‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 84 sur 161 · PORTRAIT DE CH A RL ES-Q U 1 N T : COUTE D URBINO · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE CH A RL ES-Q U 1 N T : COUTE D URBINO

(Collection de M. Basilcwsky. )

d'attribuer à Pesaro les pièces archaïques à reflets métalliques. On a douté, en ces derniers temps, de la sûreté des informations de Passeri, et la critique n'a pu jusqu'ici apporter comme preuves à l'appui de ses dires que ces seuls faits relatés par Dennistoun dans son « Histoire des ducs d'Urbin » : 1° que le pape Sixte IV, en 1474, remercie Costanzo Forza, seigneur de Pesaro, d'un présent de vases de terre plus précieux que l'or et l'argent ; 2° que Laurent le Magnifique, en 1482, remercie Robert Malatesta, des seigneurs de Pesaro, d'un présent pareil dont la

3oo UART ANCIEN A L'EXPOSITION.

perfection et la rareté sont nouveautés pour lui : ces pièces portaient les armes du donateur.

Quoi qu'il en soit, on croit reconnaître que la fabrique de Deruta doit revendiquer un certain nombre des plats di pompa, décorés de cou-

C OUPli DE GUBBIO AVEC SON CADUr. ANCIEN.

(Collection de M. Eug. Piot.

leur jaune, à reflets métalliques sur un dessin tracé et modelé en bleu, de style quelque peu archaïque, comme la collection Basilewsky nous en montre quelques exemplaires. Mais à côté il en est d'autres, comme la coupe plate décorée des Femmes au zodiaque, d'après Raphaël ; comme une coupe décorée de grotesques, de la même collection ; comme la coupe de la collection Alphonse de Rothschild, décorée d'une Néréide et d'un Amour portés sur deux dauphins, et l'assiette de la même collée-

LES faïences de LA RENAISSANCE AU TROCADERO. 3oi

tion, représentant au fond un buste de femme demi-nue, deux bustes et des trophées sur les bords, toutes pièces peintes exclusivement en bleu, que signale un même ton chamois du jaune à reflets, et que l'on doit attribuer à Deruta, si on les compare aux pièces authentiques, comme

PLATEAU DAIGUII;RE DE BERNARD TALISSY.

(Collection de M. B. Killoii. )

un plat à ombilic de la collection Basilewsky. Le sujet de ce dernier est bizarre et pourrait figurer dans un musée ethnographique parmi les monuments de Thumanité préhistorique, bien qu'il figure une fable d'Ovide. 11 a été peint par El Frate, à Deruta, en i545. Quatre plats à reliefs produits du même moule, mais différemment décorés, viennent du même atelier.

L'un, dans la collection Basilewsky, porte Samson sur son ombilic.

3o2 L'ART ANCIEN A L'EXPOSITION.

l'autre, dans le cabinet de M. Gavet, une tête casquée, un troisième appartenant à M. le baron A. de Rothschild, un buste de femme. Leurs reliefs sont tous revêtus du même lustre, d'un ton jaune chamois. Mais un quatrième exemplaire de la dernière collection est entièrement peint, sans lustre métallique ; Mutins Scœvola est représenté sur l'ombilic. Les reliefs du fond sont peints de plusieurs couleurs sur fond bleu, et ceux du bord en bleu sur fond orangé. Ce plat remarquable est daté de 1542.

Nous attribuons encore à la famille de Deruta la coupe représentant la Crèche, à reliefs rehaussés de jaune chamois, exposée par M. Ed. André, une autre coupe de la collection Gavet, représentant Diane et Actéon, modelés en gris bleuâtre.

Les autres labriques italiennes sont représentées par de rares spécimens ; celle de Fabriano, par une coupe de la collection Basilewsky, représentant la Madonna délia Scala, datée de 1527; celle de Rimini, par une coupe de la même collection, où est figuré le Cheval de Troie, datée de i535 ; et celle de Venise, par une assiette à larges bords, décorée au fond d'un buste de femme et sur les bords de rinceaux à fruits allongés, en bleu sur bleu pâle, avec rehauts blancs, exposés par M. Antiq.

Les faïences hispano-mauresques, par lesquelles nous aurions dû commencer, sont représentées par d'importants exemplaires.

11 y a d'abord le grand vase exclusivement décoré de couleur d'or, que M. Basilewsky a acquis à la vente Fortuny, qu'accompagnent deux plats à profil rectangulaire, décorés de bleu et or au xni" siècle. M. de Liesville, M. Seillière, M. le baron Ch. Davillier, possèdent des bassins de même époque, dont le décor peu variable est toujours inspiré de l'art mauresque.

Un dernier plat, appartenant à M. le baron A. de Rothschild, présente cet intérêt de porter les armes de France, du Dauphiné, de Bourgogne, et de Bourgogne et Portugal, avec les briquets qui indiquent qu'il a été fait pour un prince bourguignon. Or Philippe le Bon ayant épousé Isabelle de Portugal, en 1429, ce plat ne peut être antérieur à cette date et ne doit pas lui être postérieur.

Enfin M. le baron Ch. Davillier et M. Basilewsky nous montrent quelques plats à godrons, à décor pailleté, qui nous conduisent jusqu'au xvr siècle.

On sait qu'à côté de l'art de terre décorée de peintures sur émail,

LES faïences de LA RENAISSANCE AU TROCADERO. 3o3

un art plus populaire persista dans le nord de l'Italie, celui des faïences décorées par engobe. Jusqu'ici, d'après Picolpasso, on attribuait à Città di Castello ces pièces dites alla Castellana en Italie. D'après un renseignement fourni par M. Castellani, ces pièces auraient été aussi fabriquées à Trévise, ainsi que l'indiquait une inscription gravée sur l'une d'elles.

De Trévise ou de Castello^ nous signalerons en ce genre une aiguière exposée par M. Gavet.

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