‹ L'art ancien à l'Exposition nationale belgeChapitre 2 sur 46 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

O US pensons que les expositions rétrospectives d’art industriel ont un double but : être utile aux artistes et aux collectionneurs. Les chefs-d’œuvre qui y figurent enseignent aux premiers les principes décoratifs sans lesquels il n’est rien de parfait ; les seconds y puisent une expérience qui guide leurs recherches et leur permet de réunir les documents nécessaires à la reconstruction du passé.

Les objets d’art dont l’exposition a inspiré notre travail appartiennent à toutes les époques, depuis les origines du moyen âge presque jusqu’à nos jours; tous les styles y donnent des modèles, toutes les influences étrangères aussi bien que les tendances locales s’y manifestent et offrent à nos contemporains des sujets d’études et des exemples à interpréter, formant dans l’ensemble une histoire illustrée de l’art décoratif des neuf derniers siècles.

Nous y voyons l’Europe vivant en commun sur les productions que lui envoyait l’Orient jusqu’à l’époque des croisades, puis, à dater du XIIe siècle , les caractères locaux s’affirmer dans notre pays comme ailleurs, après s’être enrichis des procédés manuels dont nos producteurs avaient fait l’apprentissage, grâce aux éléments rapportés par les croisés et les marchands de la Venise du nord.

Nous y voyons, à ne considérer que ce pays, la perfection et la

personnalité augmenter en même temps que la richesse publique et l’importance politique des grands centres, des industries toutes locales se créer et grandir sans interruption jusqu’à l’apogée du moyen âge et la constitution de la grande puissance bourguignonne.

Au XVIe siècle, en même temps que la forme politique change, lorsque la Belgique devient le trait d’union entre les deux principaux éléments du vaste empire de Charles-Quint, nos arts industriels bénéficient de la situation et empruntent successivement les caractères de la renaissance Hispano-Italienne et ceux de la renaissance Allemande.

Enfin vient Rubens dont le pompeux génie créateur, trouvant en Espagne et en Italie un art de décadence, mais puissant encore, eut la force de l’implanter comme accompagnement à sa peinture, dans un sol favorable où il se développa si bien que, venu du midi, il y retourna avec les formes nouvelles fixées par Rubens.

Une bonne partie du xvne siècle fut non pas perdue pour l’art, mais surtout employée aux luttes qui amenèrent dans le pays les armées de Louis XIV. Le roi soleil prit chez nous au moins autant qu’il y apporta, et sans nous attarder à une discussion sur ce point, disons qu’une des grandes choses de son règne, Versailles, eut pour modèle les jardins de Belœil.

Ce qui étonne l’historien, c’est qu’un pays aussi petit que le nôtre, convoité si souvent et tombant tour à tour en tant de mains, ait su garder dans ces differentes fortunes, son génie propre et l’ambition de conserver le caractère local à l’ombre du Beffroi, sous la garde d’une bourgeoisie et d’une aristocratie vraiment patriotes.

Nous admirons les productions de cette bourgeoisie fortement constituée, enrichie par le commerce quelle en faisait avec l’Europe, sous Marie-Thérèse et Joseph II. 11 faut dire que la sagesse des gouvernants y fut pour beaucoup. Aussi le nom de Charles de Lorraine est-il resté populaire parce qu’il encouragea le commerce et permit à nos arts de s’étendre en Europe, d’y être appréciés et mis à la mode ; c’est d’alors que datent les oeuvres d’architecture , publiées par de Neufforge et qu’ailleurs on appelle le Louis XVI; que des artistes comme Salembier donnèrent des modèles aux décorateurs, que des orfèvres comme Béghin rivalisèrent avec leurs illustres contemporains de l’étranger.

La fin du XVIIIe siècle fut désastreuse pour l’art ancien.

La guerre qui désola les Llandres, les entraînements de la période

républicaine, détruisirent beaucoup d'objets d’une grande valeur intrinsèque ; beaucoup d'autres tombèrent aux mains des armées, auxquelles la nature semble avoir donné de tous temps notre pays comme champ de manœuvres.

Si quelque chose doit nous étonner, c’est qu'il se soit trouvé un si grand nombre de familles gardant religieusement la plupart des objets que la grande manifestation nationale de l’an dernier a mis au jour. C’est aux vertus mêmes de ces patriciens dont nous avons vu l’influence au cours de l'histoire, qu'il en faut reporter toute la gloire ; c’est à eux que le pays en sera redevable lorsque les artistes contemporains lui livreront le résultat des études qu’ils ont pu faire alors et de celles que leur faciliteront les expositions à venir.

Camille de Roddaz.

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