieurs fois, accompagné de la date i525 et du monogramme de M\ G°.

Nous ne ferons que citer, à cause de la magnificence de leurs reflets

PLAT Di; CHAFFAGIOLO.

(Collection de M. Basilewsky. )

et de raccord qui existe entre eux et la peinture qui est exclusivement décorative, les coupes datées toutes deux de i5i8 de la collection Alphonse de Rothschild, et celles de i520 de la collection Basilewsky, qu'elles aient été peintes à Gubbio ou ailleurs ; enfin une coupe, également à reflets, de la collection Alphonse de Rothschild qui représente VEnfant prodigue et qui, par sa facture, se rapproche de la précédente.

Elle est signée en bleu In Ugitbio, i534. Si elle est de la main de M" Giorgio, c'est la date la plus récente que nous connaissions.

On attribue généralement à l'atelier de Gubbio les coupes décorées d'un buste de femme en costume italien du xvf siècle, largement modelées en bistre léger et transparent, d'une qualité toute particulière. Le cabinet de M. Joseph Fau, les collections Seillière et Basilewsky en possèdent de charmants exemplaires dont celui du cabinet de M. Piot est des plus remarquables, tant par l'élégance exquise et toute raphaélesque du dessin que par le beau cadre ancien en bois sculpté qui lui

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