IL PEUPLES MEXICAINS
On trouve dans les sources anciennes une foule d'indications sur l'antiquité mexicaine qui semblent souvent contradictoires. Ces antinomies se résolvent d'elles mêmes, les faits historiques, archéologiques et linguistiques nous l'apprennent, si on distingue parmi les Mexizains deux groupes principaux : les Nahuas et les Nahuatlacas, déjà mentionnés plus haut, et se référant, selon moi, les premiers à d'anciennes tribus toltèques parlant Nahuat, les seconds à des tribus plus jeunes, du type des Aztèques, parlant Nahuatl.
C'est une loi générale que les groupyes de peuples compacts se transforment, «évoluent», alors qu'au contraire les éléments séparés du groupe principal, minorités obligées de lutter pour la défense de leur individualité contre les étrangers qui les entourent, se maintiennent soigneusement au niveau où ils se trouvaient quemd ils se détachèrent de la grande nation-mère. Cela est vrai tout spécialement pour les langues et les dialectes des peuples dispersés. Aussi les langues et les dialectes, en liaison avec les autres moyens d'investigation scientifique, ont-ils une importance toute particulière pour la solution des problèmes chronologiques, solution sans laquelle aucune histoire de l'art n'est possible.
Le plus ancien Nahuat que je connaisse est un Pipil de Salvador. A certains égards il peut être mis sur le même plan que le Sonora et le Schoschoni, ce qui serait inexplicable si on n'admettait pas que des Toltèques tout à fait anciens ont poussé jusqu'à Salvador.
Parmi les Schoschonis se rangent, en dehors des Schoschonis proprement dits, les Hopis (Moquis) de l' Arizona, les Yutes de l'Utah et du Colorado, les Paintes du Nevada, les Chemehuevis du Rio Colorado et les Comanches du Texas et du Nouveau- Mexique.
Les Sonoras comprennent, en gros, les Pimas, les Opatas, les Cahitas, les Tarahumaras, les Tef>ehuan, les Acaxees, les Coras (Nayarit) et les Huichols, tous établis dans le nord-ouest du Mexique.
Il faut encore intercaler ici les Chichimèques, qui, selon Sahagun, se décomposent en Tamimes («^archers» en vieux Nahuat) et en Téochichimecas («chichimèques des
steppes»), auxquels se rattachant aussi les Cacachichimecas («Chichimèques de la prairie»).
Le nom de Chichimèque est un nom collectif qui s'applique à un certain nombre de tribus des steppes et des montagnes du nord et du nord-ouest du Mexique. Il est difficile de se prononcer sur leur position linguistique. Une partie des Chichimèques relève certainement du groupe des Otomis. D'un autre côté les «Chichimèques des steppes» et «les Chichimèques de la prairie» font penser aux Teules-Chichimecas, qui passèrent entre les Sonoras méridionaux et les Otomis leur existence turbulente. Aux Teules-Chichimecas on peut aussi sans doute joindre les Cazcans, les Cocas et les Tecuexes. Du reste on appelle aussi Chichimèques les anciens Mexicains venus au Mexique par immigration des contrées du nord. C'est pour cela justement que Sahagun appelle les Olmeca-Uixtotins, non pas Chichimèques, mais Nonoualcas, c'est-à-dire «les honunes qui parlent une langue étrangère».
On trouve dans la région de Teul (sources du Rio BolaBos), dans la vallée de Juchipila et dans les vallées latérales du Rio Verde, — le fait est d'une très grande importance — de magnifiques vases en argile avec des incrustations de couleurs. Ces vases révèlent une parenté avec la région de Tepic, avec La Quemada et avec Chalchihuites aussi bien qu'avec les découvertes provenant de la couche moyenne de Téotihuacan.
Aux ruines de Chalchihuites et aux découvertes de Teul, d'Estanzuela (près Tepic) se rattachant, beaucoup plus au nord, la Quemada (l'ancienne Tuitlan) avec ses restes de style tarasque et les Sivano-ki. Ces «meiisons Sivanos» sont, dans la région de Pima, une série de constructions en torchis, qui rappellent absolument les vieilles constructions de Casas Grandes à Chihuahua et dans l'Arizona. Il est vraisemblable que les ancêtres des Pimas avaient non seulement construit Casas Grandes, mais aussi possédé plusieurs meiisons des Pueblos.
Comme, parmi les diverses tribus Pueblos de langues différentes (Keras, Tehuas, Zufiis, etc.), les Hopis (Moquis) de la première Mesa de l'Arizona septentrional sont aujourd'hui les seuls représentants des Schoschonis, on est fondé à placer, avant la période sonorique, dans l'espace et dans le temps, pour la langue et pour 1 archéologie, une période schoschone, plus ancienne. Pour ce qui est de I émigration des Sonoras des pays du nord, le P. Perez de Ri bas en parle dans son Historia de los Triumphos de Nuestra Santa Fé (Madrid 1645, lib. I, cap. 19).
Je range encore Casas Grandes dans la période protoschoschone, qui au point de vue linguistique se termine vers 1000 avant J.-Ch., Sivanoki dans la période protosonorique. Chalchihuites ainsi que Teul, Totoate, La Quemada et Estanzuela (Tepic) dans la période vieux-sonorique; ces deux périodes ensemble vont environ de 1000 à 500 avant J.-Ch. et elles ont des rapports étroits avec la culture prototoltèque des premiers siècles avant l'ère chrétienne. C'est de ce milieu qu'est sortie
la culture prototoltèque, culture qui mène à la culture vieux-toltèque parvenue à son apogée avant l'an 600 de notre ère.
Les étapes de ces diverses cultures sont indiquées par des ruines et par des antiquités caractéristiques, et aussi par la philolo^e, en relation avec les donnés chronologiques fournies en particulier par Sahagun (Hlstoria de los Reynos de Colhuacân y de Mexico) et par Torquemada. Ce n'est pas à dire que toutes les ruines et toutes les trouvailles remontent à la période comprise entre 500 et 1000 avant l'ère chrétienne (cf. le tableau). Ces chiffres ne sont indiqués que pour faciliter la délimitation des époques qui ont créé ces styles, dont les ruines et les découvertes des siècles postérieurs, par suite de la fidélité aux antiques traditions de certains élén»ents arriérés, offrent encore des échantillons.
Nous arrivons maintenant à la période capitale de la préhistoire américaine. La pleine histoire projette toujours des rayons de lumière sur les temps les plus reculés; seule elle est capable d'éclairer les temps qui l'ont précédée, la préhistoire. En Amérique, quand il s'agit de fixer la chronologie et de dater les découvertes importantes pour l'archéologie, nous ne possédons de bases vraiment solides que là où la tradition historique ou les nwnuments eux-mêmes nous fournissent des dates authentiques; jusqu'ici cela n'a été vraiment le cas que pour le Mexique et pour l'Amérique Centrale, beaucoup moins pour l'Amérique du Sud. très peu pour l'Amérique du Nord. Le Mexique, avec sa savante écriture à figures et à hiéroglyphes, avec son système de calendrier remarquablement étudiée; possédait les moyens les plus appropriés pour fixer historiquement son grand passé. Ici aussi, il est vrai, interviennent des éléments mythiques, comme il arrive toujours chez les peuples qui pensent par mythes et qui, conséquemment, traitent l'histoire sans" esprit critique. Des mythes se lient aux événements, aux peuples civilisateurs, aux grands personnages, enveloppant les territoires géographiquement éloignés d'idées étroitement associées à celles des points cardinaux. A l'origine la chronologie et le calendrier ne se séparent jamais des méditations cosmologiques. C'est la raison pour laquelle les points de départ, les zéros de la chronologie se trouvent en connexion Immédiate avec la disposition des âges du monde. Cela revêt une vérité toute particulière pour les Mexicains et pour les Mayas. La grisaille des temps primitifs est condensée en périodes, suivant l'Idée que ces peuples se font du monde, à force de réflexion. Ainsi 1 «Hlstoria de los Reynos de Colhuacân y de Mexico» compte, d'après la tradition, 2028 années pour la période préhistorique, réparties en quatre grandes périodes de 676, 312, 364 et 676 années chacune. Comme, à la date du 22 mai 1558, 2513 ans s'étaient écoulés depuis la fondation du monde, il reste pour la période proprement historique 485 ans (2513 moins 2028): époque aztèque.
Ainsi, dans l'une de ses parties, la tradition recueillie par ce document — dont j ai eu la bonne fortune de retrouver l'original, écrit de la main d'IxtUlxochltl, à Mexico, en 1909 — place en 1073 seulement le début de l'époque historique.
date qui évidemment coïncide avec l'époque de la seconde dissolution des Toltèques (1064 — 1070). Ces 485 années de la période historique n'embrassent qu'une tradition mexicaine, nahuatlaque, assez récente; elles envisagent les grandes périodes, la création du monde, l'iiistoire des Toltèques d'un point de \aie récent, d'un point de vue aztèque. Le point de départ de la supputation entière remonterait à 955 avant notre ère. Ce zéro de la chronologie mexicaine pourrait avoir une valeur d'autant plus grande qu'ici les temps primitifs ont été considérés comme divisés en 39 cycles (13 + 6 -h 7 1-13) de 52 ans chacun (39X52 = 2028). Il est incontestable que la conscience obscure d'un passé très reculé se reflète dans ces calculs, tout comme dzms la date initiale, d'ailleurs différente, de la supputation des Mayas. Les périodes beaucoup plus vastes du Codex du Vatican, qui embrassent, elles, des dizaines de milliers d'années, sont des périodes purement cosmologiques, en rapports peut-être avec la précession (semblables aux «Schlangenzahlen» de Forstemann).
Sahagun a noté que les Mexicains étaient établis dans le pays depuis 2000 ans environ; Torquemada attribue à la ville d'Azcapotzalco, qui a connu une civilisation toltèque attestée par l'archéologie, un passé de 1571 ans: ce sont des indications que l'on n'a pas le droit de dédaigner ni de négliger. Ces vieux auteurs, très sérieux et absolument dignes de foi, n'ont pas indiqué ces chiffres à la légère; ils ne les ont pas inventés de toutes pièces. Il y a lieu de se demander plutôt, quelle interprétation il faut donner à ces chiffres.
L'époque des jugements fantaisistes d'un Brasseur de Bourbourg — qui du reste a consulté des sources impKjrtantes et qui aujourd'hui même ne saurait être laissé de côté — est définitivement close, nous l'espérons du moins. Nous disposons d'une foule d'informations, anciennes et très anciennes, sur le Mexique. Mais il n'est pas du tout facile de débrouiller la confusion apparente des faits, de les mettre en harmonie les uns avec les autres, sans contradiction. La difficulté vient pour une part de ce qu'il y a eu différentes traditions locales et différentes supputations, que certaines écoles religieuses ont coordonnées en plusieurs systèmes; du fait aussi qu'il y a un trou entre la tradition mexicaine-aztèque et l'ancienne tradition toltèque. Il faut bien nous représenter que l'histoire aztèque a été greffée sur l'histoire toltèque et que, de ce fait, celle-ci ou bien a été partiellement rajeunie ou bien s'est f>erdué et noyée dans la supputation des grandes périodes. La fin de la civilisation jeunetoltèque, en 1064 de l'ère chrétienne (d'après r«Historia de los Reynos de Colhuacàn y de Mexico»), conduit, avec un trou de quelques années dans la tradition, à la date de 1073 mentionnée plus haut, date qui marque la fin de la renaissance toltèque et le début de la civilisation aztèque.
C'est une question de savoir dans quelle mesure on peut connaître historiquement 1 époque pré-ciztèque. Pour répondre à cette question, il faut traiter brièvement le problème des Toltèques. Il est acquis aujourd'hui, depuis les découvertes archéologiques de Seler sur les fresques de Palenque, que les Toltèques n'ont rien do mythique.
D'un autre côté il existe une telle quantité de renseignements anciens sérieux sur eux qu'on ne peut se refuser à les regarder comme les créateurs d'une A^ieiUe civilisation mexicaine. Sahagun attribue à la civilisation mexicaine une durée globale de 2000 ans, en chiffres ronds, et place la disparition de ToUan (empire Toltèque) à peu près mille îms avant le temps où il vit lui-même (1571 après J.-Ch.), c'est-à-dire aux environs de l'an 600 après J.-Ch.
L'apogée des Vieux-Toltèques tombe ziinsi quelques siècles avant l'an 600 de notre ère et il faudrait situer, avec Sahagun, le début des Toltèques, les Proto- Toltèques, au moins en 429 avant J.-Ch. Les faits archéologiques et linguistiques confirment cette chronologie.
Les diïJectes mexicains récents, caractérises par le son Tl, constituent la langue aztèque, que nous pouvons saisir à trois moments différents: la langue des anciennes hymnes religieuses transcrites par Sahagun, celle des gloses en aztèque classique rédigées sur ces hymnes au moment de la conquête espagnole (XVI® siècle), enfin l'aztèque populaire d'aujourd'hui. Historiquement il faut distinguer les Proto-Aztèques, les Vieux-Aztèques et les Tenochca- Aztèques. Je groupe sous le nom de Nahuatlacas toutes les tribus parlant le Nahuatl; les Aztèques de Mexico-Tenochtitlan sont l'une de ces tribus parvenues à un haut degré de puissance politic^e. L'immigration des Nahuatlaques semble remonter, en partie au moins, à quelques siècles avant 1168 de notre ère. On raconte ainsi que les Aculhuaques de Tetzcoco sont arrivés au Mexique dans la 47® année du règne de XoloU (836 après J.-Ch.), en même temps que le groupe des Citins (cf. Torquemada). Ces Citins rappellent les Mecitins «lièvres d'agave» ou Mexitins. Ils changent encore une fois leur nom de Mexitins en celui de Mexicas (Cod. Aubin, 1576). Il est évident que les Nahuatlaques sont venus au Mexique en plusieurs vagues. La grande immigration s'effectua aux XI® et XII «^ siècles de notre ère et amena, entre autres, en 1168, les Tlatelolcas, qui à partir de 1337 se séparent des Tenochcas. La dynastie des rois de Mexico- Tenochtitlan, qui commence avec Acamapichtli (1376 après J.-Ch.) a été précédée d'une période de dix chefs de guerre (quauhtlàtoque), dont nous possédons les portraits sur le premier feuillet du Codex Mendoza. La période comprise entre ces chefs de quelques quartiers urbains et Ocamapichtli est remplie, chez André Thevet, par Tenuch (1321—1373 ?).
Le dialecte particuher de Pochutla (Etat d'Oaxaca) que Boas a recueilli, se distingue de l'aztèque par certains changements de voyelles. On semble avoir affaire ici à un dialecte à part, que l'on pourrait peut-être rapporter aux Toltèques constructeurs de Mitla dont parle Torquemada, et qui, selon moi, appartient à l'étage moyen ou récent des Jeimes- Toltèques (après 1064).
De par son style la ruine de Xochicïilco se range dans une période de transition toltèque-aztèque : de même les sculptures de Chalco.
Après la chute, sous les coups des Olmèques, du pacifique empire vieuxtoltèque (vers 600 après J.-Ch.), commence une période de troubles que l'on appelle r«Interrègne» et à laquelle on attribue une durée variable. Selon Torquemada et selon les listes de souverains qu'on trouve dans les autres sources anciennes, l'influence des Toltèques, influence culturelle et certainement aussi influence religieuse, reprend à nouveau de la force après l'an 700 de notre ère, si bien que l'on peut parler d'une sorte de renaissance toltèque. Cette première culture classique des Jeunes-Toltèques a eu son centre à Cholula; or, dans les vieux documents il est question justement d'un ToUan-Cholollan. Dans Torquemada, la liste royale A indique des rois de 615 à 1031 après J.-Ch. (Clavigero 667—1031), la liste B des rois de 726 à 1064 après J.-Ch. (Codex Zumarragna 799 — 1160).
Le centre de Vieux-Tollan se trouvait à Téotihuacan, à ToUantzinco et à Tollan. Les fouilles que j'ai pratiquées en 1909 à Téotihuacan, dans le Téopannacazco, mont révélé l'existence de trois étages superposés de civilisation. Ces étages ont été ensuite confirmés par d'autres chercheurs et constatés dans d'autres endroits aussi. L'étage supérieur comprend des restes de la culture aztèque, l'étage moyen des restes de la culture toltèque, l'étage inférieur des restes de la culture primitive (Otomis). Les restes de la culture toltèque se distinguent par de flnes peintures sur stuc et par un vert-émeraude éclatant. Les figures des fresques des temples de Téotihuacan, auxquelles correspondent les peintures de vases d'Aljojuca, sont d'un style archaïque qui repose sur le style fondamental de la céramique incrustée d'Estanzuela (Tépic), dont on retrouve la technique très loin vers le nord. A l'époque aztèque oe style archaïque deviendra le style épigonal.
Les débris des Vieux-Toltèques ont subi des mélanges, la plupart du temps sans doute avec les Otomis (Chichimeca-Otomi). Comme les porteurs de civihsation venaient du nord, alors que les Chichimèques étaient établis dans la partie nord du plateau mexicain, le nom de Chichimèque devint un titre honorifique pour les Vieux-Toltèques et plus encore pour les Chichimeca-Aculhuaque de Tetzcoco, dont les débuts remontent jusqu'à 323 après J.-Ch., c'est-à-dire à une époque où les influences vieux-toltèques se faisaient sentir sur les tribus Otomis avoisinantes *). Il semble que les Aculhuas Nahuatlaques apparaissent dès l'an 836 de notre ère. Le groupe déjà mentionné des Citins rapp)elle les noms des anciens débris toltèques, par exemple les Ecitins (cf. plus haut: Mecitins).
*) Tout ce qu'il y a de Chochimcque antérieur à l'an 320 de notre ère doit être appelé protochichimèque; les 469 ans indiqués par Torquemada (de 320 à 789 après J.-Ch.) constituent la période vieux-chichimèque, reposant elle-même sur une couche ancienne d'Otomis. Une période moyenne correspond aux années 789 — 989 (Xolotl) et une période récente aux années 989 — 11 39 après J.-Ch. (Nopaltzin-Pochotl) et 11 39 — 1175 (Uotzin-Pochotl). A ce moment la couronne passe à une dynastie plus jeune de Tetzcoco avec Tlaltecatzin-Quinatzin (1175 — 1-58), dont Sahagun place l'avènement en 1246.
Le premier empire jeune-toltèque se termine par le suicide d'Uemac, à Cincalco (1064 — 1070 après J.-Ch.). suivi d'un second effondrement des Toltèques. Le nom de Cholula est aussi prononcé au moment de la dispersion des Toltèques. Le début de la royauté à Tepeyacac et à Cholula est fixé à 1168, mais cela veut dire seulement qu'à partir de ce moment la domination des Olmèques, «toltéquisés» déjà mais étrangers de race, est brisée avec le concours des belliqueux Nahuatlaques. Tepeyacac comptait par exemple 332 ans entre le loyer primitif de Chicomoztoc («pays des sept cavernes») et le début de la royauté (Herrera 2. 10. 21, p. 285). Si de 1168 on déduit 332 ans, on trouve comme date initiale des Aculhuaques de Tetzeoco l'an 836 après J.-Ch., c'est-à-dire la 47**^ année, mentionnée plus haut, du règne de Xolotl.
Le mélange de l'art toltèque et de l'art nahuatlaque apparaît nettement à Xochicalco. Il y a dans cette ville deux autres choses remarquables, l'encadrement calculiforme des hiéroglyphes indiquant les heures du jour et l'emploi du trait (à la place du point) pour le nombre 5, comme dans le Codex Fejérvâry Mayer et dans le Codex Cospi d'une part, comme chez les Mayas d'autre part. Apparemment il s'agit ici d'un style plus ancien, que les Zapotèques eux aussi avaient conservé (Monte Alban Reliefs).
La culture vieux-toltèque — sauvée par les Jeunes Toltèques — s'était répandue de bonne heure chez les peuples aborigènes d'alentour, probablement par les voies pacifiques de la religion et du commerce. Les Totonaques, les Olmèques, les Tarasques, les Mixteco-Zapotèques, les Chiapanèques, les Mayas furent ainsi continuellement fécondés, pour ainsi dire, par les bienfaits de la civilisation et de la science toltèques.
Le calendrier Zapotèque a fidèlement conservé les noms tout particulièrement anciens des vmgt signes des jours. Le calendrier toltèque, écrit en hiéroglyphes, est par>'enu, par l'intermédiaire des Zapotèques, aux Mayas primitifs du plateau formant frontière entre le Chiapas et le Guatemala, suivant les vieilles routes commerciales qui, de Tabasco, menaient, en remontant le Rio Usumacinta, vers Petén, vers le Guatemala et, plus loin, vers l'Amérique Centrale. D'eux-mêmes ces Mayas primitifs transformèrent l'écriture figurée des Vieux-Toltèques en une écriture hiéroglyphique originale qui, intrinsèquement, par son contenu d'idées, révèle à l'initié une parenté beaucoup plus étroite avec les types mexicains qu'on ne le supposerait au premier abord, eu égard aux importantes différences extérieures des deux systèmes d'écriture.
La plaque de néphrite aujourd'hui à Leyde, qui provient de la région frontière entre le Bélize et le Guatemala, remonte au plus tard au X*^ siècle de notre ère; elle a pour sujet l'ancienne fin d'année, formée par le mois Xul («Fin»). Sensiblement plus ancien encore selon mes calculs — de 158 ans et 225 jours — est le «Birdgod» de Tuxtla, qui appartient donc au plus tard au VHP siècle de notre ère. La date de cette pièce, 8 (caban) = 20 Mac, se rapporte aussi à une fin d'année. Le dieu à
bec d'oiseau de Tuxtla se trouve en relations avec les formes de Quetzcalcouatl : le fait est prouvé encore par les vieilles mosaïques mexicaines des musées de Copenhague et de Londres.
Le calendrier des Mayas, sous l'influence des Vieux-Toltèques, s'est certainement développé plusieurs siècles avant les VHP siècle de notre ère. Des influences vieuxtoltèques, parties du Guatemala au sud et arrivant à Bacalar par Petén et Belize, amenèrent le premier groupe des Itzas à Vieux-Chi ch'en itza, dont le début remonte, d'après les indications des différents livres de Chilam Balam, au début du deuxième quart du VI® siècle. Des influences jeunes-toltèques vinrent plus tard de Champoton (à l'ouest) dans le Yucatan septentrional. Chi Ch'en itza et Mayapan en particulier dénotent des influences toltèques. A Chi Ch'en itza nous retrouvons certains éléments du style toltèque de Téotihuacan et aussi ces fameux piliers- serpents en pierre, que Sahagun signale expressément à Tula (ToUan). Des restes de piliers de ce genre, ayant la forme d'un «serpent dressé» (sens que peut avoir aussi le mot quetzalcouatl) ont été trouvés à Tula et sont aujourd'hui au Musée National de Mexico. Les figures couchées, en pierre, très originales, de type dit Chac-Mol, se trouvent de même répandues jusque dans l'ouest de Salvador, ce qui semble indiquer des influences toltèques.
Les fresques de Santa Rita, dans le Belize septentrional, trahissent également une influence toltèque, venue j)eut-être du sud et curieusement mêlée d'éléments Mayas.
Les monuments grandioses de Santa Lucia de Cozumalhuapa, dans le Guatemala méridional, sont les restes d'une antique civilisation Pipil.
De Chi Ch'en itza jusqu'au BeHze méridional la civilisation la plus ancienne se trouve vraisemblablement en rapports avec des établissements vieux-toltèques dans la vallée moyenne du Motagua, d'où rayonnèrent des influences que l'on peut suivre archéologiquement jusque dans le Honduras septentrional d'une part et jusque dans le sud de Salvador d'autre part.
Si la civilisation mexicaine a ses racines dans la région de Sonora et de Pueblos, la parenté remarquable que les découvertes archéologiques faites au sud des Etats- Unis offrent avec l'ancien Mexique trouve son explication. Ce sont probablement certaines influences d'une très vieille culture à style protogonal, issues de la région de Pueblos, qui d'une part se sont répandues dans la région des Mississipi-Mounds et au-delà et qui d'autre part ont fécondé le Mexique. Des recherches très poussées seraient nécessaires pour dire jusqu'où cette antique culture de Pueblos s est fait sentir vers le nord, sur le Rio Colorado. En tout cas, c'est la régiom de Pueblos qui donnera la clé de l'ancienne civilisation du Mexique.
Ces faits posent encore d'autres points d'interrogation, par exemple la question des rapports avec la partie nord-ouest du continent américain, mais à l'heure actuelle la solution de ces problèn>es n'est pas mûre encore.
Planches.
1. Bassin en terre gris-rougeâtre, à trois pieds, en forme de figure humaine. Style primitif. Haut. 29 cm. Musée Ethnogr. Berlin, No. IV Ca. 34398. Colima. Collect. Consul Vogel.
2. Figure d'animal en terre rouge-brunâtre. Sorte de chien (peut-être un jeune chien sans poil et n'aboyant pas qui était engraissé pour l'abat; sorte de basset.-' — Long. 49 cm. Musée Ethnogr. Berlin, No. IV Ca. 34429. Colima. Collect. Consul Vogel.
3. Vase en terre avec des saillies et des bandes de triangles en hachures. Haut. 17,5 cm. Musée Ethnogr. Berlin, No. IV Ca. 34487. Colima. Collect. Consul Vogel.
4. Vase en argile, peint en blanc et noir. Avec l'anse haut de 21 cm. Musée Ethnogr. BerHn, No. IV Ca. 9381. Tanquian, Huaxtcca. Collect. Seler.
5. Vases en terre, hauts de 15,5 cm. Fine peinture sur stuc en vert, blanc, rouge et jaune; fond noir avec des lignes noires. Prêtre chanteur (le souffle fleuri qui sort de la bouche signifie: chant), en riche costume, avec une coiffure de plumes flottantes, une pochette à parfums dans la main gauche, la main droite faisant une libation sur le sol (cf. les prêtres versant du pulque devant l'image de la lune sur les fresques sud de l'arriére-chambre du Teopanacazco à Téotihuacan). Musée Ethnogr. Berlin, No. IV Ca. 35789 et 35790; San Rodrigo près d'Aljojuca, district de Chalchicomula; Collect. Honorato I. Carrasco Ed. Seler, Culture de Téotihuacan, style archaïque. Cf. Seler, des. Abh. V, S. 529 (sur mes premières fouilles à Téotihuacan) et pi. LXIII.
6. Vue de face et de profil (côté droit) d'une statuette en néphrite bleu-vert, provenant peut-être du monastère de VVeingarten (Wurtemberg), aujourd'hui au Musée Linden à Stuttgart. Haut. 29,7 cm. Sur la bouche et sur les joues des fragments de coquilles teintés en rouge; dans le nez un fragment jaunâtre. Représente un Xolotl en guide funéraire du Soleil. Mexicain-aztèque. Cf. H. Fischer. jjGlobus", tome 85, No. 22 (Brunswick 1904), p. 345 — 348; Seler: Ges. Abh. III, p. 392—409.
7. Vue de face et de profil (côté gauche) d'une sorte de Xolotl accroupi, haut de 8 cm, en bois brunfoncé. Par derrière une cavité enduite de résine. Les appendices recouverts d'une lamelle d'or qui ressemblent à des cornes, représentent sans doute les oreilles de chien du Xolotl, qui avait la forme d'un chien. Des coquilles en guise d'yeux et de dents. Des incrustations précieuses, jadis fixées par des pointes sur les oreilles, sur le pectoral en forme de papillon et sur les triangles latéraux ciselés, sont perdues. Du nombril jaillit une petite tête en pierre, d'un travail superbe. Sur le bandeau frontal, une mosaïque turquoise et vert-sombre, avec, au bout, de petits plaques rouge-foncé (côté droit). Sur les joues courent des raies obliques (deux à droite, une à gauche). La boucle d'oreille droite, d'une matière vert-jaune, est fixée par un fil. Les yeux sont faits d'une coquille; la pupille en obsidienne (côté gauche). La bouche en coquille avec, en guise de langue, une petite plaque rougefoncé. Cette figure de Xolotl a comme orifice anal un disque plat avec un morceau de malachite au milieu. Les attributs masculins sont exécutés avec soin; l'extrémité du membre viril était figurée par une pièce aujourd'hui manquante. Entre les oreilles coniques se trouve un petit morceau de fil d'argent à quatre pans. Musée de la Cour à Vienne, invent. No. 12585. La statuette provient du Cabinet des Médailles et des Antiques de Vienne, dans l'inventaire duquel elle paraît avoir figuré sous le No. 164. La collection de pièces mexicaines qui se trouvait jadis dans ce Cabinet (No. 157 — 270)
remonte à la succession de Maximilien, empereur du Mexique; elle a été acquise en 1868 par le Palais impérial au prix de 1483 florins, et cédée ensuite en 1881, à la Section ethnogr. du Musée de Vienne. Cf. Lehraann, Altmexikan. Mosaiken, „Globus" A. 20 (1906), p. 318 — 322, spécialement p. 319, rem. 15. Photographie et renseignements communiqués par M. le Conseiller d'Etat Heger, à Vienne.
8. Vase en forme de jaguar. Bois brun-clair, recouvert d'une mosaïque de coquilles et de petits morceaux de pierre de différentes couleurs, enchâssés dans de la résine. La partie creuse, vernie, offre des traces de feuilles d'or. Haut. 16 cm. Londres, Musée britann., Christy Collect.
9. Jaguar, long de 2 m 75, haut de 95 cm. Andésite polie (sorte de lave) avec des traces de couleurs (tâches noires sur fond blanchâtre). Sur le dos un creux en forme de coupe de sacrifice. Trouvé dans la cour de la «Secretaria de justicia», au coin de la Primera calle del Relaj et de la Calle Cordobanes, non loin d'un temple-pyramide à fronton tourné du côté du Sud. Musée National Mexico. Cf. Anales del Mus. Nac. de Mex., t. XVII; Seler, Ges. Abh. II, p. 901. Style aztèque.
10. et II. Tambour en bois ciselé, de Malinalco (district de Tenancingo, Etat de Mexico), surmonté d'une peau (tlalpan ueuetl). Haut. 97 cm. Diamètre en haut 42 cm, diamètre maximum 52 cm; épaisseur de la paroi 4 cm. Représentation de jaguars et d'aigles qui dansent et qui chantent, du signe Naoui Olin («le 4e mouvement du Soleil») et d'autres symboles guerriers. Aujourd'hui au Musée de Toluca. D'après des photographies de Mme Cécile Seler. Cf. Seler, Mittlg. Anthrop. Ges. Vienne, t. 34, p. 222 — 274 et Ges. Abh. III, p. 221 — 304. Style aztèque.
12. Statue en andésite grise polie, avec un gros nœud à plis sur la nuque, un bandeau frontal, des pendants d'oreilles et un cache-sexe. Un creux sur la poitrine. La main droite brisée, la main gauche fermée en anneau. Prêtre subalterne, porteur de flambeau.' Haut. 72,5 cm. Mus. Ethnogr. Berlin, No. IV, Ca. 3741. Collect. Uhde. Cf. une statue en pierre analogue, trouvée dans les fouilles de la Calle de las Escalerillas (Mexico), sans parure de nuque mais avec une boule d'encens dans la main droite. Seler, Ges. Abh. II, p. 890. Style aztèque (jeune-épigonal). Forme assez dégagée dans une attitude de raideur.
13. Crapaud en pierre. Sur le ventre l'hiéroglyphe chalchiuitl «diamant vert». Long. 42 cm. Musée Nat. Mexico, No. 22. D'après des photographies de Mme Cécile Seler. Style aztèque.
14. Masque en pierre polie, d'expression adoucie. Au revers bas-relief du Dieu du vent (Quetzalcouat). Haut. 14 cm. Musée Ethnogr. Berlin, No. 26077. Collect. Seler, cf. Seler, Ges. Abh. II, p. 953.
15. Masque en pierre polie, d'expression sauvage. Musée Nat. Mexico. Style aztèque (jeune-épigonal).
16. La mère et l'enfant, groupe en pierre vert-foncé soigneusement polie. Haut. 41 cm. Musée Ethnogr. Berlin, Collect. W. Lehmann (don de S. Exe. le duc de Loubat). Apaculpo, Orilla del Rio de San- Pedro, Etat de Guerrero. Style vieux-épigonal. La forme est raide et sévère avec un rhy thme intérieur assez libre.
17. Statue en terre, peinte en blanc-jaunâtre, en rouge, en bleu et en orange. Représentant Macuilxochitl Xochipilli, «le prince des fleurs», dieu du Soleil-Levant sous le masque de l'oiseau à la haute crête (Coxcoxtli) qui chante à la naissance du jour. Haut de 35 cm. Musée Ethnogr. Berlin, No. IV, Ca. 10957. Collect. Seler. Téotitlan del Camina, frontière du pays des Zapotèques. Cf. Seler, Ges. Abh. II, p. 886; Peintures murales de Mitla, Berlin 1895, pi. XIII. Proche du Style classique.
18. Premier feuillet du Codex Féjervâcy-Mayer, à Liverpool, Free Public Muséum (12014 M). L'espace de 260 jours (tonal-amatl), reposant sur la série fondamentale des 20 signes des jours, est figuré sous forme de tableau cosmologique distribué sur les 4 régions du ciel, avec au centre le dieu du Feu, «mère, père des Dieux». Photographie d'après l'édition en couleurs du duc de Loubat. A remarquer la pénétration des deux perspectives différentes. Se rattachant au style jeune-toltèque.
19. Vase d'albâtre en forme de gobelet, avec une sorte de lézard en ronde-bosse. Haut. 23 cm. Mus. Nat. Mexico. Style classique ou se rattachant au style classique. On trouve surtout les vases d'albâtre
dans la région nùxtéco-zapotèque. J'ai constaté que ces vases poussaient cependant une pointe vers le sud à Guanacaste (Costa-Rica), ce qui fait penser à des influences classiques de Cholula.
20. Tajin de Papantla, façade principale tournée vers l'Est. Les murailles de la pyramide à étages sont décorées de niches, ce qui est la caractéristique de l'architecture totonaque. Cf. Scier, Ces. Abh. III, p. 538; Del Paso y Trencoso, Catâlogo Exposiciôn Hist. Americ. Madrid, t. II, p. 16.
21. Melon en pierre polie (diorite), long de 28 cm et haut de 18 cm. Mus. Nat. Mexico. Peut-être d'origine totonaque.
22. Sculpture en pierre, évidée au bas, du type «Palma», en forme de pélican stylisé. Jalapa; Collect. Heredia-Mexico. D'après la photographie originale du Dr. Wilhelm Bauer, propriété de l'auteur. Style totonaque. La signification du type «Palma* demeure énigmatique. On a trouvé des Palmas comme dons funéraires dans les tombes; peut-être étaient-ils placés devant le cadavre d'un mort de rang éminent comme gardiens de la tombe et comme guides de l'âme dans son voyage souterrain (cf. Seler, Ges. Abh. III, p. 542). Les palmas caractérisent tout spécialement la région totonaque. J'en ai vu un toutefois dan? la partie occidentale de Salvador. Les têtes de pierre écrasées sur les côtés, les jougs de pierre, les vases d'albâtre, la céramique vernissée, les figures de Chac-Mol et les palmas semblent se rattacher à une civilisation très ancienne. Sur les palmas, cf. encore Seler dans le Boas Anniversary Volume, New York 1906, p. 302.
23. Sculpture palma, en pierre. Haut. 60 cm. Représente un homme sacrifié, la poitrine ouverte d'une plaie transversale, les bras liés derrière le dos par des cordes. La coiffure en forme de balle d'herbe tressée (zacatapayolli), destinée peut-être à recevoir les épines d'agaves enduites du sang du sacrifice. Collect. Heredia-Mexico. D'après une photographie originale du Dr. Wilhelm Bauer, propriété de l'auteur. Catapec, Jalapa. Style totonaque (Moulage au Mus. Ethnogr. Berlin, No. IV^, Ca. 32462 Moulage No. 4516).
24. Tête d'homme, les joues très creuses et la bouche ouverte. Pierre. Haut. 25 cm. Mus. Nat. Mexico (Etat de Vera-Cruz). Peut-être d'origine totonaque.
25. Fragment d'une statuette d'enfant, en terre blanchâtre, très fine, à cassure grise. Deux incisives dans la mâchoire supérieure et deux autres dans la mâchoire inférieure. Sur le haut de la tête un trou, sans doute pour fixer un ornement. Photogr. de Mme Cécile Seler. L'original est à M. Seler. Santiago Tuxtla (acheté fin 1910). Style Olmèque, ayant peut-être déjà subi l'influence espagnole. Cf. pi. 36.
26. Figure humaine, avec un grand bâton (crécelle ou cassolette ?). En terre La partie inférieure gauche du visage recouverte de caoutchouc. A droite de la bouche des trous faits au poinçon. Les chevilles des oreilles en forme de cône pointu. Dans la main gauche élevée un objet rond (Manopla .■'). Collect. Heredia, San Andres de Tuxtla. D'après une photogr. du Dr. Wilhelm Bauer, propriété de l'auteur. Style des Olmèques de la côte. Donné par Batres. (Civilisaciôn prehist. de las riberas del Papaloapam, Mexico 1908, pi. 47) comme un produit de la civilisation Maya.
27. Statue de guerrier, en terre. Chapeau en forme de couvercle. Les bras tiennent une massue prête à s'abattre. Le corps est placé dans un pot comme dans une cuirasse. Sur le mollet des bandes en mosaïque. Collect. Heredia, San Andres de Tuxtla. D'après une photogr. du Dr. Wilhelm Bauer Style des Olmèques de la côte (Olméca-Uixtotin). La pièce rappelle d'une manière frappante une statue en terre provenant de Colima (Collect. Vogel). Mus. Ethnogr. Berlin, No. IV, Ca. 34402.
28. Relief en pierre, de Huilocintla Hacienda San Isidro, Canton deTuxpan. Figure tatouée de Ce-ocelotl («Premier Jaguar»), du Quetzalcouatl ou de son incarnation. L'animal, en manière de mortification, se perce la langue avec un long instrument en forme d'épine. Environ '/^j de grandeur naturelle. Style totonaque, influencé par le style jeune-toltèque (Moulage au Mus. Ethnogr. Berlin, No. IV, Ca. 25072).
29. Relief en pierre, de Huilocintla, Colegio Prepatorio de Jalapa. Environ 1/15 de grandeur naturelle. Figure tatouée de Quetzalcouatl, semblable à la fig. 28. Les deux d'après des photogr. de Mme
Cécile Seler. Cf. Seler, Ges. Abh. III, p. 514 — 521 (Moulage au Mus. Ethnogr., No. IV, Ca. 25071).
30. Relief en pierre, large d'un mètre et haut de i m 80. Figure humaine richement parée. Le visage apparaît à travers la gueule ouverte d'un monstre. Comme parure d'oreilles, une rosace de fleurs. Une bande oblique, partie du nez et de la bouche, passe par dessus la partie inférieure du visage. L'habit est orné en haut d'un rebord sinueux, au milieu d'une rosace de fleurs, en bas d'une lisière dentelée terminée par une tête d'animal. Sur les mollets on reconnaît des bandes et sur les pieds, en partie brisés, des nœuds. Sur la partie postérieure du masque de monstre on aperçoit une gueule de reptile, ouverte vers l'arrière. Un corps de serpent, appartenant peut-être à cette tête de reptile, descend sur le dos de la figure, délimité par les mèches de cheveux tressés du personnage principal; le bras gauche est levé; le bras droit recourbé montre une main légèrement tendue. Devant la figure, en bordure du relief, une rangée verticale d'hiéroglyphes. Au dessus de la figure, horizontalement, un être en forme de vipère, la tête ornée d'une flèche rayonnante (miotli); sur le corps un autre reptile, la gueule béante. L'extrémité de la queue semble tournée vers la droite. Mus. Nat. Mexico (No 24). L'indication d'origine «Chapultépec», dans Del Paso y Troncoso, Catâlogo. Exposiciôn Hist. Am. Madrid, t. II, p. 389, est douteuse. La pièce est d'un style intermédiaire entre les reliefs d'Huilocutlo (p. 28 et 29) et les dalles funéraires Zapotèques aux hiéroglyphes non encore déchiffrés. (Cf. les dalles funéraires de Tlacolula, etc., Oaxaca, dans Seler, Ges. Abh., II, p. 359 et sq.)
31. Tête en terre avec un couvre-chef richement décoré. Haut. 26 cm. Mus. Ethnogr. Berlin, No. IV, Ca. II 152. CoUect. Seler, Tlacolula. Style Zapotèque.
32. Figure en hématite polie. Haut. 23 cm. Mus. Ethnogr. Berlin, No. IV, Ca. 30347. Collect. Seler. Téotitlan del Camino, sur la frontière du pays Zapotèque.
33. Tête en pierre polie de couleur sombre; avec un bandeau frontal. Haute d'un empan environ. Ville de Chiapa (Chiapas). Appartenant à un particulier. Photogr. de Mme Cécile Seler (1897).
34. En haut: Urne funéraire rituelle, en forme de figure humaine assise, avec une riche parure de tête. Musée de Vienne, Collect. Guillaume, Oaxaca. Photogr. de Mme Cécile Seler. Style zapotèque. En bas: Urne funéraire rituelle, en forme de figure humaine assise, au visage grotesque et barbu. Deux vases à encens en terre, avec des saillies, montés sur un base cylindrique avec, sur le devant, une tête de jaguar et des nœuds. Coll. Kennedy, Oaxaca. Photogr. de Mme Cécile Seler (1910). Style zapotèque (cf. un vase à encens analogue au Mus. Ethnogr. Berlin, provenant de Sta Maria Sola).
35. Vue de face et de profil d'une figure humaine, portant à la ceinture des grelots de danse et tenant, dans ses mains étendues, un gobelet en forme de pied de jaguar. Cheveux arrangés en forme de chenilles. Musée de Vienne, Collect. Guillaume, Oaxaca. Photogr. de Mme Cécile Seler. Style zapotèque (cf. une pièce analogue au Musée Ethnogr. Berlin, No. IV, Ca. 28353, trouvée en 1856 dans une tombe à Nazareno, distr. del Centro, Oaxaca).
36. Vue de face et de profil d'une figure en terre brunâtre. Haut. 62 cm. Ceinture de grelots (pour le chant ?). La bouche est ouverte. La coiffure est celle des chefs, un chignon entouré d'une courroie de cuir. Mus. Ethnogr. Berlin, No. IV, Ca. 31 601. Collect. Seler. Santiago Tuxtla (Acquis en même temps que la pièce représentée pi. 25). Style des Olmèqucs-Uixtotins, particulièrement de la région de Cuetlaxtlan (Cotastla), «le pays des courroies de cuir».
37- Jaguar assis avec 3 clochettes. En terre; 64,5 cm de haut. La langue, le nez, les oreilles, les sourcils broussailleux, le nœud de la poitrine sont peints en brun, en jaune et en rouge (Mus. Ethnogr. Berlin, No. IV, Ca. 35247. Collect. A Scier. Style zapotèque.
38. En haut: Tête colossale, en pierre. Visage de vieillard avec des rides et un bandeau frontal, rappelant des visages barbus analogues sur des vases en terre vernissée de Vcra-Cruz (Collect. Strebel, Mus. Ethnogr. Berlin, Collect. Seler, Ges. Abh. III, p. 624, pi. 90 et V, p. 559, pi. 228) et de la République de Salvador: Santa Lucia Cozumalhuapa, Finca Bilbao (plus tard = Pcor es nada) propriété de MM. Koch, Hagemann et Cie. Photogr. de Fritz Bercndt (descendant de Hermann Strobel), en possession
du professeur Ed. Seler. Style Pipil de la côte pacifique du Guatemala. En bas: «Cabeza colosal». Tête colossale en pierre. Canton de Tuxtla. Photogr. de Mme Cécile Seler.
39. Grand relief en pierre. Sur une chaise, à la droite du spectateur, est assis un chef habillé d'une peau de jaguar, les cheveux entourés de serpents, un serpent sur la jambe droite, tenant dans ses mains des cœurs en forme de fruits. Sous la chaise se trouve un bassin où l'on voit des têtes, un couteau de sacrifice et une figure d'enfant. Au milieu du relief une grande figure, la tête tournée en arrière, avec une natte tressée, et, sur la nuque, une aigrette de petites plumes; le personnage tient dans ses mains légèrement élevées, à gauche un fer de sacrifice orné, à droite un cœur en forme de fruit. Les extrémités du pagne sont richement décorées; un serpent est enrubanné sur le genou gauche. Le visage de ce personnage semble jeune. Une figure plus petite s'avance de la gauche; elle a une longue cheville pointue dans le menton, dans la main gauche étendue un poignard en os, dans la main droite élevée une enfant vêtue d'une chemise. Entre la figure de gauche et la grande figure centrale un autre personnage, tout petit, est accroupi. Devant la bouche de la figure assise et de la figure debout sont représentés des tortillons, symboles de la parole. Sur tout le relief des sarments avec des feuilles, des bourgeons, des fleurs et des oiseaux. L'original est un bloc de lave, au pied d'une petite pyramide en terre de la Hacienda Pcor es nada (jadis Bilbao), près de Sta Lucia Cozumalhuapa, départem. Escuintla, République de Guatemala. Photogr. de Mme Cécile Seler. (Moulage au Mus. Ethnogr. Berlin, Collect. Seler, don de S. Exe. le duc de Loubat, arrière-cour No. 29). Style Pipil. Cf. S. Habel, The sculpture of Sta L. C, Washington 1872; Bastian, Stcinskulpturen aus Guatemala, Berlin 1882; Ch. Vreeland et J. F. Bransford, Ann. Rep. Board of Régents. Smiths Inst. for 1884, Washington 1885, p. 719; Seler, «Centenario», Madrid, No. 26 (1892), p. 241; Strebel, Jahrbuch.Hamburgwiss. Anst. XI (1874); C. Seler, Auf alten Wegen in Mexico und Guatemala, Berlin 1900; Fùhrer durch die K. Museen zu Berlin, Mus. Ethnogr., 16^ édition, 1914, p. 20 — 36.
40. Relief en pierre provenant de Menché (Stone Lintel, House M.). Figure humaine agenouillée, saisissant de la main droite la dragonne d'une grande lance à pointe de silex. Cette lance est tenue par un chef debout, qui, de sa main droite, empoigne la chevelure de l'homme agenouillé. Celui-ci, saisit, de sa main gauche, l'extrémité d'un nœud (de la lance). Le chef porte une coiffure de plumes flottantes et au bas du dos un crâne humain. On observera les crânes aplatis, artificiellement déformés des personnages. On aperçoit derrière la jambe gauche du chef, en outre des grands hiéroglyphes en relief, d'autres hiéroglyphes plus petits ciselés, se rapportant peut-être aux deux figures représentées. D'après Mandslay, Biologica CentraHamericana, Archaeolog,, Vol. II, pi. 97 (Photogr. au Mus. Ethnogr. Berlin). Style Maya.
41. Façade du temple-palais de Sayil, avec un masque grotesque en pierres ajustées et avec des colonnes en pierre, qui ont probablement leur origine dans une vieille architecture en bois. Photogr.Teobert Maler (Mus. Ethnogr. Berlin). Style Maya (Nord-Ouest du Yucatan, entre Hecelchakan et Ticul).
42. Figure en terre, haute de 18 cm. Homme d'armes dans une sorte de cuirasse en coton (en aztèque ichca-uipilli), avec une cape, une collerette et un bouclier. Mus. Ethnogr. Berlin, No. IV, Ca. 32344, Collect. Dr. Fernando Cazares-Merida; Hacienda Cuzumal (entre Mérida et Muna), district de Maxcanu, côté ouest du Yucatan. Style Maya.
43. Figure en terre, haute de 29 cm. Bouffon avec une collerette, un pourpoint à manches garni de bandelettes de cuir, un tablier, des culottes à bandelettes de cuir et des sandales. Mus. Ethnogr. Berlin, No. IV, Ca. 4938, Collect. Jimeno. Yucatan. Style Maya.
44. Colonne aux serpents à plume, devant la cella, sur la coUine du «Temple des Tigres et des Jaguars», à Chi Ch'en itza (N. E. du Yucatan). Photogr. de Mme Cécile Seler (1902). Style toltèque. Cf. les célèbres piliers à serpents deTollan, dont les morceaux ont été trouvés en réalité à Toula et sont conservés au Mus. Nat. de Mexico. Sur les diverses périodes architecturales à Ch. cf.T. Maler, «Globus». t. 82, p. 225; W. Holmes, Arch. Researches Field Columbia Mus. Anthr. I, p. 106 — 109.
45. Figure en pierre du type «Chac-Mol» (Le Plongeon). Appelé aussi «Dios recostado». Le ventre s'incurve en forme de coupe. Pectoral en forme de papillon. La tête tournée vers la droite. Environ I m 48 de long, i m 1 1 de haut, 78 cm de large. L'original a été découvert par Le Plongeon dans ses fouilles de Chi Ch'en itza en 1884 et se trouve actuellement au Mus. Nat. de Mexico (Moulage au Mus. Ethnogr. Berlin, No. IV, Ca. 18553). Style toltèque. On trouve généralement des figures anciennes de ce type devant ou dans l'entrée des vestibules de temples. Peut-être servaient-elles de récipient pour les offrandes d'hydromel ou de pulque. On les trouve aussi, chez les peuples plus anciens, devant le sacrarium même du temple de Cempoallan (région totonaque). Cf. Seler, Ges. Abh. II, p. 817 — 820, V p. 153. J'ai découvert un Chac-Mol à San Salvador en 1909. Sur la découverte du Chac-Mol de Chi Ch'en itza, cf. Aug. Le Plongeon, Queen Moo, 2^ édit. New York 1900, pi. 62. Cf. aussi London Magazine, vol. 24, No. 140, p. 123 — 132.
46. Grand vase à figure, en terre. Musée de 'V^ienne, CoUect. Adam. Photogr. de Mme Cécile Seler. San Salvador. Des vases semblables, percés parfois d'un trou, ont été trouvés à Queen Santo (Chacula) dans le domaine occidental des Mayas, sur la frontière de Chiapas et du Guatemala. Style Maya.
47. Feuillet 6 du manuscrit Maya de Dresde (d'après F. Fôrstemann). Divinités accompagnées d'hiéroglyphes, chiffres et heures du jour. Style Maya.
48. Dalle de pierre avec, en relief, un jaguar dévorant un cœur. Chi Ch'en itza, Mausolée I. Photogr. Teobert Maler au Mus. Ethnogr. Berlin (1886, 94). Cf. Aug. Le Plongeon, Queen Moo 2^ édit., New York 1900, pi. 59.
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